De nombreux films de la compétition cannoise contiennent des scènes de sexe ou de nudité explicites.
À l’époque post-MeToo, certaines ont été réalisées avec la participation d’un coordinateur d’intimité, mais pas toutes.
Karim Aïnouz, le réalisateur brésilien du très chaud "Motel Destino", a raconté à TF1info ces méthodes de travail nouvelles.

La génération Z aurait-elle tué le sexe au cinéma ? C’est en tout cas l’hypothèse émise dans une étude relayée début avril par The Economist. D’après son auteur, le spécialiste britannique de l’industrie cinématographie Stephen Follows, le nombre de scènes coquines aurait chuté de 40% au cours des années 2000, en se basant sur les 250 plus gros succès au box-office de chaque année. 

Pour expliquer ce déclin, cet expert avance notamment la réticence des producteurs - voire des réalisateurs eux-mêmes - à prendre des risques avec des séquences sulfureuses, à l’heure où la question du consentement agite le milieu du cinéma et au-delà. En est-il de même avec les films de la sélection cannoise ? Pas tout à fait.

Des scènes omniprésentes à Cannes

Rien que sur les 18 films de la compétition - il y en a 22 au total - que nous avons pu voir jusqu’ici, 14 contiennent des actes sexuels et/ou des images de nudité. Des amants qui font leur petite affaire dans une ruelle dans La jeune femme à l’aiguille, sur un bureau dans Megalopolis, en pleine forêt dans All We See As Light ou sur un bon vieux matelas dans Les Linceuls… Des rapports tous consentis sauf dans The Apprentice qui reconstitue le viol conjugal dont Ivana Trump aurait été victime de la part du futur président des États-Unis. 

La Palme cochonne revient à Motel Destino, le néo-noir du Brésilien Karim Aïnouz dans lequel un petit voyou trouve refuge dans un établissement dont les clients débarquent par la route en plein jour. Dans la force de l’âge, il s’offre une aventure sans lendemain avec une rencontre d’un soir avant d’honorer la femme du patron à plusieurs reprises. Si ces séquences dégagent un réalisme troublant, c’est grâce au travail d’une coordinatrice d’intimité, ce nouveau métier en plein essor sur les plateaux post-MeToo. 

Il y a tellement de réalisateurs qui ont abusé de leur pouvoir par le passé qu’aujourd’hui on se doit d'être super attentifs
Karim Aïnouz

"Quand ça a commencé il y a deux ou trois ans, je pensais que c’est quelque chose qui pourrait être une contrainte", explique Karim Aïnouz à TF1Info. "Mais après en avoir fait l’expérience sur un film anglo-saxon, j’ai compris que ça crée un espace de sécurité pour les acteurs. Pour dire ce qu’ils aiment faire, ce qu’ils n’aiment pas faire. Et puis on est dans un moment de réparation historique. Il y a tellement de réalisateurs qui ont abusé de leur pouvoir par le passé que je crois qu’aujourd’hui, on se doit être super attentifs." 

Dans la pratique, le cinéaste explique avoir travaillé avec la coordinatrice d’intimité de Motel Destino comme avec un chorégraphe. "On discutait des positions, comment les personnages se touchent, à quel endroit. On réfléchit à la raison dramaturgique de ces scènes. Parce que pour moi, les scènes de sexe ou d’amour, peu importe comment on les appelle, raconte souvent plus de choses sur un personnage que les dialogues."

Une pratique pas encore obligatoire

Reste que la pratique n’est pas encore généralisée. Sur le tournage de Anora, son film en compétition qui met en scène la rencontre entre une strip-teaseuse et le fils d’un oligarque, l’Américain Sean Baker n’a pas eu recours aux coordinateurs d’intimité quand bien même il multiplie les scènes de jambes en l’air entre ses deux personnages. "Je préfère aborder le sujet au cas par cas, film par film", a précisé en conférence de presse le cinéaste qui a déjà tourné plusieurs long-métrages dans l’univers des travailleurs du sexe.

"Si un acteur en fait la demande, alors je suis pour à 100 %", a-t-il ajouté, la comédienne Mikey Madison soulignant avoir décliné la proposition sur Anora. En amont et sur le plateau, le cinéaste élabore ces séquences en collaboration avec Samantha Quan, sa productrice de longue date. "Notre priorité numéro un est d’assurer la sécurité, la protection, le confort et la participation de nos acteurs au processus", a-t-il insisté.

Festival de Cannes

Qu’elle devienne obligatoire ou non à terme, la présence des coordinateurs d’intimité est une garantie pour éviter l’un des pires drames de l’Histoire du cinéma. Le viol de la comédienne Maria Schneider par la superstar Marlon Brando devant la caméra de Bernardo Bertolucci sur le tournage du film culte Le Dernier Tango à Paris. Un fait divers au cœur de Maria, le film de Jessica Palud avec Matt Dillon et Anamaria Vartolomei, présenté à Cannes Première.

Il est inspiré de Tu t’appelais Maria Schneider, le livre de la reporter au Monde Vanessa Schneider, cousine de l’actrice qui fut traumatisée à vie par les conditions de fabrications sordides de cette séquence que le cinéaste italien a toujours minimisée par la suite. Elle est décédée en 2011 des suites d’un cancer généralisé.


Jérôme VERMELIN

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