Carburants : pourquoi la baisse du prix du baril de pétrole n'est pas répercutée à la pompe ?

V. F
Publié le 9 janvier 2023 à 12h45, mis à jour le 9 janvier 2023 à 17h31

Source : JT 20h Semaine

Le 4 janvier, le cours du baril de Brent perdait 4,60% à 78,32 dollars et redescendait sous son niveau d’avant la guerre en Ukraine.
Pour autant, les tarifs de l’essence et du gazole n'ont pas diminué.
Pour quelles raisons ?

Les prix de l'énergie ont dévissé mercredi 4 janvier. Vers 18h à Paris, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars a perdu 4,60% à 78,32 dollars, quand son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en février, a vu son tarif diminuer de 4,67% à 73,34 dollars. Une baisse qui remet le prix du pétrole brut à son niveau d'avant la guerre en Ukraine.

Selon les experts, cette baisse serait due aux "inquiétudes d'un ralentissement de l'économie chinoise" ce qui pourrait faire diminuer la demande. En cause, notamment, la propagation du Covid-19 dans le pays qui pèse sur la consommation du premier importateur mondial de pétrole. La Chine fait face à sa pire flambée de cas depuis le début de la pandémie, ce qui se traduit par des "perspectives économiques incertaines à court terme", estime Craig Erlam, analyste d'Oanda. D'autant que "malgré l'assouplissement de sa politique de zéro Covid, l'économie chinoise s'affaiblit", note Stephen Brennock, analyste à PVM Energy.

Embargo sur le pétrole russe

Ces craintes sur le ralentissement de la croissance chinoise, deuxième pays le plus consommateur de pétrole au monde, tirent les prix vers le bas. Mais, pour combien de temps ? Car il ne faut pas oublier que l'embargo européen sur le pétrole russe, entré en vigueur le 5 décembre, pourrait de nouveau tendre le marché. Rappelons qu’il s’agit d’un embargo imposé par l’Union européenne (UE) et portant sur le pétrole brut venant de Russie et importé par voie maritime. Ce n’est donc pas un embargo total (la Hongrie va continuer à importer du pétrole russe par oléoduc), mais l’UE se prive d’au moins 90% ou plus des volumes de pétrole russe qu’elle importait avant la guerre en Ukraine.

Comportement stratégique des distributeurs

Et l’inquiétude est d’autant plus forte que, l'été dernier, malgré la chute des cours du Brent, les prix des carburants ont baissé moins rapidement que ceux du pétrole. Ainsi, en l’espace d'un an, soit juste avant le début de la guerre, le prix d’un litre de sans-plomb 95 s’est stabilisé à la pompe autour de 1,80 euro le litre. Sauf que, décompté de l’aide gouvernementale, ce même tarif a, en réalité, progressé de 18 centimes et reste encore nettement supérieur à son niveau d’avant le début de la guerre.

Pour le gazole, c'est encore plus criant puisque malgré la ristourne de l'État en avril 2022, le gazole a atteint, le 25 août, 1,95 euro contre 1,71 euro six mois auparavant. S’il existait un lien direct entre le prix du pétrole brut et celui des carburants, l’essence ou le gazole devrait à nouveau coûter le même prix qu’en février 2022. "La hausse des prix à la pompe est presque automatique. Dans l’autre sens, la transmission de la baisse des cours du baril est moins sensible", faisait ainsi remarquer, en août dernier, dans l'Humanité, l'économiste Valérie Mignon.

À cela, deux explications principales : la première vient des distributeurs. En cas de hausse du prix du baril, "du fait de la faiblesse de leurs marges, ces derniers ne peuvent pas maintenir durablement leurs prix inchangés puisqu’ils subiraient alors des pertes trop importantes", explique la spécialiste de la filière. Alors qu’à l’inverse, " les distributeurs peuvent avoir un comportement stratégique en différant la répercussion de la baisse du prix du brut sur les prix à la pompe en jouant sur le manque d’information de la part des consommateurs". Ainsi, selon une étude de la Banque de France, il faudrait environ trois semaines pour qu’une variation à la baisse des prix de gros se répercute à la pompe.


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