L'info passée au crible

Les sociétés d'autoroute se font-elles "beaucoup d'argent au détriment du pouvoir d'achat des Français" ?

Felicia Sideris & Benjamin Dard
Publié le 22 janvier 2022 à 20h12, mis à jour le 23 janvier 2022 à 11h37
JT Perso

Source : JT 20h WE

BÉNÉFICES – Sur LCI, Yannick Jadot a regretté dimanche dernier que les sociétés des autoroutes se fassent "beaucoup d'argent au détriment du pouvoir d'achat des Français". Nous avons décrypté cette affirmation.

Le pouvoir d'achat, c'est l'une des principales préoccupations des Français. Or, selon Yannick Jadot, des entreprises serraient en train de se faire des bénéfices monstrueux aux dépens du consommateur. Invité ce dimanche 16 janvier sur LCI, le candidat écologiste à l'élection présidentielle a taclé les sociétés d'autoroute qui se feraient "beaucoup d'argent (…) au détriment des automobilistes". Une situation "choquante" qu'il appelle à résoudre par la nationalisation de ce réseau routier. Mais qu'en est-il réellement ? 

Une rentabilité "hors norme"

Cette question épineuse a fait l'objet de nombreux rapports, plus officiels les uns que les autres. En 2013, la Cour des comptes a rendu public ses travaux sur les "relations entre l'État et les sociétés concessionnaires d'autoroutes".  En 2014, l'Autorité de la Concurrence dénonçait quant à elle la rente de ces sociétés, formulant à cette occasion 13 recommandations pour une meilleure régulation des tarifs de péages. Mais le plus récent et le plus complet est un rapport publié le 16 septembre 2020. 

À l'occasion d'une enquête parlementaire longue de neuf mois, la Commission d'enquête sur les concessions autoroutières a auditionné une vingtaine d'acteurs, avant comme après le confinement, "pour recueillir les explications, les observations et les points de vue tant des acteurs historiques que des acteurs actuels du dossier autoroutier". Résultat, 333 pages de données. Parmi elles, le compte d'exploitation de ces sociétés autoroutières, et notamment les dividendes distribués par les sociétés concessionnaires d'autoroutes dites "historiques", qui représentent 90% du réseau autoroutier. 

Or, on découvre à travers ces chiffres, que depuis la privatisation de ce réseau en 2016, les sociétés ont versé 24 milliards d'euros à leurs actionnaires. Une stratégie qui illustre la confiance de ces entreprises en l'avenir du secteur. Comme l'ont relevé les sénateurs, elles "privilégient (…) le versement de dividendes par rapport au désendettement". Preuve incontestable que ces entreprises se portent bien. 

Quinze ans après la privatisation, ces entreprises ont donc atteint une rentabilité "hors norme", selon le rapport d'enquête. Les sénateurs prévoient même que, d'ici à deux ans, certaines de ces sociétés auront "remboursé" leur investissement initial. 

Des controverses autour du niveau de "risque"

Cependant, les sociétés d'autoroute font valoir que ce bénéfice vient saluer les nombreux aléas liés à leur activité, "en raison des incertitudes pesant sur l'évolution du trafic autoroutier, le coût des travaux, les coûts d'exploitation et les taux d'intérêt". Des risques réels, mais dont l'intensité supportée par les sociétés fait l'objet de "controverse", comme le note le rapport sénatorial.

Le premier risque est lié à l'évolution du trafic autoroutier. La crise sanitaire a par exemple démontré qu'une baisse de la fréquentation du réseau pouvait avoir un impact sur les comptes de ces entreprises. Sous l'effet du confinement, le chiffre d'affaires du secteur a ainsi diminué "de 1,9 milliard d'euros", soit - 17,5 %, entre 2019 et 2020, selon le rapport annuel des comptes des concessions autoroutières réalisé par l'Autorité de régulation des transports. Ceci dit, entre 2005 et 2018, le trafic n'a cessé d'augmenter, avec une hausse sur 13 ans de 1,4%.

Le deuxième risque est de subir une baisse des tarifs des péages, dont le prix est soumis à une négociation annuelle avec l'État. Sauf que depuis la privatisation, ces tarifs n'ont fait qu'augmenter, gagnant entre 1 et 2%. Quant au troisième danger souligné par les sociétés, s'il est vrai qu'en 2018, les entreprises devaient encore rembourser 24 milliards d'euros, les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas. 

En résumé, bien que cette activité présente de nombreux dangers, ces derniers sont connus et contrôlés. Après 15 ans de privatisation, on peut plutôt affirmer que l'exploitation des autoroutes est une bonne affaire pour ces sociétés.

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Felicia Sideris & Benjamin Dard

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