Lancée depuis une semaine, la course à la Palme d'or du 76ème Festival de Cannes entre dans sa dernière ligne droite.
Comme chaque année, la presse a déjà ses favoris, avec un film français fédérateur, "Anatomie d'une chute" de Justine Triet.
Mais attention aux goûts du jury présidé par le réalisateur suédois Ruben Östlund : comme souvent, il pourrait créer la surprise.

À J-3 du palmarès du 76ème Festival de Cannes, c’est le jeu préféré des festivaliers : deviner qui va remporter la Palme d’or. Reste encore à savoir sur quels critères. Les leurs ? Ou ceux d’un jury de professionnels qui n’ont pas forcément la même grille de lecture que des critiques ciné qui dévorent trois films par jour toute l’année en projection de presse… Si on se base sur les tableaux de référence sur la Croisette, c’est un film français qui fait l’unanimité, ce qui ne s’était pas vu depuis La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, il y a dix ans…

Dans Le Film Français, qui rassemble 15 critiques ciné des grands titres de la presse hexagonale, Anatomie d’une chute de Justine Triet est le film qui décroche le plus de "palmes", soit cinq fois la note maximum contre trois à The Zone of Interest de Jonathan Glazer, deux à Jeunesse du Chinois Wang Bing, deux pour Les Herbes Sèches du Turc Nuri Bilge Ceylan et une pour Club Zero de l'Autrichienne Jessica Hausner. Mais ce dernier est aussi celui qui obtient le plus de zéros pointés, six au total contre quatre à Black Flies du Français Jean-Stéphane Sauvaire.

Que nous disent les critiques ?

Du côté de la presse internationale, le tableau de la revue Screen est un bon indicateur, réunissant 11 spécialistes anglo-saxons, européens et asiatiques. Petite surprise : là, c’est Anatomie d’une chute qui fait la course en tête, ex aequo avec May December de Todd Haynes. Ces deux films décrochent la meilleure moyenne devant The Zone of Interest, Jeunesse et Les Herbes Sèches, le bonnet d’âne revenant à Black Flies.

Au moment où nous écrivons ces lignes, à savoir mercredi matin, il reste encore six films à voir sur une sélection de 21 cette année. Autant dire qu’un chef-d'œuvre de dernière minute pourrait très bien redistribuer les cartes. On pense évidemment à The Old Oak, le dernier film de la carrière de Ken Loach, comme annoncé en personne par l'intéressé. Hasard ou pas, c’est celui que le jury découvrira en dernier vendredi soir, à la veille des délibérations.

Et si le jury créait la surprise ?

Réunis dans une villa sur les hauteurs de Cannes, Ruben Östlund et ses camarades devront départager leurs coups de cœur, leurs coups de gueule. Murés dans le silence comme c’est la tradition, ils n’ont rien laissé filtrer de leurs discussions pendant deux semaines. Ont-ils déjà eu des désaccords profonds ? Des enthousiasmes partagés ? Prof de cinéma dans son pays, le président du jury aura-t-il l’ascendant sur ses troupes composées notamment de la réalisatrice de Titane Julia Ducournau, de l’acteur français Denis Ménochet ou des stars américaines Brie Larson et Paul Dano ?

"Si les membres du jury essaient d’être plus malins les uns que les autres, alors on passe à côté de quelque chose", avait déclaré le réalisateur aux deux Palmes d’or lors de la conférence de presse de début de festival. Charismatique mais directif, le père Östlund ? "Je vais faire en sorte que le niveau soit élevé, que chacun ait la possibilité de s’exprimer. De formuler son instinct." Et nous, il nous dit quoi notre instinct ? 

Dans son cinéma, le réalisateur de Sans Filtre adore révéler les travers de l’être humain en mettant en place des situations parfois malaisantes, souvent cocasses et toujours bien vues. D’emblée, on imagine qu’il a adoré Club Zero de Jessica Hausner, une satire à l’humour cruel qui dénonce la société de consommation et l’embrigadement de la jeunesse. Ou l'histoire d'une énigmatique professeure de nutrition qui convertit les élèves d'un lycée privé à un régime de l'extrême. Avec en prime une séquence de "body horror" qui a dû ravir Julia Ducournau.

Tous les cinéastes du jury ont sans doute été impressionnés par la mise en scène de The Zone of Interest, le film de Jonathan Glazer qui nous plonge dans la vie de famille du commandant d’Auschwitz. Une interrogation dérangeante sur le monstre qui sommeille en chacun de nous. Trop radical pour certains ? En cas de désaccord profond, le tout premier film de la compétition pourrait mettre d’accord. Monster, le magnifique drame de Hirokazu Kore-Eda réunit tout : la mise en scène élégante, un scénario brillant, des acteurs bouleversants et un message de tolérance universel. Une valeur sûre.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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