REVELATION - Sensation du dernier festival de Cannes où il a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, "Mustang" de Deniz Gamze Ergüven relate la douloureuse émancipation de cinq sœurs turques écrasées par le poids des traditions. metronews vous donne trois raisons de succomber à cette découverte éclatante !

Des comédiennes en état de grâce
Dans certaines contrées, naître dans la peau d’une fille n’est pas toujours une partie de plaisir. C’est ce que la petite Lale, majestueusement incarnée par Güneş Nezihe Şensoy, et ses quatre sœurs vont apprendre à leurs dépens dans la première réalisation de la franco-turque Deniz Gamze Ergüven. Derrière le titre dudit long métrage – Mustang – se cache une métaphore bien sentie qui renvoie directement au fameux cheval du Nord-Ouest américain, dont le tempérament fougueux rejoint celui des cinq filles. Lesquelles organisent une révolution entre les quatre murs de leur maison après avoir été assignées à résidence par leur famille. Leur crime ? Être montées sur les épaules de garçons à la plage.    

La dénonciation par le conte
Si Deniz Gamze Ergüven, diplômée de la prestigieuse FEMIS, fustige avec force le conservatisme qui continue de régenter son pays natal, elle a eu la finesse d’accompagner sa démarche en piochant dans les divers codes du conte. A bien s’y pencher, la grand-mère protectrice prend en effet l’apparence d’une marâtre de chez Charles Perrault tandis que la chambre cadenassée des frangines évoque cette incontournable tour où sont coutumièrement emprisonnées les princesses. Ce décalage, consolidé par une imagerie occidentale léchée et suave, confère une dimension universelle à un propos qui ne se résume pas aux frontières de la Turquie et aux souvenirs de jeunesse de la réalisatrice.     

Harmonieux mariage entre rire et larmes
A l’instar des peintures sociétales de la libanaise Nadine Labaki, Mustang est bâti sur un savant équilibre entre des tragédies ancrées dans le réel et un humour salvateur, qui agit comme des bouffées d’oxygène. Le mariage forcé, les interdits religieux, la domination des hommes, le poids du déshonneur… toutes les thématiques en question passent ainsi à la moulinette d’un scénario qui n’oublie pas d’utiliser le rire comme politesse du désespoir. Heureusement, tout n’est pas noir dans cette bourrasque émotionnelle. Surtout pas le regard entêtant de Lale, benjamine frondeuse de la famille, qui cristallise la conscience à la fois sage et tumultueuse de ces femmes qui restent debout en pleine tempête. 


Mehdi Omaïs

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