Le Musée Maillol accueille ce samedi 27 avril une exposition de photographies d'Andres Serrano.
Baptisée "Portraits de l'Amérique", elle dévoile environ 90 œuvres de ses séries américaines réalisées des années 80 à aujourd'hui
À quelques mois de l'élection présidentielle, l'artiste de 73 ans dresse le portrait sans concession d’un pays plus fracturé que jamais.

Il se définit comme "un artiste avec un appareil photo". Le Musée Maillol accueille ce samedi 27 avril et jusqu'au 20 octobre, une exposition autour des photographies d'Andres Serrano. Baptisée "Portraits de l'Amérique", elle nous plonge dans un voyage passionnant à travers l’œuvre du scandaleux photographe, depuis ses premières réalisations au début des années 1980, jusqu’à ses plus récentes créations. 

À six mois de l'élection du 47ᵉ président des États-Unis, l'œuvre du photographe permet de mieux comprendre une Amérique fracturée et engagée dans une bataille électorale cruciale pour son avenir. "Je pense que l'avenir des États-Unis s'écrit en ce moment. C'est une répétition de l'histoire et avant tout de la guerre civile et Donald Trump l'a ravivée", estime auprès de l'AFP le photographe américain de 73 ans devant une installation mettant en scène une photo du candidat républicain aux côtés d'une immense inscription du mot "Ego" et de vitrines remplies d'objets, mugs, briquets et autres produits à son effigie.

Le porte-parole de la liberté d'expression

Devenu porte-drapeau de la liberté d'expression aux États-Unis, Andres Serrano est aussi connu pour son travail décalé, esthétique et cru, parlant de sexe, de religion, de mort et de torture. Homosexuels et victimes du racisme voisinent avec les laissés-pour-compte du rêve américain ou les "Robots" de l'intelligence artificielle, une de ses séries. Le "Klan" (1990) explore une autre facette de l’exclusion : celle des suprémacistes blancs dont les valeurs ont été de plus en plus largement rejetées par une Amérique moderne sans que leur sentiment de déclassement n’ait trouvé de réponse.

Donald Trump a divisé le pays qui l'est de plus en plus
Andres Serrano

Revenant sur la partie de son exposition dédiée à Donald Trump, Andres Serrano explique. "C'est un portrait (de lui) à travers ses propres mots, et celui de quelqu'un qui n'a cessé de faire de l'autopromotion depuis des décennies". Il l'avait photographié pour la première fois en 2004 alors qu'il n'était qu'un homme d'affaires et animateur de télévision.

"Donald Trump a dit à son électorat que c'était ok de passer de l'autre côté et il a divisé le pays qui l'est de plus en plus. Il y a des manifestations qui me rappellent les années 60 et le Vietnam qui a polarisé les gens. La même chose arrive et c'est de pire en pire", poursuit-il.

Sang ou urine, tout peut servir à faire de l'art

Prises à 30 ans d'intervalle, trois photos géantes, exposées côte à côte, sont comme un "résumé" du portrait sans concession qu'il dresse de son pays : un canon d'arme à feu en gros plan fait face à un drapeau américain ensanglanté avec, entre les deux, une cagoule du Ku Klux Klan représentant aussi la bannière étoilée. "Un symbole du racisme et des divisions d'une Amérique qui n'est plus l'autorité morale ou le policier du monde que beaucoup de gens voyaient avant", dit-il. Dans l'Amérique de celui qui se revendique comme un artiste, "tout peut servir à faire de l'art", admet Andres Serrano qui n'a pas hésité à créer des œuvres à partir de matières corporelles : sang, sperme, urine ou lait maternel.

Le photographe n'hésite jamais non plus à mettre l’accent sur les tabous d'une Amérique puritaine. "Sans jamais laisser voir de violence directe, car tout est méticuleusement mis en scène à travers un regard très américain", dit à l'AFP Michel Draguet, commissaire de l'exposition avec l'historien et diplomate Elie Barnavi.

L'artiste habite un appartement new-yorkais digne d'une église gothique et rempli d'art religieux, dont plusieurs photos sont exposées. Il dit croire "en Christ". Jugé blasphématoire, son "Piss Christ", photo d'un crucifix plongé dans de l'urine, avait été vandalisé par des catholiques intégristes en 2011 à Avignon (sud de la France). Depuis, il raconte avoir "rencontré le pape" François et avoir reçu "sa bénédiction". Le Vatican conserve aussi une de ses œuvres dans ses collections.


Rania HOBALLAH

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