VIDÉO - Amendes de stationnement : le jackpot des sulfateuses à PV

par L.T. | Reportage TF1 : Jérôme Garro, Pascal Michel, Thomas Leroy
Publié le 17 mars 2023 à 22h07

Source : JT 20h WE

La traque des stationnements impayés est désormais assurée par des voitures banalisées qui peuvent scanner 12.000 véhicules par jour.
Aucun agent ne peut rivaliser avec une telle efficacité, sauf que la machine ne fait aucune distinction entre les contrevenants et ceux qui bénéficient d'une dérogation.
Ce qui mène parfois à des situations ubuesques.

Quand elles surgissent dans votre quartier, c'est une question de minutes avant d'être contrôlé. Les automobilistes les surnomment les sulfateuses à PV. Équipées de caméras, ces voitures flasheuses vérifient jusqu'à 1000 plaques d'immatriculation par heure. "Il n'y a pas vraiment de technique parce que de toute manière, la voiture flash est très dure à éviter et en l'espace de deux minutes, si on n'a pas payé, on se prend directement l'amende", sourit un automobiliste. 

Dans la capitale, les amendes particulièrement salées vont de 50 à 75 euros et les places sont contrôlées deux fois par jour. Jackpot pour la mairie. En 2022, les recettes issues de ces amendes sont passées de 109 à 150 millions d'euros. Mais ces véhicules flashent parfois sans faire de distinction. Les places réservées aux professionnels par exemple. Autour d'un marché, les commerçants ont un emplacement attribué qui n'est pas détecté par la voiture de contrôle. La solution radicale est de masquer sa plaque même si c'est interdit. "C'est la seule solution pour éviter d'être sans arrêt avec des contraventions à payer. On a l'autorisation comme l'indique le panneau, on est commerçant, on a une carte de stationnement et nous sommes obligés de cacher nos plaques pour ne pas être filmé par la voiture à petites oreillettes", déclare un commerçant. 

Et quand les amendes pleuvent, voilà ce que ça donne pour cette entreprise de déménagement. "Voici le classeur avec toutes les amendes et ça fait à peu près 8000 euros", affirme Alexis Gibergues, directeur de déménagement Gibergues. Pour assurer un déménagement, sa société doit payer et réserver en ligne un emplacement. Mais si le jour J la place est occupée et que le camion se gare en face ou juste à côté, c'est la contravention assurée. "On a 13.000 euros d'autorisation de stationnement auxquels vous ajoutez 8000 euros de prunes sur une année de déménagement. Vous imaginez ce que ça représente en termes d'impact pour nos entreprises", poursuit l'intéressé. 

Les cartes d'invalidité non détectées

Difficulté aussi pour les automobilistes en situation de handicap. "C'est une place où je ne suis pas censée être verbalisée", montre Odile Maurin, présidente de l'association Handi-social. Et pourtant, sa carte d'invalidité n'est pas détectée par les voitures flasheuses et les amendes tombent quand même. Odile en a fait les frais et elle n'est pas la seule. "J'ai des dizaines de témoignages de personnes qui soit habitent Toulouse, soit n'habitent pas Toulouse, qui sont tout à fait surprises d'être verbalisées et qui en plus ne savent pas comment contester", ajoute-t-elle. 

Car pour formuler un recours, il vaut mieux être patient. Il faut attendre jusqu'à deux ans pour avoir une réponse et ça n'étonne pas cet avocat en droit routier. "C'est le parcours du combattant pour l'automobiliste verbalisé qui doit respecter des procédures de contestation, produire un certain nombre de pièces, respecter un certain délai. Tout est fait pour que l'automobiliste ne conteste pas", affirme Me Rémy Josseaume, avocat spécialisé en droit routier. 

Enfin, pour éviter les amendes, certains conducteurs s'organisent. Sur l'application participative Seety, par exemple, les rues souvent sillonnées par les voitures flasheuses apparaissent en rouge. Sur Internet sont vendus des gadgets pour cacher sa plaque comme une fausse feuille d'arbre aimantée qui peut se démagnétiser à distance pour échapper aux contrôles. Cette astuce est en revanche totalement illégale et peut coûter très cher : jusqu'à 3750 euros d'amende et cinq ans de prison. 


L.T. | Reportage TF1 : Jérôme Garro, Pascal Michel, Thomas Leroy

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