Bête noire du régime iranien, le cinéaste Jafar Panahi arrêté à Téhéran

Jérôme Vermelin
Publié le 11 juillet 2022 à 18h24, mis à jour le 11 juillet 2022 à 18h34
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le réalisateur iranien, célèbre pour son opposition au pouvoir conservateur, a été interpellé ce lundi à Téhéran.
Il était venu apporter son soutien à deux de ses collègues, arrêtés pour "trouble à l’ordre public" la semaine dernière.
Depuis 2010, le cinéaste tourne clandestinement malgré une interdiction de travailler.

C’est l’un des cinéastes iraniens les plus primés sur la scène internationale. Et l’un des plus surveillés dans son pays aussi. Jafar Panahi, 62 ans, a été arrêté ce lundi 11 juillet à son arrivée au parquet de Téhéran, alors qu’il était venu apporter son soutien à ses confrères Mohamed Rasoulof et Mostafa Aleahmad, eux-mêmes placés en détention depuis vendredi dernier pour "trouble à l’ordre public", indique l’agence de presse locale Mehr.

Tous les deux étaient accusés d’avoir encouragé des manifestations après l’effondrement d’un immeuble qui a fait 43 morts dans le sud-ouest du pays. Les raisons de l’interpellation de Jafar Panahi n’ont pas été divulguées. Mais il fait partie, à l’initiative de Mohamed Rasoulof, d’un collectif de cinéastes qui ont publié, en mai dernier, une lettre ouverte pour dénoncer "l’incompétence" et "la corruption" des autorités locales dans ce drame.

Il tourne malgré sa condamnation

Lion d’or en 2002 à Venise avec Le Cercle, un film qui dénonce le manque de liberté dans son pays, Jafar Panahi est une figure de l’opposition au régime iranien. En 2010, cet ancien assistant du regretté Abbas Kiarostami est condamné à six ans de prison pour propagande contre le régime après avoir soutenu les mouvements de protestation contre la réélection de l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Une peine à laquelle s’ajoutent pas moins de 20 ans d’interdiction de réaliser, écrire, voyager ou s’exprimer dans les médias.

Non seulement Jafar Panahi décide de ne pas quitter son pays, mais il continue à tourner clandestinement, en numérique où à l'iPhone, à l’image de Ceci n’est pas un film. Sélectionné hors compétition au Festival de Cannes en 2011, il arrive jusqu’à la Croisette par l’intermédiaire d’une clé USB. C’est encore avec ces méthodes de débrouille qu’il réalise Pardé en 2013 et Taxi Téhéran, Ours d’or à Berlin en 2015. Puis Trois visages, prix du scénario à Cannes en 2018, son dernier film à ce jour.

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Cette nouvelle affaire Panahi intervient au moment où l'Iran est confronté à une grave crise économique et sociale, illustrée par plusieurs films présentés en mai dernier à Cannes. Parmi eux, Leïla et ses frères de Saeed Roustayi, qui met en scène une famille couverte de dettes. Mais aussi Les Nuits de Mashaad, le thriller d'Ali Abbasi, cinéaste en exil depuis 20 ans qui relate comment les autorités ont fermé les yeux sur les agissements d'un tueur de prostituées, au début des années 2000. Alors que le premier sera sur nos écrans le 24 août, le second sort ce mercredi 13 juillet.

Dans un communiqué publié ce lundi soir, le Festival de Cannes "condamne fermement ces arrestations ainsi que la vague de répression visiblement en cours en Iran contre ses artistes, et demande la libération immédiate de Mohammad Rasoulof, Mostafa Aleahmad et Jafar Panahi".


Jérôme Vermelin

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