Il y avait 21 films sur la ligne de départ, et seulement une Palme d'or à l'arrivée, la deuxième pour le Suédois Ruben Östlund.
S'il ne fait pas que des heureux, comme souvent, le palmarès du 75e Festival de Cannes récompense un cru de bonne tenue.

Le jury du 75e Festival de Cannes a rendu son verdict. Et cinq ans après The Square, le Suédois Ruben Östlund entre dans le club très fermé des cinéastes lauréats de deux Palmes d’or. Mérité ? Son humour corrosif ne plaît pas à tout le monde, mais sa manière de distiller le malaise pour dévoiler les vices de ses contemporains en fait l’un des auteurs les plus singuliers du moment.

Chouchou de la Croisette, le délicat Close, de Lukas Dhont, repart avec le Grand prix ex aequo, mais le jeune cinéaste belge a le temps de voir venir puisqu’il s’agit seulement de son deuxième long-métrage. On est plus circonspect de voir la Française Claire Denis partager la récompense pour Stars at noon, thriller politique et sensuel qui a endormi de nombreux festivaliers, en dépit du charisme de sa vedette, Margaret Qualley.

La revanche de Zahra Amir Ebrahimi

Chez les acteurs, le choix du Sud-coréen Song Kang-Ho, qui incarne un débonnaire trafiquant de bébés dans Les Bonnes Étoiles, de Hirokazu Kore-Eda, récompense une performance sympathique. Mais pas franchement mémorable de la part de celui qui nous avait épaté dans Parasite, il y a trois ans.

Pour l’Iranienne Zahra Amir Ebrahimi, c’est une sacrée revanche sur le destin. Contrainte de quitter son pays il y a 14 ans suite à une sombre affaire de sextape, elle renaît à l’écran devant la caméra de son compatriote Ali Abbasi dans Les Nuits de Mashaad, captivante en journaliste sur la piste d’un serial killer de prostituées.

Les Dardenne, encore une fois

Dans ce palmarès on aurait aimé voir un peu plus haut le merveilleux Eo, conte cruel raconté du point de vue d’un âne. Mais on est ravi que le Polonais Jerzy Skolimowski ait pu venir chercher son prix du jury, alors qu’il avait manqué la présentation du film en début de festival, suite à un accident domestique. 

Il partage cette récompense avec le couple belge Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, dont Le Otto Montagne, récit d’une amitié entre deux enfants dans les sublimes montagnes du Val d'Aoste, n’a pas fait l’unanimité lors de sa présentation. Mais c’est clairement le film feel good de la compétition.

Lauréat du prix du scénario avec Boy from Heaven, le Suédois d’origine égyptienne Tarik Saleh utilise les codes du thriller infiltré pour dénoncer les luttes de pouvoir au sein de l’université qui forme l’élite religieuse du Caire. Un vrai faux film de genre aussi édifiant que divertissant.

Près de 20 ans après le Grand prix attribué au sanglant Old Boy, le Sud-coréen est, lui, récompensé pour la mise en scène de Decision to leave, sans doute l’un de ses films les plus romantiques, orchestrant de manière virtuose, et parfois déroutante, le jeu du chat et de la souris entre un flic et une femme fatale.

Enfin, un palmarès de Cannes ne serait pas un palmarès de Cannes sans les frères Dardenne. Les frangins deux fois Palme d’or par le passé décrochent un prix spécial du 75e anniversaire pour Tori et Lokita. Un drame à l’épure, comme ils les aiment, qui décrit l’amitié et la descente aux enfers de deux jeunes exilés africains en Belgique. Engagé, certainement. Bouleversant, absolument.


Jérôme Vermelin, à Cannes

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