Après "Call Me By Your Name" et "Bones and All", le réalisateur italien Luca Guadagnino poursuit son exploration des relations amoureuses dans un film aussi jouissif qu’envoûtant en salles ce mercredi.
Il met en scène une passion brûlante sur et hors du court de tennis entre trois joueurs aux destins contrariés.
Un match intense où tous les coups sont permis, rythmé par une bande originale survoltée du duo oscarisé Atticus Ross et Trent Reznor.

Elle martèle que "le tennis est une relation". Celle qu’elle entretient avec son sport sera aussi complexe que celle qui la liera aux deux hommes de sa vie. Espoir plus que prometteur de la discipline, Tashi Duncan (Zendaya) fait la rencontre d'Art Donaldson (Mike Faist) et Patrick Zweig (Josh O’Connor) après sa victoire à l’US Open Junior. Le début d’une partie sexy et haletante qui hypnotise autant qu'une balle sur un court. 

Au cinéma ce mercredi 24 avril, Challengers est signé d’un fin analyste des rapports humains, qui a pris pour habitude de décortiquer les passions les plus incandescentes dans ses films. Il y a eu l’amour interdit d’Elio et Oliver dans Call Me By Your Name, puis l’amour cannibale de Lee et Maren dans Bones and All.

Des séquences de tennis hallucinantes

"Dans chaque triangle, la jalousie doit être dirigée dans toutes les directions, pas dans une seule", explique Luca Guadagnino en conférence de presse. "Pour moi, il était donc important de ne pas raconter l'histoire de deux hommes qui cherchent à conquérir la même femme. Il s'agit de trois personnes qui se rencontrent chimiquement et qui ne peuvent plus être séparées", ajoute le cinéaste italien qui porte à l’écran le tout premier scénario - incisif - de Justin Kuritzkes. 

L’histoire du trio se déploie tel un voyage dans le temps, rembobinant jusqu’aux instants clés où les couples se sont faits et défaits. Avec en fil rouge, un seul et même match de tennis entre Art et Patrick qui se disputent un trophée de l’ATP Challenger Tour. "Ce sont des plus petits tournois qui permettent aux joueurs moins bien classés de se hisser dans le classement", nous précise Mike Faist, soulignant le caractère "à double entente" - en français dans le texte, s’il vous plaît – du titre du film.

"On se challenge les uns les autres", sourit Zendaya qui n’a jamais été aussi magnétique à l’écran. L’alchimie entre elle, Mike Faist et Josh O’Connor transpire une sensualité folle, sans jamais glisser vers le sulfureux. Pas franchement aimables, leurs personnages sont délicieusement détestables. "Dans le film, le tennis est une métaphore du pouvoir et des rapports de pouvoir entre des êtres qui comptent les uns sur les autres, sans doute un peu trop", souligne la comédienne dans les notes de production.

Une tension renforcée par d’incroyables scènes de tennis - le vrai - mises en scène comme rarement auparavant avec une créativité toujours plus grande, jusqu’à une séquence finale à couper le souffle. "Lorsque vous assistez à un match de tennis, que ce soit en direct ou à la télévision, c’est une expérience très objective. J'ai pensé à la rendre très subjective. J’ai immédiatement pensé à pouvoir être à l'intérieur du jeu, mais aussi à l’intérieur du jeu avec ces personnages. Je pense que la performance des acteurs a aussi été à l’origine d’une grande partie de ce que fait la caméra", assure Luca Guadagnino.

De la house entêtante "comme dans une rave"

Largement crédible raquette en main, le trio a été aidé par des doublures et des effets spéciaux indétectables. On vous défie de ne pas cligner des yeux quand vous verrez la balle être renvoyée vers vous par Zendaya. Mais ce qui rend Challengers plus percutant encore, c’est sans aucun doute sa diabolique bande originale née en post-production. "Avec Marco Costa, le monteur, nous avons fait un montage sec, sans musique, seulement avec les repères des chansons que nous voulions jouer, raconte Luca Guadagnino. Il y avait une tension fascinante, qui rappelle un jour d’été brûlant où vous avez besoin de boire quelque chose de très frais comme un Coca-Cola".

Warner Bros. Pictures

Désireux de reproduire cette même "expérience énergisante et captivante", le cinéaste italien songe aussi aux effets d’une "rave party où on ne boit pas d’alcool parce qu’on doit prendre des pilules". "Je me suis donc demandé comment faire pour que le public du film ait l'impression d'être dans une rave sans les pilules", poursuit-il. Il contacte alors Trent Reznor et Atticus Ross, oscarisés pour The Social Network et le Pixar Soul, avec qui il avait déjà collaboré sur Bones and All, pour leur proposer de "faire de la musique heavy house" qui serait "le moteur" de Challengers

Ce beat entêtant, tout droit sorti des clubs des 80-90's, vient habiller des échanges musclés qui n’avaient pas besoin de ça pour être tendus. Un vernis supplémentaire qui vient sublimer une œuvre euphorisante, l’une des meilleures de son maître. "Et puis j'ai lu une interview qu'Atticus et Trent ont faite récemment, selon laquelle apparemment, j'ai dit que tout devrait être homoérotique. Peut-être que je l'ai dit, je ne sais pas", s’esclaffe le réalisateur qui, à l’image de ses héros, relève avec brio un défi qui aurait pu finir sa course dans le filet. Jeu, set et match, Guadagnino.

>> Challengers de Luca Guadagnino, avec Zendaya, Mike Faist et Josh O'Connor - actuellement au cinéma


Delphine DE FREITAS

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