Cannes 2016 – Adèle Haenel, "La fille inconnue" : "Je ne fais pas ce métier pour être tranquille"

Le service METRONEWS
Publié le 18 mai 2016 à 16h30
Cannes 2016 – Adèle Haenel, "La fille inconnue" : "Je ne fais pas ce métier pour être tranquille"

INTERVIEW - Dans "La fille inconnue", l’actrice des "Combattants" et des "Ogres" joue un médecin qui enquête sur la mort d’une jeune fille à qui elle a refusé d’ouvrir la porte de son cabinet. Rencontre avec la comédienne pour évoquer sa collaboration avec Luc et Jean-Pierre Dardenne, Cannes et ses projets.

Tourner avec les Dardenne, c’est un Graal ?
Pour moi, oui. J’aime beaucoup leur cinéma et ils m’ont offert l’opportunité de travailler sur quelque chose que je n’avais jamais fait. C’est un film très concentré dans lequel les gestes ont une signification primordiale. Et puis, ça m’intéressait d’explorer un personnage qui soit humain sans être moralisateur. Cette femme ne donne pas de leçon: la mort de cette jeune fille va juste réveiller en elle une part d’humanité qui, souvent, est endormie chez les gens.

Comment ça ?
Comme Jenny, beaucoup d’entre nous sont en sommeil et ont besoin d’un électrochoc pour agir comme un humain. Je reste persuadée qu’une personne à l’idéologie "hardcore" peut même être touchée quand une injustice se passe sous ses yeux. A mon avis, la sensibilité à l’autre est universelle mais je suis peut-être naïve.  

Les frères sont réputés pour leur précision. Comment s’est passée votre collaboration ?
Une fois que Luc et Jean-Pierre vous ont choisi, ils vous font entièrement confiance. Mais il est vrai que leurs films sont comme des ballets, précisément chorégraphiés.

Les gestes sont d’autant plus importants que vous jouez un médecin ?
Je me suis préparée pendant un mois avec un docteur qui m’a appris les gestes de base, la disposition des organes dans le corps... Sur le tournage, j’ai ainsi pu me concentrer sur Jenny qui, pour moi, est construite comme le centre Pompidou. Chez elle, tout ce qui devrait être à l’intérieur est à l’extérieur : ses gestes sont le reflet de ce qu’elle est. Elle n’a pas de boîte noire cachée.

Vous aimez sa pudeur ? 
J’aime que le comédien soit derrière le personnage, et pas devant. L’humanité de Jenny ne s’exprime pas à travers une hystérie ou une ultra-sensibilité. C’est un bon garde-fou pour échapper à la "performance d'acteur".

Comment vous trouvez-vous le film ?
J’ai fait le maximum pour être fière du résultat et respecter le spectateur. D’ailleurs, même si les gens n’aiment pas, et c’est leur droit, je n’aurais pas pu faire mieux. J’ai été sincère dans ma démarche. Quant au résultat, je ne peux pas m’exprimer. C’est dur de me regarder.

Que représente le Festival de Cannes pour vous ?
L’endroit où il y a plus de cinéma à l’extérieur des salles que dedans. Je plaisante bien sûr. Même s’il est vrai que tout le cirque autour me gavait un peu avant, je le comprends mieux aujourd’hui. C’est essentiel que le cinéma nous fasse encore rêver et à Cannes, tout participe au fantasme.

Un mot sur vos projets ?
J’ai joué avec Adèle Exarchopoulos et Solène Rigot dans Orpheline d’Arnaud des Pallières. Ensuite, je serai dans le nouveau film de Robin Campillo qui avait fait Eastern boys et dans le prochain Pierre Salvadori.

Une comédie donc ?
Oui, c’est nouveau pour moi. Je suis excitée et angoissée mais je ne fais pas ce métier pour être tranquille.

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