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La France manquera-t-elle d'énergie l'hiver prochain à cause de la fermeture de Fessenheim ?

Thomas Deszpot
Publié le 10 juin 2022 à 16h27
JT Perso

Source : JT 20h WE

RTE envisagerait le recours à des groupes électrogènes en cas de pics de consommation, l'hiver prochain.
Des internautes pointent du doigt la fermeture de la centrale de Fessenheim, qui ferait planer la crainte d'un "black-out".
Mais ces tensions étaient anticipées et ont été renforcées par la guerre en Ukraine.

L'hiver prochain pourrait se révéler délicat à gérer sur le plan de la production d'énergie. "Après la fermeture de Fessenheim, nous manquons d’électricité au point qu’Enedis envisage d’utiliser un réseau de milliers de groupes électrogènes l’hiver prochain", peut-on lire en ligne. Pour appuyer son propos, l'internaute qui alerte ses abonnés sur les réseaux sociaux glisse le lien vers un article des Échos. Il y est fait mention du fait que RTE "planche sur des solutions de secours", et notamment sur le recours à des groupes électrogènes.

S'il ne s'agit, à l'heure qu'il est, que d'une hypothèse parmi d'autres, il est vrai que l'idée est aujourd'hui à l'étude. En revanche, les causes du manque possible de production d'énergie ne sont pas imputables à la seule fermeture de Fessenheim, loin de là.

Une tension qui était anticipée

Se dirige-t-on vers un hiver 2022-2023 délicat ? Sans aucun doute, comme le reconnaît RTE auprès de TF1info. "Nous avons, depuis plusieurs années, annoncé qu'une série d'hivers, de 2018 à 2024, seraient délicats", note le gestionnaire du réseau de transport d'électricité. "Nous nous trouvons en effet dans une période charnière, marquée par une série d'événements à gérer : la fermeture des centrales au fioul et à charbon, celle de Fessenheim, mais aussi du retard quant au développement d’autres modes de production". Que ce soit l'EPR de Flamanville ou les énergies marines, dont l'importance est amenée à s'accentuer.

Dans le même temps, "l'hiver qui vient nécessitera de composer avec des incertitudes", fait remarquer RTE. "En plus du grand carénage", ce programme de rénovation et de modernisation des centrales nucléaires existantes, "il existe des problèmes de corrosion sur les centrales existantes". Largement évoquées par la presse au cours des derniers mois, ces derniers contribuent à l'arrêt d'un nombre significatif de réacteurs. Lorsque l'on y ajoute les opérations de maintenances en cours, dont une partie avaient été repoussée par le Covid-19, on constate qu'une importante part du parc nucléaire français est aujourd'hui à l'arrêt. Mi-mai, 29 des 56 réacteurs de l'Hexagone étaient stoppés. 

Si RTE ne commente pas l'arrêt de Fessenheim, "pas plus que tout autre choix politique", il apparaît clairement que les besoins en énergie rencontrés actuellement - pas plus que ceux anticipés pour l'hiver à venir - ne sont ou ne seraient pas assumés par cette seule centrale. Alors que la puissance du parc installé est de 61,4 GW, rappelons que Fessenheim (avec ses deux réacteurs) affichait une puissance de 1,8 GW. Pas suffisant pour palier le déficit de production lié aux opérations de maintenance et aux problèmes techniques rencontrés. Par ailleurs, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que la centrale alsacienne aurait été épargnée par les soucis de corrosion rencontrés ailleurs en France. La poursuite de son exploitation, dès lors, n'aurait pas nécessairement signifié la pleine disponibilité des installations.

Comment assurer, dès lors, une production d'énergie suffisante l'hiver prochain ? RTE, sur ce point, explique procéder à "un inventaire de toutes les solutions". Et l'on peut constater que de multiples pistes sont évoquées : "cela va d'une recherche de mesures favorisant l’efficacité énergétique, au développement de mécanismes d'incitation pour promouvoir l’effacement". Dans le même temps, est aussi évoquée "une sensibilisation des Français aux écogestes", ou l'accélération du développement des énergies renouvelables. Le dernier point, côté EDF, concerne l'optimisation de la production nucléaire, afin de garantir une production suffisante. Les "solutions alternatives", explique RTE, sont à l'étude, elles aussi, dont le recours à des réseaux de groupes électrogènes. Rien ne garantit toutefois que cette option soit retenue, puisqu'il s'agit, à l'heure qu'il est, d'une piste parmi d'autres. De la même manière que se pose la question du sort de la centrale charbon de Saint-Avold, censée fermer, mais dont l'exploitation pourrait être prolongée temporairement durant l'hiver.

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