Festival de Cannes 2022 : films, stars et paillettes sur la Croisette

Cannes 2022 : les propos de Lola Quivoron sur les rodéos urbains déclenchent un tollé

Jérôme Vermelin, à Cannes
Publié le 25 mai 2022 à 14h42, mis à jour le 26 mai 2022 à 6h30
JT Perso

Source : TF1 Info

Présenté au Festival de Cannes, le premier film de Lola Quivoron décrit l’univers des rodéos urbains.
Dans une interview à Konbini, la jeune réalisatrice défend une pratique illégale en France.
Des propos qui provoquent de vives critiques au sein de la classe politique et de la police.

Avec Rodeo, plongée choc dans l’univers du cross bitume, la jeune réalisatrice française Lola Quivoron a fait du bruit sur la Croisette. Ce premier film a d'abord recueilli les louanges de la critique française et internationale, séduite par la mise en scène intense de la jeune femme qui a grandi à Épinay-sur-Seine et le talent brut de son interprète principale, Julie Ledru, repérée sur Instagram.

Ancienne élève de la Femis, la prestigieuse école de cinéma, Lola Quivoron, 33 ans, a donné de nombreuses interviews dans la foulée de la présentation du film la semaine dernière. Dans l’une d’elles, accordée au média en ligne Konbini, elle évoque le caractère illégal des rodéos urbains, un phénomène importé des États-Unis auquel elle a déjà consacré un court-métrage de fin d’études.

Décrivant une pratique "criminalisée à mort" en France, la jeune femme estime que "les accidents sont souvent causés par les flics qui prennent en chasse, qui créent une forme de précarité qui poussent les riders vers la mort". "On parle de rodéos urbains, de rodéos sauvages, c’est pire", regrette par ailleurs Lola Quivoron, "parce qu’en plus ça fait penser à ensauvagement donc là on a envie de rayer à fond ces idées, ces imageries, qui sont des imageries complètement réactionnaires."

Des propos au mieux maladroits puisqu'ils interviennent au moment où quatre jeunes, le plus âgé ayant 18 ans, ont été interpellés dimanche à Pantin, en Seine-Saint-Denis, suite à un rodéo urbain au cours duquel un garçon de 5 ans, qui se promenait avec ses parents, a été blessé par le passage d’un scooter. Son pronostic vital n'est heureusement pas engagé.

"Un sketch des Inconnus" pour le maire de Cannes

Sans surprise, Lola Quivoron est depuis quelques heures la cible de vives critiques. Parmi ses détracteurs, David Lisnard, le maire LR de Cannes en personne. "Avec Yves Daros (chef de la police municipale de Cannes) et l'équipe de la police municipale de la mairie de Cannes, nous n'avons pas été convaincus par le propos de la dame, qui ressemble à un sketch des Inconnus", écrit-il. 

"Nous allons continuer de poursuivre et arrêter les auteurs de rodéos urbains. Notre hommage hier à son œuvre", ajoute-t-il, avant de republier un tweet mentionnant une série d’interventions réalisées par les forces de l’ordre depuis le début de l’année, notamment par le biais de la vidéosurveillance. "On continue", conclut celui qui est aussi président de l’Association des Maires de France.

Des politiques à la police, d’autres commentaires acerbes se sont multipliés ces dernières heures. "J'espère que Lola Quivoron n'aura jamais à subir les rodéos sauvages devant son domicile", écrit la sénatrice LR Valérie Boyer. "Peut-être portera-t-elle alors un regard différent. Elle pourra alors faire un film sur les Français désespérés et les élus locaux trop souvent désemparés."

"Lola Quivoron fait tranquillement l'apologie de voyous qui importunent le quotidien de nos concitoyens", déplore pour sa part de le syndicat de police SCSI, branche de la CFDT. "Nous pensons à toutes les victimes de ces délinquants. Nous pensons à tous ces jeunes morts en pratiquants ces rodéos. Nous pensons aux policiers qui luttent contre ce fléau."

Lola Quivoron n'a pas encore réagi à cette polémique. Mais elle pourrait en avoir l'occasion d'ici à la fin du Festival de Cannes puisque Rodeo est en lice pour la Caméra d'or, le prix du meilleur premier film, dont le jury est présidé par l'actrice espagnole Rossy de Palma, égérie de Pedro Almodovar. Le film est également candidat au prix Un certain regard, dont le jury, présidé par l'actrice italienne Valeria Golino, comprend notamment le chanteur français Benjamin Biolay.


Jérôme Vermelin, à Cannes

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