Carburant : des risques de pénuries de diesel cet hiver en Europe

par M.L (avec AFP)
Publié le 12 octobre 2023 à 15h37

Source : JT 20h Semaine

L'Europe pourrait rencontrer des pénuries de diesel cet hiver à cause de contraintes d'approvisionnement, selon l'AIE.
Elle préconise des "importations soutenues", et estime qu'un nouvel "hiver doux" pourrait permettre de limiter le risque.
L'instance souligne par ailleurs que la production de pétrole s'apprête à atteindre de "nouveaux records" dans le monde, malgré une baisse de la demande.

Le risque plane sur l'Europe. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a mis en garde jeudi contre de possibles pénuries de diesel sur le continent cet hiver en raison de contraintes d'approvisionnement, notamment l'embargo de l'Union Européenne sur le pétrole brut russe en vigueur depuis dix mois. Dans son rapport mensuel sur le pétrole, l'instance intergouvernementale estime que l'Europe aura besoin "d'importations soutenues" en provenance d'autres pays, mais des contraintes particulières en hiver sur la qualité du diesel pourraient "limiter" ces approvisionnements.

"Dix mois après l'entrée en vigueur de l'embargo de l'UE sur le brut russe", déclenché dans le sillage de l'assaut russe en Ukraine et destiné à assécher la rente pétrolière de Moscou, "les raffineurs européens peinent toujours à augmenter leurs taux de traitement et leur production de diesel", constate l'agence, rattachée à l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE). Alors que l'Europe semble avoir "peu d'option" pour "améliorer" ses niveaux de couverture des stocks dans les mois à venir, "un rebond des rendements des raffineries" conjugué à davantage d'importations apparaît "nécessaire", estime-t-elle. "Il faudra peut-être un autre hiver doux pour éviter les pénuries", avertit l'instance.

La production grimpe, la demande recule

Ces contraintes d'approvisionnement pèsent sur les prix du gazole à la pompe, qui dépassent par exemple en France les prix de l'essence depuis fin septembre. La semaine dernière, ils atteignaient 1,89 euro le litre contre 1,86 euro pour le super sans plomb 95-E10. 

Dans son rapport, l'AIE note aussi qu'à l'échelle internationale, la demande de pétrole a reculé, surtout parce que la consommation d'essence a fortement chuté aux États-Unis, "tombée à son niveau le plus bas depuis deux décennies". En revanche, la demande a grimpé du côté de la Chine, de l'Inde et du Brésil, "ce qui permet d'envisager une augmentation de la demande mondiale de pétrole d'environ 2,3 millions de barils par jour pour cette année". Mais l'AIE s'attend à ce qu'elle soit ramenée à une hausse de 0,9 million de barils par jour en 2024, sous l'effet de "la détérioration du climat économique" et parce que "le rebond post-Covid s'essouffle".

Du côté de la production en revanche, les niveaux grimpent. Elle augmentera de 1,5 million de barils par jour en 2023 et 1,7 million en 2024, "pour atteindre de nouveaux records". Alors que l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et de leurs alliés (Opep+) devrait voir sa production globale chuter en 2023, ce sont les autres pays producteurs qui portent cette dynamique, "bien que l'Iran soit en passe de devenir la deuxième source de croissance mondiale après les États-Unis".

Pas "d'impact direct" de la guerre au Moyen-Orient

"Le conflit entre Israël et le Hamas n'a pas eu d'impact direct sur les flux de pétrole" depuis le début des violences samedi, bien que le Moyen-Orient soit une "région qui représente plus d'un tiers du commerce maritime mondial du pétrole", note par ailleurs l'instance internationale. La "perspective" d'un risque sur les flux d'approvisionnement en pétrole reste "actuellement limitée", souligne-t-elle. Pour autant, "les frappes meurtrières ont incité les négociants à intégrer une prime de risque géopolitique plus élevée". Les cours du pétrole avaient en effet bondi de plus de 5% lundi, avant de se replier depuis mardi. "Les marchés resteront attentifs à l'évolution de la crise", car "le conflit au Moyen-Orient est plein d’incertitudes et les événements évoluent rapidement", rappelle ainsi le rapport.

Quant à la Russie, ses exportations lui rapportent de plus en plus d'argent, malgré les sanctions imposées par l'UE. "Les recettes des exportations pétrolières russes ont augmenté de 1,8 milliard de dollars pour atteindre 18,8 milliards de dollars en septembre, leur plus haut niveau depuis juillet 2022", relève l'étude, dix mois après l'entrée en vigueur de l'embargo de l'UE sur le pétrole brut russe.  


M.L (avec AFP)

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