"Fast fashion" : bientôt des vêtements plus chers et interdits de publicité ?

Publié le 4 mars 2024 à 13h50, mis à jour le 14 mars 2024 à 8h28

Source : JT 13h Semaine

Pour lutter contre l'impact environnemental et économique des marques de fast fashion, le gouvernement veut en interdire la publicité.
Les députés se penchent jeudi sur des mesures visant à freiner la "mode jetable", avec un "malus" environnemental et une interdiction de la publicité pour la vente de ces vêtements à prix cassés, le plus souvent importés.

7 200 : c'est le nombre de nouveaux modèles de vêtements mis en ligne chaque jour sur Shein, un site chinois de vente en ligne. Les internautes, eux, ont le choix entre plus de 470 000 références différentes. Ainsi en va-t-il aussi sur Temu et d'autres marques disponibles sur Internet. Le coût environnemental de ce secteur en plein essor est élevé, alors que l'industrie textile représente environ 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. 

"La production mondiale de vêtements a doublé en 14 ans tandis que la durée de vie des vêtements a diminué d'un tiers", a fait savoir le ministère de la Transition écologique à l'occasion d'un événement organisé lundi sur ce thème. Un développement qui a aussi des conséquences économiques, avec de nombreuses marques françaises de textile qui ont mis la clé sous la porte ces derniers mois. 

Il ne sera plus possible d'encourager l'achat d'un vêtement d'une marque d'ultra fast-fashion
Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique

Le gouvernement a décidé d'encadrer le secteur, en reprenant à son compte des éléments de la proposition de loi de la députée Horizons Anne-Cécile Violland. Elle a été examinée lundi en commission à l'Assemblée nationale et va l'être ce jeudi 14 mars dans l'hémicycle. Soutenu par la majorité, le texte devrait passer sans difficulté.

Concrètement, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu veut interdire la publicité pour les entreprises "d'ultra fast fashion". Une catégorie dont les critères d'appartenance seront définis dans les décrets d'application associés à la loi. "Cela nous permettra de garder une grande réactivité face à ces marques qui ont des pratiques commerciales très agiles", précise Anne-Cécile Violland. Sont visées les sites en ligne mettant chaque semaine des milliers de références en vente, avec un seuil de renouvellement très élevé ; et non pas les chaînes type H&M, Zara, Decathlon, etc.

 "Cette interdiction concernera aussi les influenceurs : il ne sera plus possible d'encourager l'achat d'un vêtement d'une marque d'ultra fast fashion", a-t-il précisé lundi.

Combien pour un malus ? Un bonus ?

Ensuite, le gouvernement l'idée d'un bonus-malus avancée par la députée Horizons : il s'agit de rendre la fast fashion plus chère et la mode durable "moins chère grâce à un bonus". Le texte d'Anne-Cécile Violland prévoit jusqu'à 10 euros de malus, mais le gouvernement n'a pas précisé de son côté les montants de ce dispositif. Mais l'objectif est clair : réduire l'écart de prix entre les produits issus de la fast fashion et les autres.

La loi AGEC en vigueur prévoit déjà un système d'éco-contribution, qui ne peut pas excéder jusqu'à 20% du prix du produit. "C'est ce seuil que nous voulons rehausser, explique la députée Horizons, avec un malus pouvant aller jusqu'à 50% du prix du produit, pour aller jusqu'à 10 euros du prix total du produit en 2030."

Les marques de fast fashion devront aussi afficher sur leur site internet des informations spécifiques : "un message de sensibilisation à leur impact environnemental" et "un message pour encourager le réemploi de ces produits". 

Réagissant en février à propos de la proposition de loi, Shein avait défendu l'idée selon laquelle son modèle était "fondamentalement différent de celui de la fast fashion" et assurait "les meilleures pratiques internationales en matière de développement durable et d'engagements sociaux".

Une étiquette verte

Enfin, le gouvernement espère faire aboutir cette année son projet d'affichage environnemental, qui portait initialement sur l'alimentation et sur les vêtements.

Prévues lors du salon de l'agriculture, les annonces portant sur un label vert pour l'alimentation ont été reportées en raison de la crise agricole. Mais celles sur le textile pourraient avancer : Christophe Béchu a évoqué lundi un aboutissement "avant la fin de l'année". Le dispositif serait volontaire dans un premier temps, puis obligatoire en 2025. "C’est un enjeu de transparence pour le consommateur, a-t-il fait valoir. Le cycle de vie du produit et son coût pour l’environnement seront facilement accessibles pour le consommateur." Selon la députée Anne-Cécile Violland, l'étiquetage volontaire sera disponible dès le 1er mai. 

Parallèlement, le gouvernement veut encourager la mode durable. En dehors du système de bonus, une campagne de communication doit permettre de promouvoir le textile français. Celle-ci sera préparée en partenariat avec l'Ademe et le Medef : la précision ne doit rien au hasard, car la dernière campagne de l'Agence de la transition écologique du gouvernement qui mettait en scène le personnage du "dévendeur" pour inciter les Français à réutiliser davantage avait fait des remous du côté du patronat et des commerçants. 

Dernier élément dévoilé lundi : la France va pousser l'idée d'une coalition internationale pour interdire les exportations de déchets textiles vers les pays qui n'ont pas la capacité de les gérer durablement. Et ainsi éviter les montagnes de vêtements européens aperçues en Amérique latine ou en Afrique.


Marianne ENAULT

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