Dernier qualifié pour la Coupe du monde, le Portugal lance sa compétition samedi (17h45) face au pays de Galles.
Une confrontation qui semble déséquilibrée entre un habitué des joutes au plus haut niveau et une sélection composée en partie de joueurs amateurs.
Zoom sur un pays où le rugby vivote dans l'ombre du football.

Le match nul demeure un résultat hautement improbable en rugby. C'est pourtant par ce biais que le Portugal a validé in extremis sa qualification à la Coupe du monde. En tenant en échec les États-Unis (16-16), il a profité d'une meilleure différence de points, lors de l'ultime tournoi de qualification à Dubaï, qui comptait aussi Hong-Kong et le Kenya, pour composter son billet pour l'Hexagone. Le plus surprenant dans cette histoire ? Os Lobos (Les Loups) ne devaient leur participation à ce dit tour de repêchage... qu'à une disqualification de l'Espagne (qui avait aligné un joueur non éligible) pour un problème administratif. Autant dire qu'ils reviennent de loin et qu'ils sont passés par un trou de souris pour disputer le deuxième Mondial de leur histoire, après 2007 (déjà en France). 

Le capitaine est chirurgien-dentiste

Il faut dire que le rugby est encore loin d'être une évidence au pays. "En termes de visibilité et d'intérêt de la population, la reconnaissance de ce sport n'est pas celle que nous souhaiterions", regrette ainsi le président de la Fédération portugaise de rugby, Carlos Amado Silva, dans un entretien à l'AFP. "C'est une question culturelle. Malheureusement, dans notre pays, tout tourne autour du football", déplore, de son côté, Luis Filipe Lança de Morais, à la tête du Grupo Desportivo de Direito, grand pourvoyeur de la sélection. "Le rugby est un sport pratiquement familial, qui passe de père en fils ou entre amis", note encore le journaliste Antonio Aguilar, référence de la discipline et commentateur des matchs diffusés à la télévision.  

Conséquence directe, une bonne partie de l'équipe nationale est toujours constituée de joueurs amateurs ou semi-professionnels. Au Grupo Desportivo de Direito - le club créé au sein de la faculté de droit de l'université de Lisbonne est le plus représenté dans l'effectif -, la professionnalisation reste un objectif lointain, souligne, fataliste, son dirigeant. "Les joueurs du Direito paient pour jouer au rugby", glisse-t-il. Symbole de ce temps de retard, le capitaine Tomas Appleton est un chirurgien-dentiste, lorsqu'il ne joue pas au rugby. 

Les garçons veulent montrer qu'ils méritent d'être là
Patrice Lagisquet

Cela n'empêche pas la 16e nation au classement World Rugby de vouloir bien figurer pendant cette Coupe du monde. "Jouer la Coupe du monde sur ma terre natale, avec mon pays d'origine, c'est juste incroyable", confie le talonneur Mike Tadjer. "On sait qu'on ne gagnera pas la compétition (rires). Mais on ne vient pas non plus pour prendre 60 points à tous les matchs, ni que pour chanter l'hymne", lance l'ancien joueur de Perpignan et Agen, aujourd'hui âgé de 34 ans. "Personne ne s'attend à ce qu'on se qualifie pour les quarts, mais les garçons veulent montrer qu'ils méritent d'être là", ajoute le sélectionneur Patrice Lagisquet, conscient que ses protégés ont été placés dans une poule C relevée, avec l'Australie, les Fidji, le pays de Galles et la Géorgie. 

L'inusable Mike Tadjer, avec le maillot de l'USAP.
L'inusable Mike Tadjer, avec le maillot de l'USAP. - RAYMOND ROIG / AFP

Un premier succès en Coupe du monde ?

Si les Portugais n'ont jamais remporté le moindre match dans ce grand raout de l'Ovalie (quatre défaites en autant de rencontres), ils ont les armes pour donner du fil à retordre à leurs adversaires. S'appuyant sur le travail de l'ancien ailier international tricolore, qui figurait dans le staff du XV de France de l'ère Philippe Saint-André, ils montrent des signes tangibles de progression ces derniers mois. Grâce à leur rugby basé sur l’offensive, ils ont décroché quelques résultats probants, arrachant un match nul contre la Géorgie (25-25) en 2022, ou en accrochant l'Italie (31-38) au cours de cette même année. 

Un important contingent de joueurs professionnels évoluant de l'autre côté des Pyrénées, à l'instar du demi de mêlée Samuel Marques (Béziers, Pro D2) ou du pilier Anthony Alves (Mont-de-Marsan, Pro D2), a grandement contribué à ce changement de visage. Plusieurs membres du groupe des 33 sont également partis s'aguerrir du côté du rugby à sept, qui permet de mettre l'accent sur la technique. C'est par exemple le cas du polyvalent Nuno Sousa Guedes, véritable couteau suisse des lignes arrières et dont les coups de rein et changements de rythme mettent le feu aux défenses adverses. Faire cohabiter ces joueurs avec ceux issus du championnat local amateur, tout en créant une alchimie collective, constitue un véritable coup de force de la part du staff portugais. 

L'objectif, c'est de faire connaître le rugby au Portugal
Carlos Amado Silva

Au-delà du sportif, ce Mondial pourrait permettre de susciter des vocations et d'enfin faire décoller ce sport au pays de Cristiano Ronaldo, qui a d'ailleurs adressé un message d'encouragement à ses compatriotes, et de Pedro Miguel Pauleta. "L'objectif sportif, c'est d'aller au Mondial en Australie (en 2027, ndlr). En interne, c'est de faire connaître le rugby", confirme Carlos Amado Silva, qui espère atteindre les 10.000 licenciés contre près de 7000 actuellement. 

Le déclenchement de ce nouvel engouement passe, évidemment, par des performances remarquées sur le terrain. À commencer par une rencontre, ce samedi (17h45), contre le pays de Galles, court vainqueur des Fidji (32-26) le week-end dernier. "On ne pourra pas copier la stratégie des Fidji, on n'a pas la même puissance. Mais on essaiera de rester fidèles à notre identité, de jouer un beau rugby si les conditions le permettent", prévient Patrice Lagisquet. "C'est un groupe qui est très motivé et très généreux mais [...] j'espère que les joueurs ne seront pas trop impressionnés par l'événement", conclut le technicien.  


Maxence GEVIN

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