Avec "Honeymoon", Lana Del Rey signe la BO d'un film parfait… qu’on ne verra jamais

Jérôme Vermelin
Publié le 23 septembre 2015 à 7h20
Avec "Honeymoon", Lana Del Rey signe la BO d'un film parfait… qu’on ne verra jamais

ON CRAQUE – C’est une héroïne de cinéma à elle toute seule. Sur "Honeymoon", son troisième album, la boudeuse Lana Del Rey chante son spleen mieux que jamais. A la clé, des tubes plus envoûtants que les autres, où le fantôme de Nina Simone fait danser les femmes fatales de l’âge d’or d’Hollywood. Et c’est divin.

"Ground control to Major Tom", supplie Lana Del Rey au beau milieu de "Terrence Loves You", l’une des plus belles chansons de son troisième album. En empruntant au "Space Oddity" de David Bowie, la diva californienne vient nous rappeler qu’elle n’est pas tout à fait une fille d’aujourd’hui. Nostalgique d’une époque qu’elle n’a pas connu ? Sans doute. Vaine imitatrice ? A force de s’inspirer d’un peu tout le monde, de Nancy Sinatra à Amy Winehouse, en passant par les héroïnes de David Lynch, Elizabeth Woolidge Grant devait bien finir par ressembler à… Lana Del Rey. Soit une sensuelle anomalie, une envoûtante interprète – et compositeur, il faut le rappeler - dont la discographie est désormais tout sauf un accident.

Pas une faute de goût, même en cherchant bien

Honeymoon, c’est bien simple, est son meilleur album. Parce que plus direct, presque dépouillé mais pas trop, sans les gimmicks hip-hop de Born to Die et les débordements psychédéliques d’Ultraviolence. Des violons tragiques de la chanson qui donne son titre au disque jusqu’à la reprise épurée de "Don’t let me be misunderstood", le standard immortalisé par Nina Simone, la grande prêtresse du "surf noir" orchestre la bande originale du film imaginaire qui trotte dans sa tête depuis ses débuts. Entre les deux, il y a un paquets de tubes, à vrai dire, avec des refrains inoubliables comme celui de "Music to Watch Boys" To, qu’on imagine déjà repris à toutes les sauces dans les pires télécrochets.

Durant ces 60 minutes et des poussières, pas une faute de goût, même en cherchant bien. C'est tour à tour beau, triste, joyeux, sombre et extatique. Avec ces mélodies hantées, tantôt murmurées, tantôt chantées avec une fragilité dangereuse, comme si leur interprète allait sortir de la piste. Et puis non. Ecoutez le déchirant "Salavatore" pour comprendre. Musicalement il y a des cordes hollywoodiennes, des guitares de Mariachi, des breaks jazzy et des beats électro entêtants. Au beau milieu du disque, Miss Del Rey récite un poème de T.S. Elliott qui parle du temps, passé, futur et présent. Lana, elle, a l’art de le suspendre comme personne.


Jérôme Vermelin

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