"Armageddon Time", l'autoportrait touchant de James Gray : "J’étais un gamin loufoque et un peu idiot"

Publié le 9 novembre 2022 à 17h36

Source : TF1 Info

Dans "Armageddon Time", James Gray met en scène un ado rêveur qui fait les quatre cent coups au grand désespoir de ses parents
Une chronique à la fois lucide et nostalgique inspirée par sa propre enfance dans le quartier du Queens, à New York.
Le cinéaste américain s’était confié à TF1info lors de la présentation du film au dernier Festival de Cannes.

Le titre du nouveau film de James Gray n’est pas un hommage au blockbuster catastrophe de Michael Bay avec Bruce Willis mais à une citation de Ronald Reagan. Dans une interview accordée un an avant son entrée à la Maison Blanche en 1980, l’ex-vedette de western déclarait d’un ton prophétique : "Nous sommes peut-être la génération qui verra l’Armageddon", entendez l’apocalypse face à la montée des périls géopolitique de l’époque. 

C’est dans cette atmosphère incertaine que grandit Paul Graff (Banks Repeta), l’aîné d’une famille juive du quartier du Queens. Après avoir été surpris en train de fumer un joint au collège, il est envoyé étudier dans l’école privée fréquentée par la famille Trump. Entre un père violent, obsédé par la réalité économique et un patriarche insouciant qui l’encourage à développer ses talents artistiques, Paul fait les quatre cents coups et trace sa route dans un New York aujourd’hui disparu.

S’il y a un peu de lui dans tous ses films, l’auteur de La nuit nous appartient et Two Lovers n’avait sans doute jamais signé un film aussi personnel. Mais s’il a grandi à la même époque que son héros, il se garde bien d’en faire son alter ego. "Je n’ai pas cherché à faire un documentaire sur ma vie à l’âge de 12 ans", nous confiait-il en mai dernier au Festival de Cannes. "Ce serait assez ennuyeux et ridicule, vous ne croyez pas ? Je pense que c’est plutôt une fantaisie autour de mon enfance."

Franc-tireur du cinéma américain, James Gray a construit sa carrière en marge des grands studios hollywoodiens, privilégiant les films de genre à l’ancienne aux superproductions en vogue. Son expérience mitigée avec la Fox sur le film de SF Ad Astra avec Brad Pitt lui a d’ailleurs laissé un goût amer. Un brin désabusé, mais jamais avare d’un bon mot, il avoue avoir très tôt développé son propre système d’autodéfense face aux critiques, et à l’adversité en général.

D’un côté, il n’y a jamais eu autant de livres pour vous aider à être parent… et en même temps l'addiction aux réseaux sociaux est un péril qui n’existait pas quand j’étais gosse
James Gray

"J’étais un gamin loufoque, un peu idiot. J’avais une confiance en moi assez bizarre, une forme de folie aussi", se souvient-il. "J’ai survécu à cette période grâce à mes blagues, grâce à l’humour. Dans la cour de récré, ça me rendait populaire. Je ne vais pas vous raconter l’histoire du nerd qui n’avait pas d’amis. J’en avais parce que j’étais drôle. Mais je faisais rire parce que j’étais odieux. Ce qui n’est pas une qualité !".

Si Armageddon Time émeut autant, c’est peut-être parce que James Gray filme cette époque cruciale de l’existence sans l’idéaliser ni la condamner totalement. Un regard subtil qu’on retrouve dans son portrait du père violent, interprété par Jeremy Strong, la star de la série Succession. Ou le silence coupable de la mère jouée par Anne Hathaway dans l’un des plus beaux rôles de sa carrière.

Éduquer un enfant dans le monde actuel est-il encore plus périlleux qu’à l’époque ? "Je n’en suis pas certain", tempère James Gray. "D’un côté il n’y a jamais eu autant de livres pour vous aider à être parent… et en même temps l’addiction aux réseaux sociaux est un péril qui n’existait pas quand j’étais gosse. Si bien que j’hésite toujours à peindre un portait plus rose ou plus sombre du passé. Vous savez, une ville comme New York était tellement plus dangereuse et crasseuse dans les années 1980. Et pourtant je prenais le métro tout seul à 12 ans !" (rires).


Jérôme VERMELIN

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