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Salaire : cette entreprise permet à ses employés d'obtenir un acompte grâce à une appli

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Anaïs Lebranchu et Antoine Santos
Publié le 20 mai 2022 à 9h50, mis à jour le 20 mai 2022 à 9h55
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

À l'heure d'une inflation galopante, certains salariés souhaitent percevoir une partie de leur paie en avance.
Les employeurs ne peuvent pas refuser des demandes d'acompte sur salaire.
Certains ont même choisi de leur faciliter la procédure, comme la Mère Poulard, grâce à une application.

Une facture imprévue, des dépenses difficiles à assumer, un trou dans le budget... Alors que les prix ne cessent de grimper depuis plusieurs mois, un coup de pouce financier est souvent le bienvenu, sans attendre de percevoir l'intégralité de sa paie à la fin du mois. La loi française prévoit pour cela l'acompte sur salaire, que les salariés payés mensuellement peuvent solliciter. Ce versement anticipé d'une partie de la rémunération ne peut pas être refusé par l'employeur, dans le cas d'une première demande. 

Le montant de ce versement peut monter jusqu'à la moitié du salaire. Comme cette rémunération correspond à un travail déjà accompli, il faut donc attendre le 15 du mois en cours pour la demander. À la fin du mois, vous percevrez ainsi votre salaire déduit de cette somme déjà versée. Les acomptes sur salaire sont une alternative aux crédits à la consommation, à l'heure où un Français sur trois aimerait être payé plus fréquemment dans le mois. Le ministère de l'Économie recommande de le solliciter par écrit auprès de l'employeur, mais certaines entreprises veulent faciliter ces demandes et accélérer la procédure, à l'instar d'une grande chaîne de restauration et d'hôtellerie du Mont-Saint-Michel, la Mère Poulard

À partir du mois de juin, tous les salariés de l'entreprise pourront se verser eux-mêmes une partie de leurs salaires via une application, lancée par une startup française, Spayr. "Si j'ai besoin d'un acompte, je choisis le montant et je valide, sans passer par le service des Ressources Humaines ou qui que ce soit", explique dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article Ophélie Orange, directrice de ce service. La somme choisie est directement versée sur le compte courant des employés.

"C'est beaucoup plus facile que d'aller voir ma direction"

Jusqu'à présent, seulement 5% du personnel de l'entreprise demandait des avances sur salaire. Certains en ont pourtant besoin, mais renonçaient par gêne ou par honte. Désormais, ils pourront le faire en toute discrétion. "C'est beaucoup plus facile de passer par l'application que d'aller voir ma direction, ma DRH ou mon manager, en expliquant être un peu juste ce mois-ci. Il n'y a pas de justification à donner", salue Régis Aguiton, technicien de maintenance au sein du groupe. Même si, selon la loi, les employeurs ne sont pas autorisés dans tous les cas à s'enquérir auprès du salarié de la raison de sa demande. 

Aux États-Unis, ce type d'application rencontre déjà un large succès depuis la crise sanitaire, dont les conséquences économiques ont frappé très durement de nombreux travailleurs. Earnin ou Dailypay, qui cumulent des millions de téléchargements, permettent de se verser en quelques minutes une partie de son salaire, en choisissant son montant et en le sollicitant dès qu'on le veut. À une condition près : des frais à chaque transfert, qui finissent finalement par peser lourd dans la balance, à l'heure où beaucoup d'Américains sont menacés par le surendettement. Le New York Times a ainsi relevé ainsi qu'une avance de 100 dollars cinq jours avant la paie, avec 5 dollars prélevés, équivaut à un taux annuel de 365%. 

Mais en France, contrairement aux États-Unis, le remboursement passe uniquement par des retenues de salaires, sans verser de montant supplémentaire. "Il n’y a pas le moindre frais pour les utilisateurs" de l'application mise à disposition par La Mère Poulard, confirme Ophélie Orange. Il est seulement possible via cette dernière d'obtenir un acompte, qui revient en effet à verser le salaire en deux temps dans le même mois, et non une avance. 

Mais même dans le cas d'une avance, des intérêts ne peuvent pas être perçus. Il s'agit d'un versement anticipé d'heures de travail pas encore réalisées, que l'employeur n'est pas obligé d'accepter et dont il est libre de négocier le montant avec le salarié (même au-delà du salaire mensuel). Même si l'avance ne constitue pas un droit de l'employé, son remboursement est strictement encadré. L'entreprise applique des retenues successives sur la paie du salarié, autant de mois que cela est nécessaire pour rembourser complètement la somme anticipée, jusqu'à 10% du salaire net exigible à chaque mensualité. Le demandeur peut toutefois effectuer volontairement des versements supplémentaires s'il le souhaite.


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Anaïs Lebranchu et Antoine Santos

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