À peine arrivée en Europe, la plateforme chinoise de commerce en ligne Temu était déjà plébiscitée.
Mais elle fait désormais l'objet d'une plainte de 17 associations de consommateurs auprès de la Commission de Bruxelles.
Que lui reproche-t-on exactement ?

Difficile, depuis son arrivée en Europe en 2023, de passer à côté du phénomène Temu. Pour le meilleur et pour le pire. Côté pile : la plateforme chinoise de commerce en ligne aux 31,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 18 milliards d'euros de trésorerie et 7,6 milliards d’euros de bénéfices, s’est offert, au mois de février, l'encart publicitaire le plus cher du monde, durant le Superbowl, moyennant 6,5 millions d’euros les 30 secondes de spots en mondovision. Côté face : une fédération de 17 associations européennes de consommateurs, dont l’UFC-Que choisir, a annoncé, ce jeudi 16 mai, avoir porté plainte contre Pinduoduo, créateur et propriétaire du site, devant la Commission européenne. Pour quels motifs ?

Premier reproche : le manque de traçabilité. "On n’a aucune information sur qui vend les produits, d’où ils proviennent ou comment ils sont fabriqués", synthétise, au micro de TF1, dans le reportage du JT de 20H à voir en tête de cet article, l’un des 10 millions d’utilisateurs français de l’application. Temu "omet souvent de fournir aux consommateurs des informations cruciales et n’est donc pas en mesure d’indiquer si le produit répond aux exigences de l’Union européenne en matière de sécurité", formule pour sa part, par voie de communiqué, le collectif européen à l’initiative de la plainte.

À titre d’exemple, la Fédération européenne des industries du jouet avait acheté dix-neuf jouets à prix cassés sur la plateforme en février, pour les faire ensuite tester par un laboratoire indépendant. Résultat : aucun d’entre eux n’était conforme à la réglementation de l’UE, et 95% présentaient même un réel danger pour la sécurité des enfants.

Temu est aussi accusée de manipulation, via des interfaces trompeuses, des faux comptes à rebours pour des promotions, des alertes incessantes et même des jeux en ligne permettant de gagner des produits gratuits. Le tout, afin de fidéliser ses clients. Voire les rendre accros. "J’y vais tous les jours. Dès que j’ai cinq minutes, je regarde, pour voir s’il n’y a pas une promo. C’est bien ancré dans mon quotidien", admettait Cendrine Legal, une mère de famille que nous avions rencontrée en novembre 2023.

"C’est la fulgurance de l’entrée dans le marché européen qui a fait que les associations de consommateurs se sont rendu compte qu’il y avait une véritable problématique. Avec notre plainte, on essaye de faire en sorte que le consommateur fasse ses propres choix et que ses choix soient éclairés", explique à TF1 Brune Blanc-Durand, juriste spécialisée nouvelles technologies à l’UFC-Que choisir. De son côté, le groupe Temu assure prendre cette plainte "très au sérieux" et promet de "l’étudier avec la plus grande attention", puis de coopérer avec toutes les parties prenantes pour "travailler à la correction de toute lacune".

La plateforme se trouvait, en outre, déjà dans le viseur d'un cabinet d'analyse américain, qui l’accuse d'espionnage via des algorithmes de personnalisation parmi les plus puissants du monde. Fin mars, le géant du commerce en ligne avait d’ailleurs dû faire machine arrière après avoir lancé une offre en France et au Royaume-Uni, qui consistait à exploiter les données personnelles de ses utilisateurs, à vie, en échange d’argent ou de bons d’achat. Le groupe chinois avait alors expliqué "supprimer temporairement" cette offre en raison de "malentendus sur l’étendue de l’utilisation des informations client".


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Léa Kebdani, Roxane Sygula, Antoine Janon

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