Trimestre anti-inflation : pourquoi les associations de consommateurs n'y croient pas

Publié le 9 mars 2023 à 19h02, mis à jour le 10 mars 2023 à 8h03

Source : JT 20h WE

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a annoncé lundi la mise en place d'un "trimestre anti-inflation" dans les grandes surfaces à compter du 15 mars.
Mais trois associations de consommateurs fustigent cette mesure, insuffisante à leurs yeux.
Elles réclament la suspension d'un dispositif obligeant les distributeurs à réaliser des marges sur les produits alimentaires.

Le "trimestre anti-inflation" ne met pas des étoiles dans les yeux à tout le monde. Et surtout pas à trois associations de consommateurs. Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre Élisabeth Borne, l'UFC-Que Choisir, Familles Rurales et Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV) interpellent le gouvernement sur la dernière mesure annoncée par Bruno Le Maire.

Les prix les plus compétitifs pas appliqués ?

En début de semaine, le ministre de l'Économie s'est réjoui de lancer l'opération "trimestre anti-inflation". Le principe, longuement discuté avec les différents acteurs, est simple et peu contraignant : entre le 15 mars et le 15 juin, les enseignes de la grande distribution s'engagent à proposer "le prix le plus bas possible" sur une sélection de produits qu'elles désignent elles-mêmes.

Une façon de préserver le pouvoir d'achat des Français, vante l'exécutif, qui ne satisfait pas ces trois associations. "Votre gouvernement se contente de s'en remettre à la bonne volonté de la grande distribution pour qu'elle limite ses marges", déplorent-elles à l'adresse d'Élisabeth Borne dans la lettre ouverte. "Cette approche n'aboutira en aucun cas à ce que les étiquettes affichent les prix les plus compétitifs possibles." En cause, d'après elles, une mesure entrée en vigueur en 2019.

Le système de revente à perte oblige les distributeurs à répercuter l'inflation
François Carlier, délégué général de la CLCV

Dans le cadre de la loi Egalim, votée ces dernières années afin d'améliorer le revenu des agriculteurs, la disposition "seuil de revente à perte 10" (SRP10) contraint les distributeurs à vendre les produits alimentaires au moins 10% plus chers que le prix auquel ils les ont achetés. Les "efforts sur les marges" réclamés par Emmanuel Macron semblent donc déjà atténués. "Ils sont impossibles", déplore auprès de TF1info François Carlier, délégué général de la CLCV. "Le système de seuil de revente à perte oblige les distributeurs à répercuter l'inflation."

Eux souhaitent arrêter temporairement ce dispositif. "Cette mesure a été introduite en 2019, lorsque les prix du marché agricole étaient très bas et qu'il y avait une inquiétude sur le revenu des agriculteurs", rappelle-t-il. "Mais le contexte n'est pas du tout le même. La loi Egalim n'est pas adaptée" à la situation actuelle, regrette François Carlier. "L'urgence, ce sont les familles qui désespèrent dans les supermarchés."

Dès lors, la CLCV propose une piste pour ne pas rogner les bénéfices de la grande distribution. "L'idée est que les distributeurs fassent un effort sur les produits alimentaires, par exemple avec une marge à 2%, quitte à ce qu'ils rattrapent les marges sur d'autres produits moins essentiels et sujets à l'inflation, par exemple l'électronique", propose-t-il. Une solution impossible tant que le SRP10 est en vigueur. "Nous demandons donc sa suspension."

Reste à savoir si la Première ministre sera réceptive. "Si vous souhaitez réellement faire de la maîtrise des prix alimentaires une priorité, la cohérence vous impose de mettre en place la seule mesure permettant une réduction rapide et tangible des prix", peut-on lire dans la lettre ouverte. L'association de consommateurs espère désormais ne pas lancer "un appel dans le vide".


Idèr NABILI

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