La flambée des prix de l'énergie

Énergie : chez Mint, d’étranges factures en surchauffe

Geoffrey Lopes
Publié le 8 avril 2022 à 14h49
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

C'est une très mauvaise surprise pour de nombreux clients du fournisseur Mint Energie.
En quelques mois, leurs factures ont augmenté de 800%. L'entreprise s'était engagée à fournir une énergie verte à des prix très bas. Que s'est-il passé ?

Sur les réseaux sociaux, c’est la panique. Des centaines de clients de Mint Energie s’interrogent, demandent des conseils, s’entraident et envisagent une action de groupe en justice. Mint Energie a prélevé leur compte bancaire de sommes jusqu’à 10 fois supérieures aux échéances prévues par leurs contrats. Des mouvements bancaires que beaucoup ne peuvent pas assumer.

TF1 INFO a pu recueillir le témoignage de Romain, l’une des victimes. En avril 2019, il se tourne vers Planète Oui pour se fournir en énergie verte. Il paye 100 € de gaz et 20 € d’électricité par mois pour son appartement de 60 m². Fin 2021, il déménage et décide de rester chez Planète Oui pour sa maison pas beaucoup plus grande. Début 2022, son fournisseur est placé en liquidation judiciaire et Mint Energie rachète l’ensemble de la clientèle. Fin mars, il reçoit deux e-mails du nouvel opérateur lui indiquant que le 1er mai, Mint Energie appliquera une "évolution tarifaire" de ses contrats. Mint lui annonce qu’il paiera désormais 240 € de gaz et 454 € d'électricité, en lui promettant une consommation électrique de 21 000 kilowattheures (kWh) par mois, comme s’il vivait dans un 190 m² entièrement chauffé à l’électrique. "J’ai fait mon relevé de compteur en arrivant dans mon logement en septembre : en 7 mois, je n’ai consommé que 950 kWh", conteste Romain. Or, dès le 5 avril, son compte se voit prélevé d’un montant de 694 €. "C’est démentiel, au-delà de l’entendement", s’exclame Romain qui a déjà résilié.

Impossible de joindre l’opérateur. Sur les réseaux sociaux, Mint répond parfois à certains "analyser la situation et revenir vers vous". Romain reçoit ensuite une facture de régularisation de Planète Oui lui demandant de régler 1 880 € pour ses consommations de novembre à février. "J'aurais consommé 15 000 kWh de gaz en 4 mois, ce que consomme une famille dans l'année", s’insurge-t-il. Il a immédiatement bloqué les prélèvements à venir auprès de sa banque.

Modifications sans consentement des contrats

En réalité, nouveaux clients ou pas, Mint Energie a modifié dès novembre sa politique tarifaire. Ceux qui disposaient d’une offre indexée sur le tarif réglementé fixé par les pouvoirs publics sont soudainement passés à un tarif de gros soumis aux variations des marchés. Or, depuis le début de la guerre en Ukraine, les tarifs de gaz ont plus que quadruplé. L’association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV) dénonce des pratiques commerciales interdites en transformant un contrat en cours du consommateur sans son consentement explicite. Elle a assigné en justice l’opérateur pour pratique commerciale abusive. En l’occurrence, si les mensualités ont été sous-évaluées, le fournisseur peut proposer une augmentation des prélèvements pour éviter à son client de faire face à une régularisation importante. Mais il ne doit pas l’imposer et le consommateur a le droit de refuser dans les trois mois s’il n’est pas d’accord.

Contacté par TF1 INFO, le médiateur de l’énergie rappelle l’article 224-10 du code de la consommation. Il prévoit que le fournisseur peut modifier les conditions contractuelles si le client a été informé 1 mois à l’avance de manière transparente et compréhensible. "C’est au fournisseur de rapporter la preuve que cette information a été assurée", précise le médiateur de l’énergie.

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"Une grosse boulette" pour le patron de Mint Energie

Interrogé par TF1, Kaled Zourray, Directeur général de Mint Energie, reconnaît une "grosse boulette" et promet de rembourser les anciens clients de Planète Oui avant la régularisation. Le fournisseur étudiera chaque situation au "cas par cas". Il parle d’un "bug technique", et met en cause Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, qui aurait transmis de mauvais relevés. Il pense néanmoins que son opérateur maintiendra certaines fortes augmentations tarifaires : "Planète Oui avait une stratégie très agressive, avec des prix très attractifs, pour fidéliser le client. Mais de toute façon vous recevez toujours une facture de régularisation correspondant à ce que vous consommez et ce que vous devrez payer à la fin peut être très important", se défend-il. Aux anciens clients pénalisés par de fortes augmentations, il promet que l’opérateur a annulé l’offre mise en cause et impute les hausse continues à la guerre en Ukraine.

Fuyez si vous n’avez plus confiance

Si vous estimez faire face à de telles factures abusives, pas de panique. D’abord, changer immédiatement de fournisseur. Gwenaelle Le Jeune, juriste à l’UFC Que Choisir, assure à TF1 INFO que la défiance dans une relation commerciale doit nous alerter : "Si des relations contractuelles commencent comme ça, il ne faut pas les faire durer. Des estimations qui ne correspondent pas, aucun moyen de contact, pas d’accord sur le contrat, autant d’éléments qui m’interrogent." Ensuite, stoppez auprès de votre banque les prélèvements de Mint Energie. Envoyez au fournisseur un courrier recommandé avec une copie des factures quand vous les avez et d’anciens relevés de consommation. Vous pouvez les demander auprès d’Enedis ou à votre ancien fournisseur. "Il y en a forcément, lorsque vous disposez d’un contrat réglementé, le fournisseur a besoin de réaliser au moins un relevé par an pour connaître votre consommation réelle et ajuster vos factures", reprend la juriste.

Attention, veillez d’abord à changer de fournisseur avant de bloquer les prélèvements. Certains clients se sont vu interdire de souscrire un nouveau contrat chez un nouveau fournisseur par le gestionnaire du réseau de distribution au motif qu’ils devaient rembourser des impayés à Mint Energie.

Sur le groupe Facebook "Victimes Mint Energie", les clients ont déjà déposé une demande d’action groupée auprès de l’association CLCV pour contester ces pratiques abusives en justice. "S’il y a un volume de signalement suffisant, on ne s’interdit rien, que ces victimes viennent à nous et nous les aiderons", conclut Gwenaelle Le Jeune.


Geoffrey Lopes

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