Grand-messe de l'hyperconsommation, le "Black Friday" peut-il être écoresponsable ?

Publié le 23 novembre 2023 à 16h24, mis à jour le 24 novembre 2023 à 5h54

Source : JT 20h Semaine

Le Black Friday, devenu un rendez-vous incontournable au même titre que les soldes, promet à partir de ce vendredi de susciter encore l'engouement des Français, en dépit de l'inflation.
Des contre-mouvements vantant des solutions de consommation plus responsable ont depuis vu le jour.

Les cartes bleues des Français vont chauffer alors que s'ouvre à partir de ce vendredi le Black Friday. Apparu en France en 2014, le concept du "Black Friday" s’est imposée comme un rendez-vous incontournable pour beaucoup de Français, de plus en plus nombreux à y voir le véritable coup d'envoi des achats de Noël. D'un côté, des consommateurs à la recherche de "bonnes affaires" et de l'autre, de juteux bénéfices à la clé pour les marques et les enseignes de la distribution. 

L'an dernier, le Black Friday a généré rien qu'en France un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros (398 millions d’euros d’articles de mode et 802 millions d’euros en produits d’équipements de la maison), selon des chiffres fournis par le cabinet GjK. Dans le même temps, un milliard de colis ont été livrés en France, soit 4 millions par jour. C'est deux fois plus qu'en temps normal. Cette année encore, la grand-messe annuelle de l’hyperconsommation ne devrait pas pâtir du pouvoir d'achat en berne des Français, désireux de profiter des bonnes affaires face à l'inflation.

En tout cas, si l'on en croit les dernières enquêtes d'opinion. D'après un sondage de l'institut OpinionWay, 27% des Français déclarent en effet avoir l'intention de faire des achats lors du Black Friday. Des achats qui se font majoritairement en ligne (63%), avec un budget moyen de 419 euros (contre 298 euros en moyenne, il y a deux ans). Comme l'an dernier, le prêt-à-porter (37%), l’électroménager (28%), les jouets (27%), l'hygiène et la beauté (22%) ainsi que la high-tech (dont 18% rien que pour les smartphones) seront les plus les catégories de produit les plus plébiscités, selon cette enquête.

Un "vendredi noir" pour la planète

Avalanche de publicités et de courriels annonçant les promotions, gaz à effet de serre engendrés par la myriade de livraisons, kyrielles d’emballages, sans parler du cycle de vie des produits achetés. Le Black Friday affiche un bilan carbone désastreux. En réaction, de plus en plus de marques et de plateformes se joignent au "Green Friday", une alternative durant laquelle les entreprises adhérentes s’engagent "à ne pas proposer de réductions à leurs clients" le jour-J et "à reverser 10 % de leur chiffre d’affaires de cette journée au profit d’associations engagées". Le mouvement fédère à ce jour 500 entreprises et associations.

Aux États-Unis, où faire la chasse aux affaires alléchantes au lendemain de Thanksgiving relève d'un sport national, les critiques sur la surconsommation et ses méfaits restent marginales. C'est un peu moins le cas en Europe, où plusieurs marques et plateformes font le choix de bouder cette opération commerciale, quitte à se priver de l'une des journées les plus lucratives de l'année, avec 17,1% du chiffre d'affaires des ventes mondiales en 2022, selon Carbone 4, un cabinet spécialisée dans l'expertise climatique.

Comme l'an dernier, eBay France ne proposera aucune remise sur les produits neufs pour le Black Friday. La plateforme de e-commerce a bien jaugé le sacrifice financier de son initiative mais "à long terme, mise sur la croissance" des produits de seconde main, expliquait, en 2022, la directrice générale adjointe de l'entreprise, Sarah Tayeb. Des initiatives similaires émergent dans le secteur de la mode, comme celle de Vestiaire Collective, plateforme de vente de produits de seconde main, qui a banni 27 marques d'"ultra fast fashion" (SheIn, Topshop etc.) à la veille de Black Friday, laissant filer 5% de son catalogue. 

Depuis 2018, en France, une initiative initiée par la marque de cosmétiques Typology et baptisé "Black for Good" ambitionne  "d’apporter une dimension éthique à l’acte d’achat" et "de faire du Black Friday, un moment de consommation réfléchi et responsable, plutôt qu'un instant de consommation débridé". Plus de 150 marques françaises ont adhéré à cette démarche. 

Acheter responsable ou boycotter ?

Acheter de manière responsable et soutenir les petits commerces ou boycotter, tout simplement : en France, le sujet fait débat, y compris dans les hautes sphères de l'État. Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, prône un "Green Friday" de la sobriété et défend l’émergence d’une filière française de la réparation dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. En parallèle, une campagne de l'Ademe encourage dans une vidéo les Français à ne plus acheter de neuf, au profit du recyclé : "N'hésitez pas, si vous avez besoin que je vous déconseille d'autres achats, ça soulagera les ressources de la planète !".

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a jugé cette campagne maladroite "vis-à-vis du commerce, surtout le commerce physique qui se bat et que nous soutenons particulièrement en centre-ville". Ce jeudi sur franceinfo, il a déploré "une façon de faire la promotion indirecte du commerce dématérialisé sur les plateformes", et c'est "regrettable". Et de conclure : "Je crois profondément à la sobriété mais pas en prenant les vendeurs ou les commerces physiques comme cibles, et pas en culpabilisant."  


Matthieu DELACHARLERY

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