L’épisode 3 de la série fantastique "The Last of Us" a déjà bouleversé des millions de spectateurs à travers le monde.
Les acteurs Nick Offerman et Murray Bartlett y incarnent deux survivants de l’apocalypse qui vivent une histoire d’amour poignante.
Si ces personnages existaient bien dans le jeu vidéo, les créateurs de la série les ont réinventés avec la complicité de leurs deux comédiens.

Précaution d'usage avant de commencer la lecture : si vous n'avez pas encore vu le troisième épisode de la première saison de The Last Of Us, merci de lire l'article une fois l'épisode visionné pour éviter tout spoiler. 

On a souvent dit que les séries américaines actuelles sont plus audacieuses que les blockbusters au cinéma. Les créateurs de The Last Of Us viennent de le démontrer une nouvelle fois d’une manière aussi intelligente qu’émouvante avec le troisième épisode de cette adaptation du jeu vidéo à succès, diffusée aux États-Unis sur HBO et en France sur Prime Vidéo. 

Si vous avez manqué le début, cette fable post-apocalyptique suit Joel (Pedro Pascal), l’un des survivants d’une pandémie qui a transformé la moitié de l’humanité en zombies récalcitrants. 20 ans plus tard, ce personnage de taiseux, lourd de mille chagrins, est chargé d’assurer la protection d’Ellie (Bella Ramsey), une adolescente rebelle qui pourrait détenir la clé du remède au virus.

Un survivaliste armé jusqu'aux dents

Après avoir orchestré leur rencontre très attendue au cours des deux premiers épisodes, les showrunners Craig Mazin et Neil Druckmann, le créateur du jeu, ont emprunté un détour inattendu avec le troisième, intitulé "Long, long time". Alors que Joel raconte à Ellie comment la catastrophe sanitaire a transformé l’Amérique en dictature, la caméra s’arrête sur un bout de tissu arc-en-ciel, qui flotte parmi les ossements d’un charnier à ciel ouvert.

S’ouvre alors un flashback qui nous fait découvrir le propriétaire du tissu en question. Nous sommes à Lincoln, une petite bourgade du Massachusetts dont l’armée évacue tous les habitants encore sains en vue de les exécuter. Un "principe de précaution" monstrueux auquel Bill, un survivaliste armé jusqu’aux dents, interprété par le comédien Nick Offerman (Parks and Recreations) va réchapper en se cachant au sous-sol de sa maison, truffée de caméras.

Nick Offerman et Murray Bartlett dans "The Last of Us"
Nick Offerman et Murray Bartlett dans "The Last of Us" - HBO

Une fois le danger écarté, le bonhomme fait ses emplettes dans les commerces abandonnés, s’arrogeant victuailles, ressources naturelles et matériel de bricolage afin de transformer son pâté de maisons en forteresse inviolable. Sa solitude va être bouleversée par l’irruption de Frank, un voyageur incarné par Murray Bartlett (The White Lotus). Ami ? Ennemi ? La réalisation de Peter Hoar joue avec les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. 

Car non seulement Frank ne veut pas de mal à Bill. Mais après avoir écouté son hôte interpréter au piano la chanson de Linda Rondstadt qui donne son titre à l’épisode - et qui bat des records d'écoute en streaming depuis - il l’embrasse tendrement sur la bouche. Les prémices d’une bouleversante histoire d’amour qui va nous être racontée sur deux décennies, avec ses hauts et ses bas, jusqu’aux événements de l’intrigue principale.

C’était l’occasion de raconter le passage du temps, et de s’interroger sur la notion de sécurité
Le showrunner Craig Mazin dans "Variety"

Si tout le monde parle de "Long, Long Time" sur les réseaux sociaux, c’est bien sûr parce que les personnages LGBTQ+ restent encore rares dans les séries grand public. Mais surtout parce que cet épisode tout en nuances raconte une histoire d’amour qui transcende les questions de genre comme en son temps le magnifique Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee ou plus récemment de "San Junipero", l’un des meilleurs épisodes de Black Mirror.

Avec ce couple vieillissant qui nous a tiré les larmes, les créateurs de la série ne peuvent pas être taxés d’"opportunisme queer" puisque les deux personnages existaient bel et bien dans le jeu vidéo, vendu à plus de 37 millions d'exemplaires. Mais leur sort était légèrement différent. Si Bill venait à la rescousse de Joel et Ellie, on découvrait que Frank s’était pendu après avoir été mordu par un zombie. Mais ce n’est pas tout.

Des destins différents dans le jeu vidéo

Dans une lettre laissée derrière lui, Frank avait annoncé à Bill son intention de le quitter, excédé par le côté maniaque de son compagnon. "Je m’étais imaginé la manière dont ils avaient vécu ensemble et comment leurs philosophies de vie différentes les avaient éloignés l’une de l’autre", explique Neil Druckmann dans Variety. "Alors que Bill consacrait toute son énergie à la survie, Franck attendait plus de la vie."

C’est Craig Mazin, déjà showrunner à succès de Chernobyl, qui a eu l’idée de modifier leur destin. "C’était l’occasion de raconter le passage du temps, et de s’interroger sur la notion de sécurité", raconte-t-il. "J’étais fasciné par l’idée de Bill, un type qui a créé un lieu sûr rien que pour lui. Et tout à coup Frank débarquer. Dès lors, tout s’est dessiné dans ma tête d’une manière opposée aux événements du jeu."

Un acteur casté à la dernière minute

Non seulement Neil Druckmann l’a laissé faire. Mais avec sa bénédiction, Craig Mazin a fait de cette romance tragique un miroir tendu à Joel lorsqu’il débarque dans la maison de Bill et Franck à la fin de l’épisode en compagnie d’Ellie. L’idée de la lettre du jeu vidéo est restée. Sauf qu’elle a été écrite par le propriétaire des lieux pour le héros de la série.

En marge de la diffusion de "Long, Long Time", Murray Bartlett et Nick Offerman ont accordé une poignée d’interviews pour raconter le bonheur de leur collaboration. Si le premier a fait pleurer Mazin et Druckmann lors du casting pour jouer Frank, son partenaire n’était pas leur premier choix. C’est en effet l’acteur Con O’Neill, qui jouait déjà dans Chernobyl, qui avait été retenu. Mais suite à un problème d’emploi du temps, il a été contraint de renoncer à la dernière minute.

Leur choix s’est donc porté sur l'excellent Nick Offerman, surtout célèbre pour ses rôles comiques. The Last of Us lui offrait un contre-emploi et un challenge personnel. Contrairement à Murray Bartlett, qui est ouvertement gay, l’acteur est hétérosexuel et n’avait jamais incarné un personnage LGBTQ auparavant. D’après les créateurs de la série, cet aspect a clairement servi son interprétation de Bill... surtout lorsque Frank l’invite dans son lit.

"C’est l’instant le plus intime, le plus privé de tous, que vous devez créer avec votre partenaire à l’écran pendant que 16 personnes s’activent autour de vous et scrutent chacun de vos mouvements", raconte Nick Offerman à Variety. "Cet inconfort a donc été assez facile à transmettre au malaise et à la vulnérabilité que ressent Bill sur le moment."

À l’heure où une poignée de M&M’s multicolores fait transpirer la droite conservatrice américaine, la vision de deux hommes barbus d’âge mûr sous la même couette n’a visiblement pas effrayé les téléspectateurs de HBO. Lundi soir, ils étaient 6,4 millions à suivre l’épisode 3 de The Last of Us, une hausse de 12% par rapport au précédent. Si la série continue de rester fidèle au jeu, d’autres personnages LGBTQ+ devraient se révéler dans les prochaines semaines, à commencer par l’un des principaux…


Jérôme VERMELIN

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