10 ans après sa mort, Whitney Houston ressuscite dans un biopic (presque) sulfureux

Publié le 21 décembre 2022 à 8h00

Source : TF1 Info

En salles ce mercredi, "Whitney Houston : I Wanna Dance With Somebody" raconte le destin de la chanteuse décédée en 2012 à l’âge de 48 ans.
La réalisatrice Kasi Lemmons y accorde une large part à son histoire d’amour contrariée avec son amie et assistante, Robyn Crawford.
Mais si la performance de la comédienne Naomi Ackie est bluffante de vérité, le mystère autour des addictions qui lui ont été fatales reste entier.

Depuis le triomphe de Bohemian Rhapsody, le biopic musical est de nouveau à la mode. De Rocket Man sur Elton John au tout récent Elvis de Baz Luhrmann en passant par Aline, le Céline Dion revue et corrigée de Valérie Lemercier, tous ces films promettent de nous raconter l’envers du décor, les blessures derrière les sourires et les failles derrière les tubes. Dix ans après sa disparition prématurée à l’âge de 48 ans, c’est Whitney Houston qui renaît sous les traits de l’actrice anglaise Naomi Ackie dans I Wanna Dance with somebody, une fiction écrite par Anthony McCarten, le même scénariste qui avait planché sur la vie de Freddie Mercury. Tiens, tiens.

De la descente aux enfers de la chanteuse, les médias de l'époque n’ont pas manqué grand-chose. Sa relation tourmentée avec son mari Bobby Brown, ses addictions et sa mort tragique dans une baignoire du Beverly Hilton ont été amplement commentées. Ce qu’on connaît moins, c’est le début de l’histoire et le rôle joué par Robyn Crawford, l’amie et assistante qui a accompagné la star durant son ascension vers les sommets. En 2019, cette femme aujourd’hui âgée de 61 ans a écrit un livre, A Song For You, pour confirmer une rumeur qui longtemps circulé : sa relation "physique" avec la chanteuse, durant leur jeunesse. 

Je ne pense pas que c’était une femme gay qui a été obligée de se transformer en hétéro. Je dirais plutôt qu’elle était sexuellement fluide
La réalisatrice Kasi Lemmons

Dans Whitney, le documentaire de Kevin McDonald, sorti l’année précédente, la simple évocation du nom de Robyn Crawford agaçait profondément la famille de la chanteuse. "Elle n’était personne", lâchait son frère aîné Gary. I Wanna Dance With Somebody dit tout le contraire puisque le film met en scène leur rencontre, leur premier baiser puis leur emménagement dans un petit appartement. À l’époque, celle que tout le monde surnomme Nippy porte les cheveux courts et des vêtements de sport. Sous l’influence de ses parents Cissy et John et du producteur Clive Davis, elle va non seulement se relooker mais aussi renoncer à son idylle avec Robyn pour sortir avec des hommes.

Pour la réalisatrice Kasi Lemmons, la romance contrariée entre Whitney et Robyn est l’une des facettes d’un personnage plus complexe qu’on pourrait le croire. "Il y avait l’image publique et il y avait Nippy. Et Nippy était différente de cette image", explique-t-elle à TF1info. "Au départ c’est un garçon manqué du New Jersey qui devient la princesse de l’Amérique sous l’impulsion de son père. Mais je ne pense pas que c’était une femme gay qui a été obligée de se transformer en hétéro. Je dirais plutôt qu’elle était sexuellement fluide, une notion qui est beaucoup plus répandue aujourd’hui à l’époque."

Le sens caché derrière le tube

On retrouve cette ambiguïté dans une scène clé, lorsque Clive Davis fait écouter à Whitney Houston le futur tube qui donne son titre au film, en présence de Robyn jouée par l'excellent Nafessa Williams. "C’est une chanson que tout le monde adore", souligne Kasi Lemmons. "Mais j’ai eu besoin d’aller chercher le sens caché de ce titre. Avec qui avait-elle envie de danser ? Or il se trouve que Clive Davis dit que pour Whitney, cette chanson parlait de sexe. Que pour elle danser signifier faire l’amour à quelqu’un." Suivez mon regard… 

I Wanna Dance With Somebody décrit plutôt bien le processus de fabrication d’une star sans équivalent depuis, avec 200 millions d’albums vendus et le record mondial de récompenses pour une artiste féminine. Sans doute parce qu’il a été produit sous l’égide de sa famille, il n’entre en revanche pas assez dans les détails de ses heures les plus sombres. Il n’aborde même pas du tout l’une des révélations majeures du documentaire de Kevin McDonald, à savoir les abus sexuels dont Whitney et son frère Gary ont été victimes, enfants, de la part de leur cousine Dee Dee Warwick, la sœur de la chanteuse Dionne Warwick.

Cette blessure secrète serait-elle à l’origine de ses addictions futures ? "Il y a plein de raisons qui poussent quelqu’un à se détruire dans la drogue", estime pour sa part Naomi Ackie. "Les circonstances de la vie, le stress… Je pense que seule Whitney savait comment elle est en arrivée là. Et mon job, c’était d’essayer d’imaginer", souligne-t-elle. "Ce que je me suis dit, c’est qu’elle devait affronter un niveau de pression démentiel. Elle travaillait depuis l’âge de 19 ans, elle avait une relation compliquée avec son père et elle était au service d’un public immense. J’ai de l’empathie pour son combat."


Jérôme VERMELIN

Tout
TF1 Info