Affaire Johnny Depp : pourquoi personne ne croit Amber Heard ?

Le service METRONEWS
Publié le 31 mai 2016 à 18h00
Affaire Johnny Depp : pourquoi personne ne croit Amber Heard ?

POLEMIQUE - Dans un communiqué publié ce mardi, les avocats d’Amber Heard ont donné sa version des faits et ont tenu à rappeler que dans cette affaire, la jeune femme est "victime" de violences conjugales et d’une campagne qui vise à discréditer son témoignage. Metronews a tenté de comprendre pourquoi la jeune femme était si peu prise au sérieux.

Il y a quelques semaines, des femmes dénonçaient le harcèlement sexuel dont elles avaient été victimes de la part de Denis Baupin. Leur témoignage n’a jamais été remis en question. Comment expliquer que si peu de crédit soit accordé à celui d’Amber Heard, présumée victime de violences conjugales ?
Muriel Salmona : Dans le cas de Denis Baupin, ce sont des élues qui l'ont dénoncé. Un statut qui leur assure une certaine crédibilité et leur parole est entendue. Dans le cas d’Amber Heard, elle est perçue comme une blonde, un objet. Une image que l'on n’attribue pas aux femmes élues. Nous sommes dans des sociétés où la notion d'appartenance au mari est encore très forte. La mise en cause du conjoint est encore peu permise car d’une certaine manière, on ne veut pas savoir que le couple, le mariage, puissent être un lieu d’insécurité et une zone de non-droit. Plus les liens sont forts, moins on imagine que cela soit possible.

Comment interpréter cela ?
Nous sommes plongés dans cette culture de la violence. Une loi du silence en quelque sorte. Si les femmes en parlent peu c’est qu’on ne veut pas les entendre. Alors qu'il y a entre 120 et 140 femmes qui sont tuées chaque année par leur mari en France, par exemple. On considère que dans un couple, c’est la faute de la femme si elle n’est pas capable de s’occuper de son homme, de le satisfaire. Elle devrait faire en sorte que cela se passe bien et si cela se passe mal, c’est de sa faute. 

"Les arguments sont les mêmes que ceux de la culture du viol"

Peut-on dire qu'Amber Heard est victime d'un délit de "trop belle gueule" ? 
Oui, c'est un peu ça. On constate que les arguments sont les mêmes que ceux de la culture du viol où on entend que la femme ment pour obtenir des avantages et se rendre intéressante. Elle l'a provoqué et ce n'est jamais arrivé aux autres auparavant. Et enfin, elle choisit de rester auprès de son mari, c'est qu'elle aime ça. Notre société estime dans ces cas-là que les hommes de pouvoir avec une renommée telle que celle de Johnny Depp, par exemple ne peuvent faire cela ou bien que l’on ne va pas démolir l’icone pour des broutilles. Personne ne veut savoir.

Pourquoi ?
On peine à y croire car derrière tout cela, on ne veut pas remettre en cause le système. Plus quelqu’un a du pouvoir, plus on considère qu’il a des privilèges. Cela se voit à toutes les échelles. Quel que soit le niveau socio-culturel. Avec cette affaire on voit bien que les violences conjugales demeurent taboues, comme un droit d’exercer un pouvoir sur l’autre membre du couple. Cela se ressent beaucoup chez un homme de pouvoir et sa femme. Comme si être un couple donnait un droit sur l’autre alors que les liens du couple peuvent devenir des zones de non-droits. Des femmes peuvent être très violentes avec leur conjoint. On se dit que chacun fait ce qu’il veut chez lui, ce qui n’est pas vrai. 

"Le fait que la victime reste est une preuve de la gravité des violences"

On reproche à Amber Heard son silence et le fait qu'elle n'a pas dénoncé ces faits plus tôt... 
Plus les femmes sont victimes de violence, moins elles parlent. On constate des troubles psycho-traumatiques, qu'elles sont anesthésiées émotionnellement et physiquement. Elles sont déconnectées de leurs émotions. C’est un processus de survie. La personne déconnectée de ses émotions n’a pas l’air d’aller mal. Plus les gens sont détachés, plus ils sont traumatisés. En réalité, le fait que la victime reste est une preuve de la gravité des violences.

A-t-on des statistiques mondiales sur les violences conjugales ?
On estime qu’une femme sur trois subit des violences conjugales et des violences sexuelles (dans le couple et la famille majoritairement). Comme on est dans le déni, on ne prête pas attention à ces chiffres.
 
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