Crise de l'énergie en France

Electricité : le nouveau tarif va-t-il faire exploser votre facture ?

par La rédaction de TF1info |Reportage : Pierre Corrieu, Vincent Pierron, Antoine Cazabonne
Publié le 15 novembre 2023 à 10h43, mis à jour le 15 novembre 2023 à 13h46

Source : TF1 Info

Un accord a été trouvé mardi entre l'État et EDF pour stabiliser les prix de l'électricité à partir de 2026 : le mégawattheure coûtera environ 70 euros, soit une trentaine de plus qu'aujourd'hui.
Les factures vont-elles augmenter dans la même proportion ?
On se penche sur le nouveau mécanisme et ses effets.

L'État a promis de la "stabilité" pour les factures d'énergie des consommateurs après un accord conclu ce mardi avec EDF, qui pose les contours de la nouvelle régulation du prix de l'électricité et vise à préserver la soutenabilité financière de l'entreprise. "Ces négociations ont été longues, parfois difficiles, mais elles ont abouti", s'est félicité le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire en lançant un sourire au PDG d'EDF Luc Rémont. 

L'accord conclu fixe un "niveau de prix moyen" autour de 70 euros le mégawattheure (MWh). Si ce prix est supérieur aux 42 euros qui prévalent aujourd'hui, il est assorti d'un mécanisme supposé éviter les "dérapages" liés à la volatilité des prix du marché de l'énergie. Inversement, si ces prix baissent significativement, EDF sera tenu de redistribuer ses revenus supplémentaires à ses clients, via une baisse sur leur facture.

Comment on va faire ? Entre la nourriture, l'essence, l'électricité, le gaz...
Nhu Dung Nguyen, professeure de lycée

Le gouvernement autorise donc EDF à vendre plus cher son électricité issue du nucléaire, à partir de 2026. Quelle conséquence concrète pour votre facture ? Un expert en énergie a accepté de réaliser une estimation moyenne pour TF1, en supposant des prix du marché et une production d'électrique identiques à ce qu'ils sont actuellement. "Ça pourrait être au minimum une augmentation de 10% de la facture", conclut Jérémie Haddad dans le reportage visible en tête de cet article. 

Pour une professeure en lycée professionnel rencontrée par notre équipe, c'est une mauvaise nouvelle. Aujourd'hui, Nhu Dung Nguyen paie 54 euros d'électricité d'euros par mois, soit 640 euros par an. Face à l'augmentation anticipée par notre expert, qui reviendrait à 64 euros par an pour elle, elle s'inquiète : "Comment on va faire ? Entre la nourriture, l'essence, l'électricité, le gaz...".

Le mécanisme qui prévalait avait creusé les pertes du groupe

Si EDF souhaite vendre son électricité plus chère à l'avenir, c'est pour entretenir le parc nucléaire existant, et financer la construction des six nouveaux réacteurs souhaités par l'exécutif. L'accord trouvé avec l'État laisse l'entreprise publique en capacité de dégager les marges nécessaires à ces investissements colossaux. Ce réajustement était en fait réclamé par EDF depuis plusieurs années. Le mécanisme en place depuis 2012, et qui arrive à échéance le 31 décembre 2025 (l'Arenh), contraignait le principal producteur d'électricité français à la vendre au prix cassé de 42 euros le MWh à des fournisseurs alternatifs. Si l'Arenh avait protégé les consommateurs français de la flambée des prix, il avait aggravé les pertes du groupe, déjà lesté d'une dette colossale. 

Si EDF semble s'y retrouver dans l'accord obtenu, avec un prix situé autour de 70 euros le MWh pour 15 ans, est-ce le cas pour les Français ? Le mécanisme trouvé, selon les spécialistes, est un bon outil face à la volatilité des marchés, pour protéger les consommateurs. Qu'ils achètent leur électricité directement à EDF ou à d'autres fournisseurs, ils seront moins exposés aux soubresauts, après une augmentation initiale de la facture. Le mécanisme permet de désindexer le nucléaire des autres sources d'énergie, notamment pour moins subir les aléas du marché du gaz. 

Dans le cas inverse où le prix de l'électricité baisserait, EDF serait tenu de redistribuer une partie de l'excédent de revenus obtenu, via les factures de ses clients. La part des bénéfices reversés serait même augmentée en fonction de la hausse des revenus de l'entreprise, selon un barème établi au cours des négociations. Il faudrait cependant attendre une forte hausse des prix pour déclencher cette réversion. 

Pour plusieurs spécialistes, le défaut du mécanisme serait de mieux protéger contre les hausses subites du marché qu'il ne garantira un prix juste quand les prix seront orientés à la baisse. Le consultant spécialisé Nicolas Goldberg estime ainsi que si le prix du MWh dépasse les 110 euros, le principe retenu est très protecteur pour les clients, mais qu'il l'est nettement moins au-dessous de cette marque. Un bon outil en temps de crise, mais pas une bonne affaire pendant les phases d'accalmie.

Autre grande nouveauté pour 2026, les entreprises de moins de dix salariés, et dont le chiffre d'affaires est inférieur à deux millions d'euros par an, auront accès, elles aussi, à ce tarif régulé. De quoi stabiliser les factures d'électricité, qui pouvaient s'envoler d'un mois sur l'autre, comme on l'a vue au plus fort de la crise de l'énergie. "Cette souplesse de trésorerie me permettrait de me projeter, par rapport à ma masse salariale (...), et d'être beaucoup plus serein", estime Stéphane Royer, boulanger en Loire-Atlantique, au micro de TF1. 

Ces nouveautés entreront en vigueur en 2026. Mais avant cela, il faut s’attendre à d’autres hausses du prix de l’électricité. À la clé, des augmentations de plusieurs dizaines d’euros sur les factures des particuliers.


La rédaction de TF1info |Reportage : Pierre Corrieu, Vincent Pierron, Antoine Cazabonne

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