Facture d'électricité : vers un rattrapage (malgré les promesses)

Annick Berger | Reportage TF1 Fabien Chadeau
Publié le 30 mai 2022 à 14h06, mis à jour le 30 mai 2022 à 14h47

Source : JT 13h Semaine

À l'automne dernier, face à l'envolée des prix de l'énergie, le gouvernement avait décidé de bloquer le tarif réglementé de vente de l'électricité pour 2022.
Mais un rattrapage pourrait avoir lieu sur la facture des Français au prochain mouvement tarifaire, en 2023.

Le gouvernement l'avait pourtant répété à plusieurs reprises : le gel des prix de l'électricité ne devait faire l'objet d'aucun rattrapage. Une promesse qui pourrait ne pas être tenue. En effet, dans une délibération publiée le 31 mars dernier, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) explique que les Français risquent de devoir mettre la main à la poche dans le cadre d'un rattrapage tarifaire. Si ces recommandations étaient suivies, ce serait un coup du pour les nombreux ménages qui ont pu amortir leur facture d'électricité en 2022 grâce au "bouclier tarifaire" annoncé à l'automne dernier par Jean Castex. 

Le gouvernement avait en effet alors décidé de geler la hausse des prix de l'électricité pour protéger les ménages de la flambée historique des tarifs de l'énergie. Après ceux du gaz, ceux de l'électricité avaient bénéficié de cette mesure avec une hausse limitée à 4%, au lieu des 44,5% attendus, selon les calculs effectués par la CRE.

Un "mauvais pari"

Mais l'argent avancé par les fournisseurs pour limiter la hausse des prix de l'électricité leur sera rendu l'année prochaine. Ceux qui comptent moins d'un million de clients ont ainsi reçu, le 1er mai dernier, un "versement anticipé" de l'État de 13,86 euros par mégawattheure (MWh) vendu. Selon Le Parisien, pour les plus gros comme EDF, Engie, TotalEnergie et ENI, il leur aurait été demandé d'effectuer un décalage de trésorerie qui sera comblé en 2023, en appliquant sur la facture de leurs clients une hausse tarifaire de 8%. 

Cette hausse pourrait peser lourd sur le budget des Français : près d'une dizaine d'euros par mois en plus sur la facture pour la mère de famille interrogée par TF1 dans le reportage en tête de cet article. Un foyer de quatre personnes se chauffant à l'électricité pourrait lui avoir à débourser environ 150 euros de plus chaque année avec ce fameux rattrapage. "Compte tenu de son ampleur, il est envisagé de le lisser, peut-être sur deux ou trois ans. La loi en offre la possibilité", explique toutefois au Parisien une source gouvernementale. 

Ce changement de cap apparent de la part du gouvernement a provoqué la colère des associations de défense des consommateurs. L'association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) a ainsi envoyé, le 20 mai dernier, un courrier à la Première ministre Elisabeth Borne pour dénoncer un "mauvais pari".

Le coût de la guerre en Ukraine

S'il faut combler le manque à gagner pour les opérateurs, c'est à cause du contexte actuel. Au moment où elles avaient décidé de mettre en place ce bouclier tarifaire, les autorités misaient en effet sur un retour à la normale des marchés au printemps, notamment grâce à la fin de l'hiver et donc de la période de chauffe et d'une accalmie de la reprise économique mondiale. Un pari qui ne s'avère pas payant. 

Principale responsable : l'offensive russe en Ukraine, débutée le 24 février dernier, qui a complètement bouleversé l'économie mondiale et a tendu un peu plus un marché de l'énergie déjà sous pression. Une situation qui ne devrait pas s'améliorer dans les mois à venir, avec un conflit qui s'enlise et des prix qui devraient rester élevés pendant encore une longue période. Début 2023, le rattrapage pourrait alors s'ajouter à une nouvelle augmentation des tarifs, qui pèserait très lourd dans le budget des ménages français. La CRE précise toutefois qu'à ce stade, aucune décision n'a été prise, d'une part car "le contexte a beaucoup changé avec la guerre en Ukraine et avec le manque de disponibilité du nucléaire". 

Par ailleurs, il existe une autre possibilité à cette hausse des tarifs. Selon François Carlier, le gouvernement a deux options : "Soit on peut effectuer des rattrapages, soit l'État peu faire un chèque aux fournisseurs alternatifs. Ce sont clairement nos impôts qui peuvent être utilisés pour compenser le manque à gagner des opérateurs alternatifs et donc avec cet argent, il n'y aurait pas besoin de faire ce rattrapage tarifaire de 8%". Mais dans un cas comme dans l'autre, ce sont les Français qui devraient payer la flambée des prix de l'électricité.


Annick Berger | Reportage TF1 Fabien Chadeau

Tout
TF1 Info