Le vin n'a plus autant la cote dans l'Hexagone, alertent les Vignerons coopérateurs de France.
Si les Français délaissent cet alcool, quelle que soit sa couleur, le rouge est particulièrement touché.
Les effets de l’inflation pourraient permettre, en partie, de l'expliquer.

Déboucher une bouteille de vin rouge en terrasse, une pratique bientôt ancestrale ? Si la baisse de consommation de vin en France ne date pas d'aujourd'hui, les Vignerons coopérateurs de France ont récemment alerté sur une "chute brutale" qui touche notamment le vin rouge de consommation courante. Ce désamour était d'ailleurs au cœur de son 50e congrès national il y a quelques jours à Saumur. 

D'après l'interprofession qui réunit 570 caves coopératives, soit 45.000 vignerons qui récoltent près de 50 % de la production nationale, l'année 2022, avec une chute de la consommation globale de vin de 10%, marque "un tournant" et "une accélération" de cette baisse. Dans le détail, les ventes en grande distribution ont baissé de 2% en volume sur un an et de 3% en valeur, selon les chiffres présentés le 28 juin dernier. 

"A l'époque c'était son petit pichet, son petit verre de vin"

"Le tableau est sombre, mais nous devons le regarder en face", a ainsi relevé son président, Joël Boueilh, auprès de nos confrères de BFMTV. "Nous pouvons incriminer la concurrence d’autres produits ou encore l’inflation (…). Nous pouvons même prétexter le problème de la loi Evin comme entrave à une pleine communication (…). Je pense, malheureusement, que le mal est plus profond : la baisse est tendancielle depuis plusieurs années et elle subit une forme d’accélération dans cette période de doutes tant sociale que géopolitique", a-t-il poursuivi.

Les experts du secteur mettent également en avant un changement d'habitudes autour des repas, qui sont moins "ritualisés".  

"À l'époque, c'était son petit pichet, son petit verre de vin. Les tendances changent dans la consommation. Même le midi, ça va être des jus de fruits, du cocktail et de la bière", confirme dans le reportage en tête de cet article David Batard, gérant d'exploitation au restaurant "Le Saint Georges", à Bordeaux. Conséquence directe de cette évolution des tendances : sa cave autrefois remplie de vin rouge ne contient aujourd'hui plus qu'une cinquantaine de bouteilles.

"Vers des vins plus fruités plus légers"

En terrasse, les clients eux-mêmes en sont conscients. "Le rouge reste un vin beaucoup plus tannique, beaucoup plus fort avec plus de caractère, et du coup les plus jeunes ont tendance à aller vers des vins plus fruités, plus légers", justifie une concernée. Pour rappel, le vin rosé, davantage consommé en été, était devenu l’alcool star de la saison 2022, avec des ventes en hausse de 10 % entre mai et juillet.

Il n'en demeure pas moins, qu'en dix ans, la consommation de vin des personnes de moins de 50 ans s'est contractée de 6%, détaillait en novembre 2022 une étude de Kantar pour RTL, soulignant que les retraités sont les moins touchés par cette tendance avec une consommation réduite de 1% seulement sur cette période. Chez les plus jeunes en revanche, la baisse avait atteint 7% entre 2011 et 2021. 

L'inflation comme accélérateur de ce désamour

En février dernier, une étude de NielsenIQ pointait de son côté directement l’inflation comme explication à ce désamour alors que le prix du vin a augmenté de 9,8% à février 2023. Selon cette enquête, les Français ont, quelle que soit sa couleur, privilégié en effet les produits moins onéreux, la valorisation étant en baisse de -4,1% pour le vin rouge, de -4% pour le blanc, -2,3% pour le rosé entre février 2022 et février 2023.

En 2022, un foyer français a acheté 29 litres en moyenne, contre 30 litres en 2021, 32 litres en 2020 et 31 litres en 2019. À titre de repère, dans les années 60, les Français étaient parmi les plus gros buveurs de vin au monde, avec 120 litres par habitant et par an consommés. 


La rédaction de TF1info | Lise CLOIX, Domitie BERTAUD et Christophe BROUSSEAU

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