Un dispositif, unique en Europe, de réutilisation des eaux usées va être expérimenté aux Sables-d’Olonne.
Des recherches qui pourraient apporter une réponse cruciale à la sécheresse dans les années qui viennent.

Boire de l’eau recyclée, vous avez dit "beurk" ? Si la réutilisation des eaux usées ne coule pas de source, elle n'en reste pas moins une solution d'avenir pour répondre à la crise de l’eau. En Vendée, les scientifiques ont déjà lancé l’alerte. Contrairement aux autres, le département ne dispose pas de nappes phréatiques et dépend donc à 90% des eaux de surface. De ce fait, l’eau naturelle pourrait manquer dès 2030. Alors, pour éviter de nouvelles pénuries, des ingénieurs planchent depuis six ans sur un projet unique en Europe. Une équipe de TF1 s’est rendue à la station d’épuration des Sables-d’Olonne, où les eaux usées de plus de 100.000 Vendéens doivent être bientôt recyclées pour redevenir potable. 

À l’heure actuelle, l’eau est prélevée dans la rivière du Jaunay avant d'être traitée pour être consommée. Les eaux usées arrivent ensuite au centre d’épuration, où elles sont dépolluées avant d’être rejetées dans la mer. "En France, ça paraît normal d’avoir de l’eau du robinet, mais c’est maintenant qu’il faut retrouver de nouveaux gisements. Et la réutilisation des eaux usées est une des solutions d’avenir", soutient Jérôme Bortoli, directeur général de "Vendée Eau", dans lle reportage du 20H en tête de cet article. Premier du genre en Europe, le projet Jourdain vise justement à expérimenter cette solution. D’ici un an, une future unité d’affinage captera ces eaux, dans le but de les purifier jusqu’à les rendre potables pour ensuite les remettre dans le courant.

Infographie montrant le fonctionnement du projet "Jourdain". - TF1

Le démonstrateur sera mis en service en 2024 et pour une durée de trois ans. Le but ? Prouver que l’eau recyclée ne présente aucun risque pour la santé humaine et ainsi faire évoluer la loi. Car à l’heure actuelle, recycler les eaux usées à pour les rendre potables est interdit en France. Selon le maire (DVD) des Sables-d’Olonne, Yannick Moreau, il s’agit pourtant de la solution la plus économique. "Si l’on devait faire appel à des technologies comme le dessalement de l’eau de mer, on a une ressource illimitée, ce sera beaucoup plus cher en termes d’énergie et d’infrastructure. Le recyclage, c’est la meilleure solution. Parce qu’on utilise une ressource renouvelable, qui est locale et donc plus économique", souligne l'élu. Pas moins de 20 millions d’euros (sur dix ans) sont tout de même nécessaires pour mener à bien cette expérience. 

Des projets similaires existent déjà à l'étranger, notamment en Israël, l'un des précurseurs en la matière. Aujourd'hui, 85% des eaux usées y sont recyclées et près de 80% de l’eau potable consommée par les habitants est fournie par cinq usines de dessalement de l’eau de mer. En Australie, pour faire face aux pénuries d'eau liées à la sécheresse, plusieurs usines de recyclage d'eau sont également en service. Cependant, comme le relatait un article du journal Le Monde en 2008, la perspective de boire de l'eau recyclée a d'abord effrayé. Dans l'État du Queensland, la mise en service du premier centre de traitement du pays avait ainsi suscité la controverse. En France, seule une personne sur deux (53%) se disait prête à consommer de l'eau recyclée dans un sondage de 2018. Au-delà du défi technologique, il faudra donc aussi convaincre les populations. 


M.D. | Reportage Anaïs Barth et Hélène Massiot

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