En 30 ans, plus de 160.000 fast-foods ont ouvert leurs portes en France.
Comment ce mode de restauration a-t-il détrôné les établissements traditionnels ?
Regardez ce "Focus" du 20H de TF1 en Seine-Maritime.

Le repas des Français a beau être classé au patrimoine de l’Unesco, le pays de la gastronomie n’échappe pas à la réalité du temps qui passe. De 119 en 1990, le nombre de fast-foods y est passé à 160.131 en 2023. Selon l’Insee, le nombre de ces établissements dépasse désormais celui des restaurants traditionnels dans plusieurs villes, comme Marseille ou Nantes. Depuis 2021, c’est même le cas sur l’ensemble du territoire. Le "Focus" du 20H de TF1 s’est penché sur l’ampleur et les mécanismes du phénomène, en arpentant le département de la Seine-Maritime.

Première étape rue du Gros horloge, en plein centre-ville de Rouen, dans l’ancienne maison à colombage abritant l’un des plus vieux McDonald's français, où 1.200 clients se pressent chaque jour. Dix autres ont ensuite fleuri dans l’agglomération. Plus largement, l’enseigne ouvre de 25 à 30 nouveaux restaurants et vend deux millions de menus par an en France, pays représentant, avec quelque 1.500 établissements, son quatrième marché le plus important au monde. 

"Peu importe le McDo, on est très bien reçus. On a fait 3.000 km pendant les fêtes de fin d’année, on s’est arrêté à McDo à chaque fois. C’est pratique pour toute la famille, on ne passe pas trois heures à table", témoigne une maman venue avec ses enfants en bas âge. La recette n'a pas changé : peu de temps d’attente, commandes à la borne ne nécessitant pas de serveur, rationalisation des tâches en cuisine, menu calibré au gramme près, sans vaisselle, à moins de dix euros. 

Mais en cette année 2024, le géant de la frite a dû s'adapter avec un menu spécial inflation, entre cinq et six euros. "On le vend plus de 250 fois par jour rien que sur ce restaurant, détaille Welsey Landrin, directeur de marché chez McDonald's France. C’est très important actuellement de travailler sur l’accessibilité de nos prix." C’est l’une des clés du succès : vivre avec son temps.

Des années 1990 à nos jours, les emplacements stratégiques traqués par la restauration rapide ont d’ailleurs migré, des centres-villes aux zones commerciales. À 20 km du Vieux-Rouen, à Tourville-la-Rivière, Starbucks a ouvert il y a deux ans, KFC il y a trois ans, juste à côté des historiques, McDonald's et Burger King… Tous à deux pas des grandes surfaces et leurs immenses espaces de stationnement.

"À l’arrivée, ce n’est pas rentable"

Caché au milieu des mastodontes américains, un irréductible Gaulois : la brasserie "La Fabrique". "Le midi, les gens qui viennent ont, pour beaucoup, quarante minutes pour manger. Donc il faut vraiment être très rapide. On a étoffé et bien organisé notre équipe en cuisine. On a des timers et on connaît exactement le temps de sortie des plats. Aujourd’hui, 90% de nos clients sont servis en moins d’un quart d’heure et la majorité en moins de dix minutes", explique Stéphane Cavalier, le gérant, après avoir servi un "menu express", constitué d’un hamburger et de frites. Son restaurant propose aussi un service continu de midi à 22h, sept jours sur sept. De fait, il a adopté les codes des fast-foods.

Quid des petites villes ? Non loin de là, Elbeuf, 16.000 habitants, compte 19 fast-foods, dont six établissements de burgers, trois de kebab et un restaurant de pizzas à emporter dans la seule rue principale. La brasserie historique "Le café blanc", qui revendique d’offrir à ses clients le temps de déjeuner dans un environnement convivial, a néanmoins dû adapter ses prix. "On ne peut évidemment pas s’aligner sur les kebabs, mais on a un plat du jour à 10,90", confirme le patron, Jean-Christophe Raraux. Un tarif proche de celui de McDonald’s, inimaginable il y a quelques années. "À l’arrivée, ce n’est pas rentable", soupire le gérant. Dans le kebab voisin, tandis que deux ouvriers commandent des "salades-tomates-oignons", une retraitée sirote, comme tous les jours, son café du matin : "J’aime bien l’ambiance, toute simple." Encore un signe des temps.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Joséphine De Francqueville, Stefan Iorgulescu

Tout
TF1 Info