Nouvelle-Zélande-Afrique du Sud : le jour où... le "Kapa o Pango" a été exécuté pour la première fois

Publié le 26 octobre 2023 à 16h35, mis à jour le 28 octobre 2023 à 13h12
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Source : Rugby - Coupe du Monde

À l'occasion de la finale contre l'Afrique du Sud, ce samedi 28 octobre (à 21h, sur TF1 et MYTF1), les "All Blacks" exécuteront le "Kapa o Pango", le haka alternatif au traditionnel "Ka mate".
Une version guerrière qu'ils ont effectuée pour la première fois contre ces mêmes "Springboks" lors du Tri-Nations en 2005.
À l'époque, la bande à Tana Umaga avait voulu laver ce qu'elle considérait comme un affront du public sud-africain.

Un Tana Umaga en transe, comme possédé. Le 27 août 2005, les All Blacks accueillent l'Afrique du Sud, à Dunedin, sur l'île du sud de Nouvelle-Zélande. Face aux Boks, alignés en rang d'oignon, la voix rauque du capitaine du "XV à la fougère argentée" transperce la froide nuit de la "Édimbourg" locale, nommée d'après le nom gaélique de la capitale écossaise ("Dùn Èideann"). Ce soir-là, le leader des hommes en noir lance, un genou et un poing à terre, le premier "Kapa o Pango" de l'Histoire, un haka alternatif au "Ka mate". Le tout sous le regard stoïque du Carisbrook Stadium et des partenaires de Bryan Habana.

Sur le pré, les gestes sont explicites, empreints de violence et de dureté. Le XV néo-zélandais à l'attitude agressive, emmené par Tana Umaga, lui-même dans un état second, exécutent leur nouvelle danse guerrière. Si, comme pour le "Ka mate", les paroles criées et hurlées ne sont qu'une célébration de la "Terre du long nuage blanc" et de la fougère, l'emblème de la Nouvelle-Zélande, la chorégraphie, elle, se veut une vraie déclaration de guerre. Les yeux exorbités, comme injectés de sang, ils frappent leurs mains sur leurs cuisses et leurs torses. Ils répètent les gestes avec leurs bras, avant de conclure leur chorégraphie par un geste qui va prêter à polémique : les All Blacks miment ce qui s'apparente à un égorgement.

L'affront du Cap à l'origine du "Kapa o Pango"

Un geste final pensé, voulu et effectué comme une réponse à l'affront des supporters des Springboks, qui avaient osé ne pas respecter le "Ka mate" lors du premier match du Tri-Nations, disputé trois semaines plus tôt, au Cap. Au moment où les All Blacks délivraient leur haka traditionnel, le "Ka mate", la foule sud-africaine s'était mise à faire du bruit : des cris et des huées rendant inaudibles les Néo-Zélandais. Défaits 22-16 et remontés comme des coucous après l'offense du Cap, les coéquipiers de Carl Hayman avaient demandé à l'artiste maori Derek Lardelli de leur composer un haka spécialement pour eux. 

C'est ainsi que, ce 27 août 2005, l'équipe de Graham Henry a délaissé le "Ka mate", le seul haka qu'ils réalisaient jusqu'alors, avec la permission de la tribu Ngati Toa, pour le "Kapa o Pango", une version alternative, plus féroce et plus sauvage. "Le regarder pour la première fois était un privilège", témoigne le talonneur sud-africain John Smit, aux premières loges ce jour-là.

Mais la grimace d'intimidation, réalisée en toute fin de chorégraphie, choque et scandalise. Ce signe d'égorgement, reproduit contre l'Angleterre puis face à l'Australie quelques mois plus tard, suscite une immense polémique. Gerald Davies, ancienne étoile du rugby gallois des années 70, le qualifie même de "répugnant" dans les colonnes du Times. "Le geste d'une gorge coupée, quelles que soient les explications qu'on donne, est un message de malveillance, de méchanceté, pas de joie et de jeu", juge-t-il. "Même si cela fait partie de la tradition maorie, un geste aussi répugnant n'a pas sa place sur un terrain de sport."

Une incitation à la violence réfutée par Derek Lardelli, le compositeur du "Kapa o Pango". Le geste de passer son pouce sur la gorge, accompagné par le dernier mot "Ha", qui se traduit en maorie par le "souffle de la vie", représente, explique-t-il alors, "l'énergie vitale puisée dans le cœur et les poumons". Depuis, les All Blacks le réservent pour "les grandes occasions", et pour les matchs à gros enjeux. À juste titre, l'Afrique du Sud n'y échappera pas, samedi 28 octobre (à 21h, en direct sur TF1, MYTF1 et en live commenté sur TF1info). Y a-t-il plus gros match à enjeux qu'une finale de Coupe du monde ?


Yohan ROBLIN

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