Dans "Anora", le réalisateur américain Sean Baker met en scène la rencontre entre une stripteaseuse et le fils d'un oligarque russe.
Ce qui commence comme une relecture moderne de "Pretty Woman" bascule sans prévenir vers le film noir.
Illuminé par la performance de la comédienne Mikey Madison, cette Palme d'or a tout pour devenir un beau succès en salles.

Une Palme surprise ? Pas tout à fait. Après sa présentation en début de semaine à Cannes, Anora de Sean Baker bénéficiait de la meilleure note moyenne auprès de la critique internationale. Son sacre samedi soir vient consacrer l'un des derniers acharnés du cinéma indépendant américain, à l'heure où les grands studios ne leur laissent que des miettes. Révélé en 2015 avec Tangerine, le portrait deux prostituées afro-américaines transgenres, ce réalisateur new-yorkais a consacré ses cinq derniers films à l'univers des travailleurs du sexe. Avec l’idée d’aller à rebours du mépris dont ils et elles sont souvent victimes.

Trois ans après avoir filmé les déboires d’un acteur porno dans Red Rocket, il met en scène une stripteaseuse baptisée Anora (Mikey Madison). Dès la scène d’ouverture, la caméra se déplace le long d’une rangée de fesses bombées qui se déhanchent au-dessus des clients d’un club de Manhattan. Tout au bout, il y a Anora – mais elle préfère qu’on l’appelle Ani - une petite brune qui enchaîne les pirouettes et les clients sans jamais perdre le sourire.

Sean Baker et Mikey Madison Cannes le 22 mai à Cannes.
Sean Baker et Mikey Madison Cannes le 22 mai à Cannes. - AFP

Un soir, son patron lui demande de divertir Ivan (Mark Eidelstein), un jeune homme russe à peine sorti de la puberté. Entre eux, le courant passe tout de suite. Et ni une ni deux, la voilà invitée dans la luxueuse maison du garçon qui se trouve être le fils d’un oligarque. Ils baisent tout le temps, font la fête avec l'argent de papa, et sur un coup de tête partent se marier à Las Vegas. Ce qui commence comme une relecture indé de Pretty Woman va alors basculer vers le film noir. Et l'héroïne se retrouver entre les griffes d'une curieuse bande de pieds nickelés. Anora est-elle naïve ? Mauvaise calculatrice ? Désespérée de changer de vie ou simplement humaine ?

Avec un savant mélange de tendresse et de dérision, Sean Baker secoue le bon vieux mythe du prince charmant et dresse le portrait d’une battante qui ne renonce jamais au respect qu’on lui doit. Comédienne inconnue du grand public – on l’a aperçu dans Scream 5 et Once Upon A Time… in America, l'irrésistible Mikey Madison est le genre de révélation comme la Croisette les adore. Mine de rien cette nouvelle Palme est un événement pour le cinéma américain puisque la dernière remonte à Tree of Life de Terrence Malick en 2011. Grâce à son énergie, son humour et ses comédiens attachants, Anora a tout pour s'offrir un joli succès en salles.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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