Sonia Dahmani, avocate tunisienne poursuivie pour des propos sarcastiques sur l'état du pays, a été interpellée samedi à Tunis.
La scène de l'arrestation musclée a été filmée en direct par France 24.
Sur ces images impressionnantes, les policiers tentent d'interrompre le duplex de la journaliste sur place.

Une arrestation musclée filmée en direct. Samedi, l'avocate tunisienne Sonia Dahmani, a été brusquement interpellée par la police au sein de la Maison de l'avocat à Tunis (Tunisie). Les faits reprochés à cette chroniqueuse de télévision ? Des propos sarcastiques sur l'état du pays. Lors d'une émission diffusée sur la chaîne Carthage+ mardi 7 mai, cette figure du petit écran tunisien a lancé d'une façon ironique "de quel pays extraordinaire parle-t-on ?", en réponse à un autre intervenant qui venait d'affirmer que les migrants venus de plusieurs pays d'Afrique subsaharienne cherchaient à s'installer en Tunisie.

Sous le coup d'un mandat d'arrêt pour cette petite phrase, Sonia Dahmani a donc été arrêtée, alors qu'une équipe de la chaîne France 24 était présente sur les lieux. La journaliste Maryline Dumas et son cameraman Hamda Tlili ont filmé l'arrestation en direct, en plein duplex. Dans la cohue, plusieurs hommes saisissent l'avocate, tandis que la retransmission vidéo se poursuit sur France 24. "Que se passe-t-il ? Sonia Dahmani a été embarquée", commente ainsi la reporter du média français. 

La chaîne dénonce une "entrave à la liberté de la presse"

Quelques secondes plus tard, dans le même extrait, deux hommes tentent d'interrompre le duplex de la journaliste. Ils se saisissent de la caméra et arrêtent momentanément le caméraman. "Vous n'avez pas le droit de faire ça, vous lâchez mon caméraman !", s'exclame Maryline Dumas, avant que la connexion ne soit coupée. Son confrère Hamda Tlili sera relâché, lui, après être resté quelques minutes aux mains des policiers. Dans un communiqué, France 24 a "condamné fermement cette entrave à la liberté de la presse" et dénoncé une "intervention brutale et intimidante des forces de l’ordre empêchant ses journalistes d’exercer leur métier".

Sonia Dahmani a pu être arrêtée en vertu d'une loi initiée par le président tunisien Kais Saied, qui fait risquer jusqu'à cinq ans de prison quiconque utilise les réseaux d'information et de communication pour "rédiger, produire, diffuser (ou) répandre de fausses nouvelles (...) dans le but de porter atteinte aux droits d'autrui ou de porter préjudice à la sécurité publique". Un texte qui renforce le pouvoir exécutif, de plus en plus autoritaire depuis l'arrivée du juriste à la tête de l'État en 2019.

En un an et demi, plus de 60 personnes parmi lesquelles des journalistes, des avocats et des opposants au dirigeant tunisien ont fait l'objet de poursuites sur la base de ce texte, selon le Syndicat national des journalistes.


T.A. avec AFP

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