Lorsqu'un appareil électroménager tombe en panne, il est parfois plus simple de le jeter.
En cause, des pièces détachées souvent introuvables.
La Commission européenne veut y remédier en adoptant un texte qui renforce les droits des consommateurs et oblige les fabricants à garder les pièces détachées disponibles pendant dix ans.

Lorsque votre appareil électroménager est en panne, vous avez sûrement déjà été dans la situation de Jeanine : après avoir attendu trois ans les pièces détachées, elle a fini par le jeter. "Je ne pouvais rien faire puisque les pièces ne se faisaient plus, alors j'ai changé d'appareil", explique-t-elle dans la vidéo du JT de TF1 ci-dessus. 

Désormais, ce ne sera plus possible. La Commission européenne, via un texte adopté ce mercredi, veut en effet renforcer les droits des consommateurs pour qu'ils puissent faire réparer plus facilement et à moindre coût leurs produits endommagés ou en panne - électroménager, téléviseurs, smartphones... -, y compris après l'expiration de la période de garantie.

35 millions de tonnes de déchets

Chaque année, les produits mis au rebut alors qu'ils étaient réparables représentent dans l'UE quelque 35 millions de tonnes de déchets, tandis que les consommateurs européens perdent 12 milliards d'euros en préférant acheter un bien neuf plutôt que de faire réparer l'ancien, estime l'exécutif européen. Pour y remédier, le nouveau projet législatif, qui sera négocié par les États membres et eurodéputés, introduit un "droit à la réparation" inédit. Tant que la garantie reste valable (deux ans minimum), les vendeurs devront assurer la réparation gratuitement et "dans un délai raisonnable", sauf si celle-ci s'avère plus coûteuse qu'un remplacement. 

Au-delà, les fabricants seront tenus de réparer un produit pendant au moins 10 ans (contre cinq actuellement) après l'achat, selon le type de produit - sauf si cela est impossible au regard du type de panne ou de dommages. Une obligation couvrant les biens qualifiés de "réparables par conception" dans le droit européen (électroménager, téléviseurs...). Cette liste sera bientôt étendue aux smartphones et tablettes. "La règle sera claire : le producteur ne pourra plus refuser de réparer votre lave-linge, sauf si sa réparation est techniquement impossible", a insisté le commissaire à la Justice Didier Reynders. 

Le prix des pièces est encore élevé, donc c’est un frein pour la réparation. Les constructeurs ne jouent pas encore vraiment le jeu.
Fayçal Bellal, l'ancien gérant de l'entreprise de réparation Dep 14

Une fois la garantie expirée, cela se fera aux frais du consommateur, mais le texte anticipe une baisse de prix grâce à l'essor attendu du secteur. "Les consommateurs ne seront pas obligés de se rendre uniquement chez le fabricant. Ils pourront s'adresser à des réparateurs indépendants et trouver d'autres services de réparation répondant mieux à leurs besoins ou proposant des options plus attractives", a précisé Didier Reynders. Pour les clients, c’est une excellente nouvelle. "Dès que ça tombe en panne, on met à la poubelle, donc c'est quand même mieux pour la planète si on peut réparer", reconnait une retraitée dans le reportage de TF1. "C'est aussi un plus pour le porte-monnaie", renchérit son voisin. 

Car changer une pièce sur un appareil peut coûter cher. Dans l'entreprise de réparation Dep 14, les demandes ont explosé ces dernières années, même si cela demande parfois un effort financier. "Le prix des pièces est encore élevé, donc c’est un frein pour la réparation. Les constructeurs ne jouent pas encore vraiment le jeu", explique Fayçal Bellal, l'ancien gérant. Il est vrai que depuis plus de dix ans, le prix des pièces détachées n’a fait qu’augmenter, au point qu'il est parfois plus avantageux de changer d’appareil. "Par exemple, une platine de puissance sur un lave-linge coûte entre 150 et 200 euros", lâche Fayçal Bellal, soit la moitié du prix de la machine. 

Dans les magasins spécialisés, on estime que la commercialisation des pièces détachées pendant dix ans ne sera pas forcément une révolution. "Le premier geste, c'est effectivement de faire de la réparation, mais parfois, le consommateur préfère remplacer pour avoir un produit plus performant. Il y aura toujours de la vente de produit neuf", prédit ainsi Laurent Chéron, artisan commerçant chez Répar'acteurs.

Bruxelles prévoit la mise en place d'une plateforme en ligne dans chaque État membre pour permettre de trouver les réparateurs et revendeurs de biens reconditionnés. Et pour comparer plus facilement différentes options, les consommateurs pourront réclamer un "formulaire d'information" standard précisant les modalités de la réparation.

Sur 15 ans, le texte pourrait faire économiser jusqu'à 176,5 milliards d'euros aux consommateurs, éviter 3 millions de tonnes de déchets, et permettre aux fabricants et vendeurs d'économiser 15,6 milliards d'euros en réparant les produits au lieu de les remplacer gratuitement dans le cadre de la garantie légale, estime la Commission.


V. F Reportage vidéo : Guillaume Thorel et A. Vulliez

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