Son film a été sauvé par Netflix : Jean-Pierre Jeunet en veut au cinéma français

R.H. avec AFP
Publié le 10 février 2022 à 11h21, mis à jour le 10 février 2022 à 12h48
Jean-Pierre Jeunet sort "BigBig" sur Netflix et se paie le cinéma français.

Jean-Pierre Jeunet sort "BigBig" sur Netflix et se paie le cinéma français.

Source : AFP

Après 9 ans d'absence, le réalisateur d'"Amélie Poulain" revient avec "BigBug".
Une comédie dystopique sortie directement sur Netflix, car personne n'en a voulu en France.
De quoi agacer le réalisateur qui dénonce l'hypocrisie de l'industrie du cinéma.

Ça a été un parcours du combattant. Après neuf ans d'absence, le réalisateur français Jean-Pierre Jeunet fait son grand retour avec BigBug, une comédie dystopique sortie directement sur Netflix car "presque personne n'en a voulu en France". "J'ai frôlé la dépression, j'étais très déprimé à l'idée de ne pas pouvoir tourner", confie dans un entretien à l'AFP le réalisateur du film culte Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001). 

"J'ai entendu les mêmes mots, les mêmes phrases que pour Delicatessen (1991, son premier long-métrage, ndlr) et pour Amélie : c'est trop bizarre, trop décalé. Donc trop risqué", affirme-t-il. Alors que le projet s'apprête à tomber à l'eau, le réalisateur de 68 ans reçoit un coup de fil du géant américain du streaming. "Ils ont dit oui au projet en 24 heures. Merci Netflix !", lance Jean-Pierre Jeunet qui propose une comédie dystopique sur fond de guerre entre humains et robots, avec Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty et Dominique Pinon (deux de ses acteurs fétiches).

Le marketing a pris le pouvoir, ce sont des gens qui sortent d'écoles de commerce qui vous expliquent comment faire un film

Jean-Pierre Jeunet

Avec Jean-Pierre Jeunet, Netflix s'offre un nouveau grand nom du cinéma mondial. Après Roma d'Alfonso Cuaron en 2018, The Power of the Dog, le western de Jane Campion en tête des nominations aux Oscars ou encore The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal, Netflix investit plus que jamais dans le 7e art.  

Et si les derniers films du réalisateur n'ont pas connu les succès des précédents – moins de 700.000 entrées pour T.S. Spivet (2013) contre près de 4,5 millions pour Un long dimanche de fiançailles (2004) ou près de 9 millions pour Amélie Poulain – le réalisateur bénéficie d'une aura au sein du cinéma mondial.

Pourtant, la plateforme continue d'être mal vue par nombre de réalisateurs pour qui la sortie en salles de leurs films est un préalable indispensable avant d’atterrir sur les plateformes. Un faux débat pour Jean-Pierre Jeunet pour qui "les choses ne se remplacent pas, elles s'additionnent". "Les plateformes n'ont pas remplacé le cinéma, qui n'a pas remplacé le théâtre. Il y aura toujours des films en salles pour les grands films. Le monde change il faut s'adapter".

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Il en profite pour dénoncer l'hypocrisie d'une industrie où "le marketing a pris le pouvoir et maintenant, les décisionnaires sont des gens qui sortent d'écoles de commerce et qui vous expliquent comment faire un film". Pour le réalisateur, finie l'angoisse de la sortie en salles. "Dès qu'un film sort, on a les yeux rivés sur le nombre d'entrées. Quand on vous dit il y a 200 spectateurs, c'est une catastrophe. Là, il y a un demi-milliard de spectateurs potentiels puisqu'ils ont (environ 220) millions d'abonnés. Si 1% le regarde, ça fait beaucoup de monde", souligne-t-il.

"Quand j'ai commencé à signer avec Netflix, on se moquait de moi. On me disait 'Tu ne devrais pas' et aujourd'hui, tout le monde m'appelle pour me dire qu'ils ont envie d'y aller", admet-il avant d'enfoncer le clou. "Il y a deux sortes de réalisateurs : ceux qui se renouvellent constamment, mais qui n'ont pas de style. Et il y a ceux qui font toujours le même film, en quelque sorte : Tim Burton, Woody Allen… Je m'inscris plutôt dans cette tradition. Au risque de lasser plus vite, c'est vrai".


R.H. avec AFP

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