La cérémonie de récompenses la plus prestigieuse du cinéma mondial a été l’occasion pour certains de faire entendre leurs voix sur les conflits en cours, ce dimanche 10 mars.
Même celle d’Alexeï Navalny, l’opposant russe mort en prison, a résonné dans le Dolby Theatre de Los Angeles.

Il a offert à l’Ukraine le premier Oscar de son histoire. Sauf qu’il aurait voulu ne jamais le gagner. Mstyslav Chernov, réalisateur du documentaire 20 Jours à Marioupol, l’a répété devant le tout Hollywood, dans la nuit de dimanche 10 à lundi 11 mars : "Je suis honoré. Mais je serai probablement le premier réalisateur sur cette scène à dire que j'aurais préféré ne pas avoir fait ce film. J'aimerais pouvoir l'échanger contre le fait que la Russie n'attaque jamais l'Ukraine, n'occupe jamais nos villes", a déclaré le journaliste de l'Associated Press qui raconte le siège de la ville ukrainienne.

Des artistes mobilisés pour un cessez-le-feu au Proche-Orient

Son discours restera l’un des plus puissants de cette 96e cérémonie des Oscars. Un évènement sage et lisse lors duquel bien souvent rien ne dépasse et où les commentaires politiques sont généralement limités à ce qui joue aux États-Unis. Le présentateur Jimmy Kimmel s’est d’ailleurs arrêté pour lire un message de Donald Trump le critiquant. Les prises de position ont débuté sur le tapis rouge ce dimanche. 

Plusieurs personnalités avaient choisi d’arborer un pin’s rouge sur lequel était dessinée une main, symbole du mouvement Artists4Ceasefire appelant à un cessez-le-feu à Gaza. La chanteuse Billie Eilish, les acteurs de Pauvres créatures Mark Ruffalo et Ramy Youssef mais aussi la réalisatrice Ava DuVernay avaient opté pour ce geste. Les comédiens français Swann Arlaud et Milo Machado-Grenier, héros d’Anatomie d’une chute, portaient eux un badge aux couleurs du drapeau palestinien.

Milo Machad-Grenier et Swann Arlaud,  héros d’"Anatomie d’une chute", portaient eux un badge à l’effigie du drapeau palestinien lors des Oscars, le 10 mars 2024.
Milo Machad-Grenier et Swann Arlaud, héros d’"Anatomie d’une chute", portaient eux un badge à l’effigie du drapeau palestinien lors des Oscars, le 10 mars 2024. - Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Des manifestants pro-palestiniens se sont réunis au même moment dans les rues de Los Angeles pour protester. La guerre entre Israël et le Hamas n’a été évoquée qu’une seule fois sur scène. Récompensé de l’Oscar du meilleur film international pour La Zone d’intérêt, plongée dans le quotidien des tortionnaires nazis du camp d’Auschwitz, le Britannique Jonathan Glazer a profité de son temps de parole pour lancer un message de paix. 

"Notre film montre comment la déshumanisation mène au pire. Il a façonné notre passé et notre présent. Aujourd'hui, nous nous tenons ici en tant qu'hommes qui réfutent leur judéité et le fait que l'Holocauste soit détourné par une occupation qui a conduit à un conflit pour tant de personnes innocentes. Qu'il s'agisse des victimes du 7 octobre en Israël ou de l'attaque en cours sur Gaza, toutes les victimes de cette déshumanisation... Comment résister ?", a-t-il lancé. Interprète du créateur de la bombe atomique dans Oppenheimer, Cillian Murphy a lui dédié son Oscar du meilleur acteur "à tous les faiseurs de paix".

Le cinéma forme les souvenirs et les souvenirs forment l'Histoire.
Mstyslav Chernov

Un qualificatif que n’aurait sans doute pas renié Alexeï Navalny. L’opposant à Vladimir Poutine, mort à l’âge de 47 ans le mois dernier dans une prison de l’Arctique, est apparu dans l’écran installé en fond de scène des Oscars. "Écoutez, j’ai quelque chose d’évident à vous dire. Vous n’êtes pas autorisés à abandonner. S’ils décident de me tuer, ça veut dire que nous sommes incroyablement forts. La seule chose nécessaire au triomphe du mal, c'est que les bonnes personnes ne fassent rien", assurait-il dans le documentaire Navalny, oscarisé l’an dernier. 

C’est un extrait de ce film qui a ouvert le segment in memoriam rendant hommage aux disparus de l’année. Une décision forte de la part des organisateurs faisant comme écho aux mots du réalisateur de 20 Jours à Marioupol, qui a appelé à l’aide des figures de Hollywood. "Je fais appel à vous, qui comptez parmi les personnes les plus talentueuses au monde. Nous pouvons faire en sorte que l'histoire soit rétablie, que la vérité prévale et que les habitants de Marioupol et ceux qui ont donné leur vie ne soient jamais oubliés, car le cinéma forme les souvenirs, et les souvenirs forment l'histoire", a-t-il conclu sous les applaudissements.


Delphine DE FREITAS

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