Judith Godrèche réclame son "retrait" : qui est Dominique Boutonnat, le controversé patron du CNC ?

Publié le 1 mars 2024 à 17h36

Source : TF1 Info

Lors de son audition au Sénat jeudi, la comédienne a dénoncé le maintien de Dominique Boutonnat à la tête du Centre National de la Cinématographie (CNC).
En poste depuis 2019, cet ancien producteur est mis en examen pour agression sexuelle suite à une plainte déposée par son filleul.
Une situation paradoxale puisqu’il est à l’origine d’une formation sur les violences sexuelles à destination des professionnels du Septième art.

Son nom a ressurgi lors de l’audition de Judith Godrèche au Sénat. Face aux membres de la délégation aux droits des femmes ce jeudi 29 février, la comédienne a demandé le retrait de Dominique Boutonnat de ses fonctions à la présidence du Centre National de la Cinématographie (CNC). La raison est simple : sa mise en examen depuis 2022 pour agression sexuelle, suite à une plainte déposée par son filleul de 22 ans en octobre 2020, quelques semaines après les faits présumés.

Ancien cadre au sein du groupe AXA, Dominique Boutonnat est le jeune frère de Laurent Boutonnat, le réalisateur des clips les plus célèbres de Mylène Farmer comme "Pourvu qu’elles soient douces". Dans la production depuis le milieu des années 2000, il a travaillé sur des succès comme Intouchables d'Olivier Nakache et Éric Toledano, Polisse de Maïwenn ou encore Le Passé d’Asghar Farhadi. Mais il n'a ni l'expérience, ni l'aura des stars de la profession comme Alain Attal, Édouard Weil ou les frères Altmayer.

Sa nomination faisait déjà débat

En 2018, le premier gouvernement d’Emmanuel Macron lui confie pourtant une mission sur le financement privé du cinéma français dont les conclusions vont faire grincer des dents. Ses détracteurs lui reprochent de vouloir instaurer une logique de rentabilité et de remettre en question le modèle français de l’exception culturelle. Reste que son travail semble avoir convaincu en haut lieu puisqu’à l’été 2019, il est nommé à la tête du CNC sur proposition de l’Élysée.

À l’époque, Dominique Boutonnat succède à la haut fonctionnaire Frédérique Bredin. C’est d’ailleurs la première fois qu’une personnalité issue du secteur privé prend les commandes de cette agence publique qui supervise tout l'écosystème du cinéma français. Afin d’éteindre un début de polémique sur de potentiels conflits d’intérêts, il annonce donc avoir cédé toutes les parts des sociétés dans lesquelles il était impliqué. Mais c’est d’un tout autre domaine que le scandale va venir.

Reconduit malgré sa mise en examen

Courant 2020, le cinéma français se déchire suite au départ fracassant d’Adèle Haenel de la cérémonie des César afin de protester contre les récompenses remises à Roman Polanski. Au mois d’octobre, Dominique Boutonnat annonce donc la mise en place d'une formation afin de prévenir les violences sexuelles à destination des employeurs du cinéma et de l’audiovisuel. L’initiative n’a rien de symbolique puisqu’elle est même obligatoire pour obtenir le versement des aides du CNC.

Dominique Boutonnat avec Emmanuel Macron lors d'une visite officielle en Albanie en octobre 2023.
Dominique Boutonnat avec Emmanuel Macron lors d'une visite officielle en Albanie en octobre 2023. - AFP

Le 10 février 2021, coup de théâtre : Dominique Boutonnat est placé en garde à vue suite aux accusations d'agression sexuelle et de tentative de viol formulées par son filleul de 22 ans. On apprend alors que le jeune homme a déposé plainte… le 7 octobre 2020 pour des faits remontant à l’été, lors de vacances en Grèce. Le patron du CNC a beau clamer son innocence, plusieurs organisations professionnelles et le collectif 50/50, qui œuvre pour la parité, réclament son retrait provisoire.

Mis en examen début 2022 pour agression sexuelle, Dominique Boutonnat ne quitte pas son poste. Le 20 juillet de la même année, il sera même reconduit en Conseil des ministres pour un nouveau mandant de cinq ans. Dans un entretien au Parisien quelques semaines plus tôt, la ministre de la Culture Rima Abdul-Malak avait milité pour son maintien, rappelant qu’il bénéficiait de la présomption d’innocence. Depuis, ses apparitions publiques se font rares, même s'il a accompagné le chef de l'État lors d'un déplacement en Albanie en octobre dernier.

Ce jeudi au Sénat, c’est avec un brin d’humour noir que Judith Godrèche a épinglé "le président du CNC, une institution dans laquelle se rendent les producteurs tout en rigolant parce qu’ils se disent 'C’est drôle, je vais aller faire une formation contre les violences sexuelles à l’intérieur d’un immeuble, d’une institution dont le président est lui-même accusé de violences sexuelles'. C’est quoi cette blague ?".

Très en verve, la comédienne a également révélé avoir abordé le sujet en coulisses avec Rachida Dati, l’ancienne garde des Sceaux désormais en poste rue de Valois. "Elle m'a parlé de la présomption d'innocence", a-t-elle expliqué aux sénateurs. "J'ai répondu que ce n'était pas la question, que c'était une question de symbole". Celle qui est devenue l’emblème du mouvement #MeToo en France va-t-elle obtenir gain de cause ?


Jérôme VERMELIN

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