Alors que la saison de la cerise bat son plein, les consommateurs voient bondir les prix au kilo du précieux fruit.
D'aucuns y voient une conséquence directe de l'interdiction d'un pesticide, le phosmet, qui protégeait jusque-là les récoltes.
Les représentants de la filiale avancent d'autres arguments pour expliquer les prix sur les étals.

Chères. Très chères. Trop chères. Pour beaucoup de consommateurs, grignoter des cerises cette année est un plaisir couteux, souvent inaccessible. En cause, une augmentation marquée des prix, qui peuvent avoisiner voire dépasser les 20 euros le kilo. Sur les réseaux sociaux, des messages suggèrent que cette situation pourrait avoir "un lien avec l’interdiction" du phosmet, le "seul pesticide efficace contre la mouche drosophile suzukii, qui a fait s’effondrer la production". D'autres, très critiques, fustigent les militants et élus qui sont parvenus à "obtenir l'interdiction du pesticide protégeant les cerisiers".

Une interdiction dont l'impact reste réduit sur les prix

Les médias spécialisés qui suivent de près le monde agricole soulignent que cette année, on observe "une production en baisse par rapport à 2022 : selon les derniers chiffres publiés par Agreste, la production de cerises atteindrait [...] 36.900 tonnes, en baisse de 5% par rapport à celle de 2022". Outre des réductions de la surface globale de culture, les explications mises en avant sont avant tout d'ordre météo. C'est par exemple le cas en Auvergne-Rhône-Alpes, où "sous l’effet des intempéries de mai (vent, orages fréquents)" et d’une "diminution des surfaces et d’un résultat de floraison moins favorable qu’attendu, la production est prévue en baisse de 12% sur un an". 

Sollicité par TF1info, le président de l'AOP Cerises de France évoque d'emblée le fait que l'on se trouve aujourd'hui face à une "récolte plus petite que l'an passé". Jean-Christophe Neyron observe sur les fruitiers "des calibres supérieurs", qui sont synonymes d'une main-d'œuvre supplémentaire pour le ramassage. De fait, "il y en a un peu moins sur un même d'arbre", fait-il remarquer. La faute à la fin de l'utilisation du phosmet, qui présentait "des risques inacceptables pour les opérateurs, travailleurs, passants et résidents", selon par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) ? C'est un "produit qui avait une efficacité reconnue", admet-il, et qui fut retiré du marché "à regret pour nous". Pour autant, le président de l'AOP ne met pas en avant cette mesure comme l'élément central responsable de la baisse des récoltes.

Jean-Christophe Neyron pointe du doigt "essentiellement des éléments météo", avec notamment un "phénomène d'alternance" d'une année sur l'autre. Ainsi, il y avait beaucoup de cerises au petit calibre l'an passé, l'inverse de cette saison 2023. "Les arbres cette année ont alterné, sans compter les petits coups de gel fin mars qui ont touché certaines parcelles." Des pertes de récoltes, c'est à ses yeux très clair, "sont liées au climat". Il évoque des "excédents de pluie" dans certaines zones, qui affectent directement les cerisiers. Ces arbres, assez fragiles, apprécient surtout les sols drainants où l'eau ne s'accumule pas à leur pied. "Lors d'une saison normale, avec des cerises plein les branches, un ouvrier ramassera environ 15 kilos à l'heure. Aujourd'hui, on va être plus proche de 8 kilos car on va devoir faire plus de tri", note le représentant de Cerises de France. Une productivité qui diminue et dont l'impact sur les prix est logique : "La main-d'œuvre, c'est 60 à 70% du coût de revient pour le producteur", insiste-t-il.

Si les dégâts causés par la drosophile suzukii, "la seule connue qui s'en prenne au fruit frais", peuvent affecter les récoltes, il faut noter qu'un "produit de remplacement a été autorisé, dont les producteurs se sont plus ou moins emparé". Une solution alternative qui semble pour le moment faire en partie ses preuves puisque selon Jean-Christophe Neyron, "on a trouvé un équilibre" à l'heure actuelle. Précisons que les cerises produites à l'étranger ne peuvent pas être importées en France si du phosmet a été utilisé dans les vergers. De quoi se prémunir d'une forme de concurrence déloyale. 

Alors que la saison de la cerise va se poursuivre jusqu'à la mi-juillet, les prix de ventes très élevés observés cette année s'expliquent donc avant tout par l'offre et la demande. D'autant que nos voisins, Espagne et Italie en tête, ont été touchés par des sécheresses et fortes pluies lors de la période de croissance et de développement des fruits, réduisant encore les volumes disponibles. Quand s'ajoutent à cela des engrais et produits de traitement plus couteux, "au moins 40%" selon le président de Cerise de France, la répercussion sur les prix se révèle. Au grand dam des consommateurs qui apprécient le petit fruit rouge, synonyme chaque année de retour de l'été.

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Thomas DESZPOT

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