En compétition pour la Palme d’or, "The Apprentice" raconte l’ascension de Donald Trump dans le New York des années 1980.
Le réalisateur Ali Abbasi se focalise sur la relation trouble entre le futur président américain et l’avocat mafieux Roy Cohn.
Jamais caricatural, l’acteur Sebastian Stan surprend dans la peau de l’homme le plus clivant d’Amérique.

Donald Trump comme vous ne l’avez jamais vu. C’est le pari que relève le cinéaste danois d'origine iranienne Ali Abbasi dans The Apprentice, son nouveau film en compétition ce lundi à Cannes. Écrit par le journaliste américain Gabriel Scherman, il raconte comment le futur président des États-Unis a construit son empire immobilier en profitant de la faillite de la ville de New York dans les années 1980. Le titre du film fait référence à l’émission de téléréalité dans laquelle l’homme d’affaires offrait au vainqueur un job dans l’une de ses entreprises dans les années 2000. Sauf qu’ici, c'est le jeune Donald Trump qui apprend les clés de la réussite aux côtés de Roy Cohn, un avocat sans foi ni loi célèbre pour ses relations avec la mafia.

C’est Sebastian Stan, célèbre pour le rôle du Soldat de l’Hiver chez Marvel, qui s’est glissé dans la peau de la personnalité sans doute la plus clivante de l’Histoire américaine récente. Si Donald Trump est souvent parodié avec brio dans des émissions comiques comme le "Saturday Night Live", le comédien de 41 ans parvient à en livrer une interprétation tout en nuances en dépit de ses outrances. Au début du film, c'est à vrai dire un fils de bonne famille sans grand relief, dans l’ombre de son père, Fred Trump (Martin Donovan), promoteur immobilier à la personnalité bien trempée. Jusqu’à sa rencontre fortuite en boîte de nuit avec Roy Cohn (Jeremy Strong de la série Succession). 

Quand l'élève dépasse le maître

D’emblée, The Apprentice laisse planer une certaine ambiguïté entre les deux hommes, d’autant plus que l’homosexualité cachée de l’avocat est vite révélée au spectateur. Pas franchement progressiste, Donald Trump s’en accommode, car il est littéralement subjugué par les méthodes de ce personnage charismatique qui n’hésite pas à soudoyer, à menacer ou à faire chanter pour défendre les intérêts de ses clients. Un mentor aussi redoutable qu’envahissant dont le bon élève va affranchir au fur et à mesure qu’il empile les dollars. Son mariage avec sa première épouse Ivana (Maria Bakalova) n’y résistera pas. Tout comme sa relation avec son frère aîné Fred Jr. (Charlie Carrick), renié par le patriarche parce qu’il était pilote de ligne.

Si l’intrigue de The Apprentice est construite comme un récit d’apprentissage somme toute assez classique, Ali Abbasi a choisi de le filmer de manière très brute, caméra à l’épaule, privilégiant les échanges sur le vif à une reconstitution fastueuse comme d’autres cinéastes auraient été tenté de le faire. Grâce à l’utilisation d’images d’archives, il parvient toutefois à donner corps au New York en ébullition des années 1980. Mais le cœur du projet est clair : nous raconter de l’intérieur comment Donald Trump a bâti son empire, mais surtout la caricature qu’il s’emploie à présenter au monde désormais. Le film ne changera sans doute pas grand-chose au destin judiciaire et politique de son héros. Mais il éclaire sous un jour plus humain ce pur produit du capitalisme sauvage.

>> The Apprentice de Ali Abbasi. Avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova. 2h. Sortie prochainement


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