"Blonde" comparé à un "divertissement nécrophile" : la romancière Joyce Carol Oates défend le film d’Andrew Dominik

Jérôme Vermelin
Publié le 3 octobre 2022 à 17h55
JT Perso

Source : TF1 Info

Disponible sur Netflix depuis le 28 septembre, "Blonde" suscite de vives critiques dans la presse américaine.
Viol, avortement, suicide… Ce vrai-faux biopic de Marilyn Monroe livre un regard sans concession sur la vie de l'icône hollywoodienne.
La romancière Joyce Carol Oates, dont le livre a inspiré le film, a pris la défense du réalisateur Andrew Dominik sur les réseaux sociaux.

C’était l’un des films les plus attendus de l’année. Après sa présentation à Venise et Deauville au début du mois, Blonde est disponible sur Netflix depuis vendredi dernier. Si le cinéaste australien Andrew Dominik a sabré une partie du roman foisonnant de Joyce Carol Oates dont il est inspiré, il en a conservé le regard sombre, désespéré, et même brutal, au risque de se mettre à dos une partie des spectateurs. S’attendait-il aux réactions extrêmes de la critique américaine ? 

"Sexiste", "cruel", "détestable"… Beaucoup s’indignent de voir l’icône ultime du cinéma américain brutalisée, violée, avortée de force, la palme du mécontentement revenant à Manohla Dargis, la journaliste du New York Times qui estime que "vu les outrages et les horreurs que Marilyn Monroe a endurés pendant 36 ans, c’est un soulagement qu’elle n’ait pas eu à subir la vulgarité de Blonde, le dernier divertissement nécrophile en date qui ne cherche qu’à l’exploiter". Nécrophile, rien que ça ?

AFP

Ce qui me surprend, c’est que dans une ère post-MeToo, exposer la prédation sexuelle à Hollywood puisse être interprété comme de l’exploitation

Joyce Carol Oates

Si Andrew Dominik fait le dos rond, Joyce Carol Oates en personne est venue à sa rescousse au cours du week-end. Omniprésente sur Twitter, la romancière de 84 ans, figure de la littérature américaine depuis un demi-siècle, poste presque tous les jours son avis sur l’actualité au sens large. Si elle s’est tenue à l’écart de la fabrication du film, elle n’a pas hésité à prendre la défense du cinéaste après avoir découvert le résultat final.

"J’ai trouvé que c’était / c’est un brillant travail d’art cinématographique qui n’est évidemment pas destiné à tout le monde", commente-t-elle. "Ce qui me surprend, c’est que dans une ère post-MeToo, exposer la prédation sexuelle à Hollywood puisse être interprété comme de l’exploitation. Il est certain que Andrew Dominik voulait raconter l’histoire de Norma Jeane de manière sincère."

En prélude de son roman, paru en 2000, Joyce Carol Oates expliquait avoir pris des libertés avec la vie de l'icône, son objectif étant de décortiquer la façon dont la brune Norma Jeane Baker était devenue l’icône blonde Marilyn Monroe, au prix des pires humiliations. Le film reproduit ainsi une scène du livre où elle est violée par le patron d’un grand studio, des années avant l’affaire Weinstein.

"Pour la jeune starlette Norma Jeane Baker, il n’y avait aucune possibilité de raconter ou de dénoncer un viol", écrit la romancière dans un autre tweet. "Personne n’aurait cru une starlette et elle aurait été virée du studio et même blacklistée. Donc le film Blonde expose ce viol, 50 ou 60 ans après".

Plus tard dans le film, Marilyn est victime d’une agression similaire de la part du président Kennedy. Si les historiens estiment que ce dernier a bel et bien eu une brève liaison avec l'actrice, les faits décrits dans le livre et à l'écran prêtent en revanche à caution. "La cruelle exploitation de Marilyn Monroe par, entre autres, John F. Kennedy, est bien connue des biographes de Marilyn et de Kennedy", maintient Joyce Carol Oates.

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"Si son traitement est difficile à voir pour certains spectateurs, je leur suggère juste de ne pas regarder", recommande la romancière qui salue par ailleurs le travail "intransigeant" du réalisateur et la performance "brillante" de la comédienne Ana de Armas. Si Blonde ne fait clairement pas l'unanimité outre-Atlantique, cette dernière aurait toutefois de grandes chances de décrocher une nomination aux Oscar, au printemps prochain.


Jérôme Vermelin

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