Nouvelle-Zélande-Afrique du Sud : le jour où... les "Boks" sont devenus champions du monde pour la première fois

Publié le 24 octobre 2023 à 8h30, mis à jour le 28 octobre 2023 à 10h54
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Source : Rugby - Coupe du Monde

Qualifiée de justesse en finale de la Coupe du monde, l'Afrique du Sud y retrouve une veille connaissance : la Nouvelle-Zélande.
C'est seulement la deuxième fois de l'histoire que ces sélections - qui entretiennent une rivalité ancestrale - s'affrontent à ce stade de la compétition.
Leur premier duel, en 1995, a propulsé les "Springboks" au sommet de la planète ovalie après une finale épique (et controversée).

Cent-deux ans d'histoire partagée, d'affrontements féroces et d'oppositions de style. Cent-cinq rencontres, souvent très disputées, parfois à sens unique. Un improbable 0-0 pour débuter, un soir de 1921. Une correction 7-35 tout aussi inattendue en août 2023, plus large défaite jamais concédée par les hommes en noir. 

Rivaux de tout temps au rugby - avec à la clé de nombreux matchs dantesques restés dans les mémoires -, Sud-Africains et Néo-Zélandais se retrouvent samedi 28 octobre (21h, en direct sur TF1, MYTF1 et en live commenté sur TF1info) en finale de la Coupe du monde. Étonnamment, ce n'est que la deuxième fois que cela se produit... après 1995. Une édition lors de laquelle les Springboks ont remporté leur tout premier titre planétaire pour leur première participation. Et bien plus que cela. 

François Pienaar reçoit le trophée Webb Ellis des mains de Nelson Mandela, le 24 juin 1995.
François Pienaar reçoit le trophée Webb Ellis des mains de Nelson Mandela, le 24 juin 1995. - JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Remontons 28 ans en arrière, en juin 1995. Quelques années seulement après la fin officielle de l'apartheid (le 30 juin 1991), la nation sud-africaine continue de se chercher. Minées par les dizaines d'années de conflit, les différentes communautés peinent à cohabiter entre elles. Méfiance, dépit et pauvreté demeurent les dominantes de la vie dans ce bout de terre de 1,22 million kilomètres carrés. 

Un contexte spécial

Or, depuis quelques semaines, une étincelle s'est allumée au gré des performances de surprenants Springboks devant leur public. D'abord relativement poussifs - en attestent les modestes succès 21-8 et 20-0 respectivement contre la Roumanie et le Canada -, ils conquièrent progressivement les cœurs par la solidarité et la résilience (et une certaine part de réussite) dont ils font preuve. 

Le point d'orgue de cette montée en puissance ? Cette demi-finale sulfureuse contre la France, remportée au forceps (19-15) et dont le scénario laisse, encore aujourd'hui, amertume et regrets côté tricolore. "J’ai toujours dit que je ne voulais pas être un vieux con, mais quand tu vois tout ce qui s’est passé, tu peux te poser des questions" quant à un match potentiellement arrangé à l'avance, a d'ailleurs récemment déclaré sur RMC Philippe Saint-André, capitaine de ce XV de France de l'époque. S'il reconnaît une "injustice", Émile Ntamack, autre membre de cette talentueuse équipe, se dit "fier d'avoir fait partie de cette histoire". Si ce succès "a pu aider des millions de Sud-Africains, si c'était le prix à payer, franchement ce n'était pas cher", ajoute "Milou" auprès de TF1info

C'est donc dans ce contexte, entre fous espoirs et allégresse, que l'Afrique du Sud se hisse en finale de la Coupe du monde. En face se dresse un véritable Everest : les All Blacks du légendaire Jonah Lomuh, qui vient de marcher sur de pauvres Anglais (45-29), avec un quadruplé à la clé. Le défi est immense. Le match semble perdu d'avance. "Une semaine avant la finale, on était tous assis à regarder les matchs de la Nouvelle-Zélande et on se demandait bien comment on allait faire contre ce joueur-là", confirme le N.10 Joel Stransky, héros du soir.  

Plan anti-Lomu, pieds magiques et intoxication alimentaire

Et pourtant, l'heure du coup d'envoi arrivée, le 24 juin, c'est tout un pays qui se range derrière la bande du capitaine François Pienaar. Dans les tribunes de l'Ellis Park Stadium de Johannesburg, l'emblématique Nelson Mandela, qui avait évoqué une année plus tôt sa volonté de faire de son pays "une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde", a revêtu son maillot vert et or. 

La tension monte lorsque les joueurs à la gazelle s'avancent au-delà de la ligne médiane pour venir affronter ceux à la fougère lors du mythique Haka. Et elle ne retombe pas, la défense des locaux se faisant étouffante dès les premières minutes. Pourtant inarrêtables tout au long de la compétition, les redoutables All Blacks paraissent émoussés et ne parviennent pas à trouver le moindre espace (par la suite, on apprendra que la majorité de l'équipe avait été victime d'une intoxication alimentaire). En bout de ligne, le phénomène Jonah Lomuh est parfaitement muselé. Le premier acte se résume donc à un duel de buteur, Joel Stransky (deux pénalités, un drop) répondant à son vis-à-vis Andrew Mehrtens (deux pénalités). Devant au score (9-6) au moment de rentrer aux vestiaires, les Sud-Africains ont déjà remporté une petite victoire. 

Un drop rentré dans les livres d'histoire

Les débats se tendent encore davantage pendant les quarante minutes suivantes, lors desquelles seul l'ouvreur néo-zélandais inscrit trois nouveaux points d'un drop claqué un peu avant l'heure de jeu. 9-9 sur le tableau d'affichage au coup de sifflet final. Les deux formations s'embarquent dans une prolongation. Très rapidement, les coéquipiers du talonneur Sean Fitzpatrick se mettent en évidence et obtiennent la faute de leurs adversaires. Depuis la ligne médiane, Andrew Mehrtens ne tremble pas (9-12, 82') et permet aux siens de reprendre le score. 

Oui mais voilà, il était écrit que les Springboks auraient le dernier mot. Joel Stransky profite d'abord d'une pénalité pour égaliser (12-12, 92') puis se fend de ce drop magistral passé à la postérité, à une trentaine de mètres des perches (15-12, 94') après un bel effort en mêlée. Un coup de pied précis qui scelle la victoire des hommes en vert, l'arbitre avalant quelque peu son sifflet sur les derniers coups de boutoirs des "Néozèdes". Qu'importe, l'improbable pari est réussi : l'Afrique du Sud toute entière lève les bras. "Le soutien du public était irréel et nous a donné cet avantage supplémentaire nécessaire pour un match serré comme celui-ci", se souvient Francois Pienaar. 

Reste ensuite cette image célèbre d'un "Madiba" faisant son irruption sur la pelouse pour remettre le trophée Webb-Ellis aux vainqueurs du jour, dans un stade en fusion. "J’avais 12 ou 13 ans et je regardais ça à la télé. J’ai l’impression que c’était hier. Quand Nelson Mandela a soulevé le trophée avec François Pienaar, j’ai vu tout le pouvoir du sport", témoigne auprès de World Rugby Schalk Brits, l'ancien international sud-africain, devenu en 2019 le joueur le plus âgé à disputer un Mondial. 

Moins de trente ans plus tard, les "Sud-Af" ont l'opportunité de soulever une quatrième fois cette coupe, un exploit que personne n'a encore réalisé. "L’important, ce n’est pas tant de gagner la Coupe du Monde, mais de redonner espoir à l’Afrique du Sud. Il s’agit de montrer aux Sud-Africains, indépendamment de leur race, de leur couleur de peau, de leur religion ou de leur éducation, qu’on est capables de travailler ensemble", conclut l'ancien talonneur. 


Maxence GEVIN

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