Attaque de feu contre défense de fer : Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud en finale, une opposition de styles

Publié le 27 octobre 2023 à 9h30, mis à jour le 28 octobre 2023 à 9h48
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Source : Rugby - Coupe du Monde

Pour la première fois depuis 1995, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud se rencontrent en finale de la Coupe du monde, ce samedi (21h, en direct sur TF1, MYTF1 et en live commenté sur TF1info).
Une affiche alléchante entre les deux meilleures nations de l'Histoire, aux styles de jeu radicalement différents.

Le feu et la glace, le jour et la nuit, le Ying et le Yang. Opposés en finale de la Coupe du monde après leur victoire respective contre l'Argentine (44-6) et l'Angleterre (16-15), la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud partagent des points communs. L'Histoire d'abord, puisqu'il s'agit des deux nations les plus titrés de la compétition, avec trois trophées chacun. À elles deux, elles accaparent les deux tiers des trophées (6/9). 

Les deux formations, qui entretiennent l'une des plus grandes rivalités de l'histoire de ce sport - les All Blacks ont l'avantage avec 59% des confrontations directes remportées, mais c'est leur plus faible ratio de victoires sur la scène internationale -, s'appuient également sur des cadres expérimentés, qui connaissent les matchs couperets et savent les gagner. Chose exceptionnelle pour une finale, les Néo-Zélandais (contre les Français (13-27)) et les Sud-Africains (contre les Irlandais (9-13)) ont, par ailleurs, connu une défaite depuis leur arrivée dans l'Hexagone. Pour la deuxième fois seulement, après 2019, ce n'est donc pas une équipe invaincue qui remportera le Mondial. 

Mais passé ces constats, les comparaisons entre les deux adversaires de ce samedi (21h, en direct sur TF1, MYTF1, en live commenté sur TF1info) s'arrêtent là. Si la différence entre les deux poules est légèrement trompeuse (le groupe B comprenait l'Écosse, quand le A comptait l'Italie, plus faible), elle ne suffit pas à occulter une tendance indiscutable : "Boks" et "Blacks" s'appuient sur deux styles de jeu radicalement différents, presque opposés, et des qualités distinctes. Pour schématiser, les premiers construisent leur succès autour d'une défense intraitable quand les seconds s'illustrent par leur attaque flamboyante (ce qui ne veut pas dire, pour autant, que l'une ou l'autre sont à la peine dans les autres secteurs). 

L'attaque, une affaire néo-zélandaise

D'un côté, les All Blacks ont marqué la bagatelle de 325 points (dont 48 essais) depuis le début de la compétition, soit plus de 54 de moyenne par match. Si ce total est gonflé par les démonstrations contre la Namibie, l'Uruguay et l'Italie, un cran en dessous, ils ont démontré qu'ils étaient tout aussi dangereux contre des adversaires d'un autre pedigree, y compris lors des matchs à élimination directe. L'Irlande, battue de justesse (24-28) et l'Argentine, balayée (44-6), peuvent en témoigner. 

Les coéquipiers de Sam Cane affichent des statistiques impressionnantes dans toutes les catégories en la matière, que ce soient en termes de franchissements - action offensive consistant à passer au travers de la ligne de défense, qui se concrétise par un gain de terrain - (13,5 en moyenne par match, meilleur total), de défenseurs battus (38,2, 2e), de mètres gagnés ballon en main (1056, 2e), de passes réalisées (183,7, 3e total). Autre chiffre ahurissant, ils ont désormais marqué un essai ou plus lors de leurs 38 derniers matchs dans le tournoi. Il faut remonter à un match contre... l'Afrique du Sud (match pour la 3e place en 1999) pour retrouver trace d'une rencontre lors de laquelle ils n'ont pas terminé derrière la ligne. 

Nouvelle-Zélande : voir tous les essais des All Blacks de la Coupe du monde de rugby 2023Source : Rugby - Coupe du Monde
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Cette impressionnante structure, aussi létale qu'imprévisible, est bonifiée par des individualités d'exception (Will Jordan a égalé le record d'essais sur une même édition ; Sam Whitelock (152 sélections) est le "kiwi" le plus capé de l'histoire). Comme le veut l'ADN néo-zélandais, les pertes de balle adverses sont parfaitement exploitées (8 essais marqués en contre-attaque, meilleur total). Mais surtout, cette machine bien huilée s'appuie sur un paquet d'avants performants (96,6% de rucks gagnés par match, 2e meilleur total) et sur une conquête parfaitement maîtrisée (94% de réussite en mêlée, 97% en touche). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si plus d'une trentaine d'essais ont été inscrits directement dans la foulée de ces phases arrêtées (11 après mêlée, 20 après touche, personne ne fait aussi bien). 

Défense et mêlée : le cocktail détonnant des Springboks

De l'autre côté, les Springboks ont fait de la "rush défense", cette défense étouffante permettant de couper rapidement les extérieurs, leur marque de fabrique. Les 14,3 placages dominants de moyenne par rencontre traduisent ce parti pris d'agresser le vis-à-vis lorsqu'il tient la gonfle. Un dispositif sans ballon qui permet de progressivement éteindre leurs adversaires, tout en exploitant parfaitement leurs moindres erreurs. Une excellente discipline (seulement 8 fautes de moyenne par match) fait le reste. Cela explique que les joueurs de Jacques Nienaber n'aient encaissé que 77 points depuis le début du Mondial, soit un peu moins de 13 par match. Ils n'ont même concédé que sept essais. 

Les systèmes offensifs, qui s'appuient sur une très bonne animation au pied, incarnée par la charnière Faf De Klerk-Handré Pollard, sont moins élaborés, comme en atteste le nombre très élevé de chandelles (5 par match). Mais ils mais n'empêchent pas, moyennant un réalisme glacial dans les zones critiques, de marquer des points. Et cela, même avec une possession de balle relativement modeste (à peine 50,5% de moyenne), qui au demeurant limite les pertes de balles (5,8 en moyenne, personne ne fait mieux). La France, qui a encaissé quatre essais en quarts de finale, dont trois consécutifs à de grossières erreurs, en a fait les frais.

À noter tout de même l'immense domination de la mêlée sud-africaine, qui, à elle seule ou presque, a retourné la demi-finale mal embarquée contre l'Angleterre (16-15). Elle a obtenu 16 pénalités, soit en moyenne 2,7 par match. En plus, cette impression de force ne se cantonne pas à sa propre introduction : 1,2 pénalité par rencontre a été obtenue sur introduction adverse, plus haut total en la matière. Dans la même idée, la nation arc-en-ciel a réalisé le plus de mauls dans ce tournoi (40), avec sept pénalités obtenues à la clé.

Sûrs de leurs forces, qui les ont emmenés à 80 minutes (ou plus) d'un improbable doublé, Siya Kolisi et les siens ont désormais conservé leur en-but inviolé lors de 9 de leurs 19 matchs à élimination directe en Coupe du monde (47%). Un chiffre qu'ils comptent bien améliorer samedi. Ils ont également une autre tradition à perpétuer : ne pas encaisser d'essai en finale. Leurs adversaires à ce stade de la compétition n'ont ainsi jamais trouvé la faille, ce qui a d'ailleurs permis aux "Boks" de s'imposer à chaque fois (il s'agit du seul pays avec 100% de victoires en finale). Rebelote ce week-end ?


Maxence GEVIN

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