Dans son autobiographie à paraître, le Prince Harry affirme avoir tué 25 talibans en Afghanistan les comparant à des "pièces d’échiquier".
Pour l’armée britannique, ses déclarations sont irrespectueuses pour ses anciens collègues mais mettent également sa sécurité en danger.
Elles sont d’autant plus surprenantes lorsqu’on connaît l’attachement du cadet de Charles III pour ses années sous les drapeaux.

C’est l’une des révélations chocs de son autobiographie, Le Suppléant, à paraître le 10 novembre. Dans l’un des nombreux extraits dévoilés par la presse anglo-saxonne ces dernières heures, on apprend que le Prince Harry a tué 25 talibans en 2012 lors de sa deuxième mission en Afghanistan dans la province du Helmand, au sud-ouest du pays, alors qu’il pilotait un hélicoptère Apache.

Le cadet de Charles III explique qu’à son retour à Camp Bastion, la base de l’armée britannique, il regardait les images filmées par la caméra embarquée à bord de l’appareil. Grâce à la technologie, "je pouvais toujours dire précisément combien de combattants ennemis, j'avais tué", assure-t-il. "Donc mon chiffre : 25. Ce n’est pas un chiffre qui me donnait satisfaction. Mais ce n’est pas non plus un chiffre qui me faisait honte."

Vous ne pouvez pas tuer des gens si vous les voyez comme des personnes
Harry dans "Le Suppléant"

"Dans la chaleur et le brouillard, je ne pensais pas à ces 25 comme à des gens. J’avais été entraîné pour ne pas les voir comme ça", affirme également Harry. "Vous ne pouvez pas tuer des gens si vous les voyez comme des personnes", insiste-t-il. Pour lui, "c’était des pièces que je devais retirer de l’échiquier. Des méchants éliminés."

"Je m'étais fixé comme objectif, dès le premier jour, de ne jamais me coucher avec des doutes sur le fait que j'avais fait ce qu'il fallait, que j'avais tiré sur des talibans et uniquement sur des talibans, sans civils à proximité", continue Harry. "Je voulais rentrer en Grande-Bretagne entier, mais plus encore, je voulais rentrer chez moi avec ma conscience intacte."

Le prince Harry lors de sa première mission en Afghanistan en 2008.
Le prince Harry lors de sa première mission en Afghanistan en 2008. - AFP

Outre-Manche, ces révélations sont difficiles à digérer. Pour l’ensemble des Britanniques, car Harry n’avait jamais avoué avoir tué lorsqu’il était soldat. Mais surtout pour ses anciens camarades de régiment, outrés qu’il dévoile des faits d’armes qu’on préfère taire à plus d’un titre. Pour le Colonel Richard Kemp, interrogé par la chaîne Skynews, "c’est une trahison envers les gars qui ont servi avec lui".

"Il suggère que l’armée britannique entraîne des gens, comme lui, à ne pas voir les ennemis comme des êtres humains, ce qui est très loin de la vérité", insiste le militaire, très remonté contre le cadet de Charles III. "De manière générale, l’armée fait très attention à bien différencier les civils innocents et les combattants sur le champ de bataille."

En 2008, Harry avait été exfiltré d'Afghanistan, le gouvernement britannique craignant pour sa sécurité.
En 2008, Harry avait été exfiltré d'Afghanistan, le gouvernement britannique craignant pour sa sécurité. - AFP

Pour le Colonel Kemp, les propos du prince Harry sont irrespectueux pour ses camarades… mais également dangereux pour lui-même. "En parlant ainsi, il affaibli sa sécurité personnelle. Il s’est tiré une balle dans le pied", regrette-t-il. Une mise en garde qui fait écho au conflit qui oppose le duc de Sussex au sujet de sa sécurité, depuis qu’il a quitté la monarchie en 2020 suite au fameux Megxit.

Harry a en effet perdu sa protection publique, financée par les contribuables britanniques. Une décision qu’il a régulièrement contestée, arguant qu'elle était indispensable lorsqu’il rentre au Royaume-Uni, pour les obsèques d'Elizabeth II par exemple. La presse évoque d'ailleurs souvent le risque inhérent à ses deux missions de combats en Afghanistan. Un danger qui pourrait désormais s’accroître en révélant qu’il a tué là-bas.

Nom de code : Harry Wales

Les déclarations du prince Harry étonnent d’autant plus qu’Outre-Manche, ses états de service dans l’armée constituaient l’un des rares points positifs dans son CV pour le moins controversé. Après avoir été formé à l’académie royale militaire de Sandhurst de mai 2005 à avril 2006, il doit s’envoler en Afghanistan en mai 2007 mais son départ est reporté, les autorités militaires craignant qu’il soit capturé.

En fin d’année, il est finalement envoyé dans la province du Helmand sous le faux nom de Harry Wales, ce qui lui vaudra le surnom de "Captain Wales". Mais lorsqu’un site américain dévoile sa présence, en février 2008, le ministère de la Défense britannique décide d’organiser son rapatriement, après seulement dix semaines sur le terrain. Après s’être formé au pilotage d’hélicoptère, il y retournera pour vingt semaines, de 2012 à 2013.

Si à l’époque certains ont pu soupçonner un caprice de tête couronnée, Harry a toujours insisté sur son attachement à l’armée. Il était d’ailleurs le premier membre de la famille royale à servir sous les drapeaux depuis le prince Andrew. En 2014, il est à l’origine de la création des Invictus Games, une compétition sportive destinée aux vétérans et aux blessés de guerre, inspirée d’une initiative qu’il a découvert aux États-Unis.

L’année suivante, il démissionne de l’armée, mettant en avant les menaces qui pèsent pour sa sécurité. Mais ce départ ne met pas un terme à ses fonctions officielles puisqu’en 2017, il succède au prince Philip au rang de capitaine général des Royal Marines, un poste qu’il a quitté en mars 2020 suite au Megxit. Officiellement, il a démissionné. Mais il s’agirait en réalité d’une décision de sa grand-mère, qu’il n’a jamais tout à fait digéré.


Jérôme VERMELIN

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