"Adieu Monsieur Haffmann", la critique : un thriller historique plus actuel qu’on pourrait le croire

Jérôme Vermelin
Publié le 12 janvier 2022 à 12h07, mis à jour le 12 janvier 2022 à 13h14
JT Perso

Source : Sujet Digital LCI

L'essentiel

ON AIME – Durant l’Occupation, un bijoutier juif noue un pacte ambigu avec son employé. En adaptant la pièce à succès de Jean-Philippe Daguerre, le réalisateur Fred Cavayé renoue avec le thriller. Et utilise les pires heures de l’Histoire de France pour ausculter la face la plus sombre de l’âme humaine.

La faute au Covid, le tournage, la sortie et même la promo de Adieu Monsieur Haffmann ont été repoussés à plusieurs reprises. Un mal pour un bien ? Le film de Fred Cavayé sort finalement aux premières heures de 2022 et son propos n’en est que plus essentiel à l’heure où la vérité historique est malmenée, à des fins électorales ou autres. De la scène à l’écran, le point de départ ne dévie guère de la pièce à succès de Jean-Philippe Daguerre, multi-primée aux Molière. 

Sous l’Occupation, le bijoutier juif Joseph Haffmann envoie femme et enfants en zone libre, le temps de nouer un pacte avec François Mercier, son employé : il lui laisse sa boutique et son appartement, avec la promesse de pouvoir les retrouver après la guerre. Surpris, cet homme comme les autres accepte et s’installe avec sa femme chez son patron. Sauf que Haffmann ne parvient pas à passer les barrages allemands. Pour accepter de le cacher, Mercier lui fait à son tour une proposition. Et elle est aussi surprenante que sordide…

Le plus beau rôle de Gilles Lellouche

Arrivé au cinéma par la case thriller (Pour elle, À bout portant), Fred Cavayé avait fait un détour inattendu par la comédie (Radin ! avec Dany Boon mais aussi Le Jeu, remake du blockbuster italien). Il revient à son genre de prédilection par le biais du récit historique en posant, dans le premier quart d’heure, les bases d’un huis clos étouffant. Sa mécanique, implacable, sert en parallèle le portrait d’un salaud ordinaire, idéalement incarné par Gilles Lellouche.

Après avoir joué les gros durs avec brio dans Bac Nord, l’acteur crée un Mercier d’abord tout en rondeur, fou amoureux de son épouse, soucieux de plaire et de bien faire, avant que les circonstances, exceptionnelles, révèlent ses failles, aussi tristement humaines qu'intemporelles. C’est la plus grande performance de sa carrière. L’une des plus importantes aussi.

À ses côtés, Daniel Auteuil est impeccable, comme souvent, dans le costume d’Haffmann. Mais c’est l’interprétation sobre et intense de Sarah Giraudeau qui donne une dimension supplémentaire au film qui se double d’un propos très actuel, au fond, sur les jeux de pouvoir au sein du couple et la place des femmes dans la société française. Hier comme aujourd’hui.

>> Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé. Avec Daniel Auteuil, Gilles Lellouche, Sara Giraudeau. En salles