Depuis la mise en place mi-décembre du "bonus réparation", le prix des interventions sur les appareils électroménagers semble avoir augmenté.
C'est le bilan dressé par l'association de consommateurs CLCV, qui estime que certains réparateurs ont rehaussé leurs tarifs.
Les professionnels interrogés par TF1 expliquent de leur côté ces hausses par le poids de l'inflation.

Pour la réparation de son lave-vaisselle, Mathieu Barbaud bénéficiera d'un coup de pouce. Cet habitant de Loire-Atlantique devait initialement payer 84 euros, mais la note est allégée grâce au bonus réparation, une aide mise en place par l'État depuis la mi-décembre, qui va prendre en charge 25 euros sur sa facture. Son objectif : encourager les Français à faire davantage réparer leurs appareils et ainsi allonger leur durée de vie. Elle s'échelonne de 10 à 45 euros selon les équipements, à la condition qu'ils soient réparés par un professionnel labellisé "QualiRépar". Une solution "avantageuse" pour le propriétaire du lave-vaisselle, qui salue aussi une "démarche écologique", dans le reportage du 13H de TF1 ci-dessus. 

"On ne change pas un appareil qui fonctionne encore", insiste le jeune homme. Il n'est pas le seul à être convaincu par le dispositif, qui concerne tout un panel d'équipement, du frigo au lave-linge et à l'aspirateur, en passant par l'ordinateur et le téléphone portable, une liste à retrouver sur le site de l'éco-organisme ecosystem. En quatre mois, quelque 20.000 réparations ont profité de ce bonus, pour une remise moyenne de 24 euros.

Mais face à cet engouement, certains réparateurs pourraient être tentés d'augmenter les prix. C'est ce que révèle un bilan dressé par l'association de consommateurs Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV), qui s'est penchée sur les trois premiers mois de ce fonds. Depuis le lancement de la loi comprenant ce bonus réparation, "nous avons constaté plusieurs hausses de prix chez les réparateurs", signale-t-elle. 

Une facture en hausse de 40 euros pour réparer un lave-vaisselle ?

Elle redoute ainsi "une probable hausse de prix significative" sur le tarif appliqué, tout en appelant à "la prudence quant à l'interprétation des données". Selon elle, le bonus a permis d'offrir une remise de 22% en moyenne sur les factures de réparation, mais dans le même temps, les tarifs semblent avoir été relevés par les professionnels. En se penchant sur les deux catégories de produits les plus réparés, l'association a constaté que le prix moyen de réparation pour un lave-vaisselle est désormais de 164 euros, contre 125 euros selon l'Agence de la transition écologique (Ademe), et que celui du sèche-linge serait passé de 119 à 146 euros. "Il est probable que le prix de ces réparations ait connu une inflation significative", signale-t-elle.

Au sein de l'entreprise Murfy, qui est intervenue chez Mathieu Barbaud, on assure pourtant qu'il n'est pas question de modifier les prix. Le réparateur Thomas Depraetere, certifié "QualiRépar", a certes revu ses tarifs à la hausse, mais il affirme l'avoir fait avant la mise en place du bonus réparation. "Le prix de l'essence et de l'électricité a augmenté. On a dû s'adapter, en augmentant seulement de cinq euros le forfait", souligne-t-il dans le reportage. Dans son bilan, la CLCV relève aussi "qu’en ce début d’année 2023, nous sommes dans un contexte inflationniste important". "Notre but est plutôt d'augmenter le nombre de clients par jour, le nombre de réparations possibles, et non de profiter du bonus réparation pour remonter les prix", appuie de son côté Didier Recoquillé, chef d'équipe de dépannage à domicile à Carquefou. 

L’évolution des prix de la réparation sera affinée dans les prochains observatoires, a indiqué la CLCV. En attendant, le gouvernement prévoit de doubler les bonus dès le 1er juillet, en élargissant aussi les prestations à certaines réparations jusqu'alors exclues, comme l'échange d'une vitre cassée de téléphone par exemple. De son côté, l'éco-organisme ecosystem vise 500.000 réparations prises en charge d'ici fin 2023. 

Pour accélérer le démarrage du dispositif, l'exécutif souhaite aussi encourager le plus de professionnels possible à rejoindre le label QualiRépar, qui devra recenser 4000 noms d'ici la fin de l'année, contre 1200 à l'heure actuelle. Les petits réparateurs pourront donc bénéficier d'un coût d'adhésion réduit, tandis que les grandes enseignes comme Auchan, la Fnac, Apple, Darty ou Carrefour pourraient être forcées d'intégrer la liste par arrêté dès l'été, si elles ne sautent pas le pas d'elles même d'ici là. 

Dans son étude, la CLCV regrette à ce sujet un nombre encore insuffisant de magasins labellisés et un maillage inégal sur le territoire : elle en comptabilisait à la mi-mars 1200, sur les quelque 30.000 sites de réparations recensés par l'Ademe, et relevait que certains départements n'en comptaient aucun. Des lacunes importantes, à l'heure où les produits électriques et électroniques ont généré en 2022 1,8 million de tonnes de déchets, soit le même niveau qu'avant le Covid. 


M.L | Reportage TF1 Nicolas Hesse, Pauline Dumortier

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