Avec "Close", son splendide mélo adolescent, Lukas Dhont va vous briser le cœur

par Jérôme VERMELIN
Publié le 31 octobre 2022 à 17h20
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Grand prix du jury à Cannes, "Close" met en scène l’amitié fusionnelle entre deux adolescents.
Un drame inspiré par la propre enfance douloureuse du jeune réalisateur belge Lukas Dhont.
TF1info est allé à la rencontre de l’auteur de ce lumineux mélo en salles dès ce mardi.

Il a suffi d’un film pour qu’on repère en Lukas Dhont un talent peu ordinaire. En 2018, le tout jeune réalisateur belge nous avait impressionné avec Girl, le portrait d’une danseuse adolescente, née dans un corps de garçon. Inspiré d’une histoire vraie, ce drame à fleur de peau mettait en lumière la question de la transidentité avec un mélange d’hyper réalisme et de poésie brute qui a séduit, bouleversé, parfois choqué. Quatre ans plus tard, Close confirme tous les espoirs qu’on pouvait placer en lui. Récompensé par le Grand prix du jury à Cannes, il a été choisi il y a quelques jours pour représenter son pays aux Oscars 2023.

Avant de donner naissance à la déchirante histoire d’amitié entre Léo et Rémi, deux jeunes garçons de 13 ans, Lukas Dhont s’est retrouvé confronté à la terrible angoisse de la page blanche, comme tant d’autres avant lui. "Girl représentait neuf ans de ma vie et j’ai dû en faire le deuil", nous explique le réalisateur, à Paris pour quelques heures. "L’écriture de ce film était corporelle, intuitive. J’avançais sans trop réfléchir. Lorsque j’ai voulu m’y remettre, j’ai ressenti beaucoup plus d’insécurité. De doutes. J’avais aussi une conscience nouvelle des attentes."

Lukas Dhont, en mai dernier à Cannes, entouré de ses comédiens Eden Dambrine et Gustave de Waele.
Lukas Dhont, en mai dernier à Cannes, entouré de ses comédiens Eden Dambrine et Gustave de Waele. - AFP

Ado, j’étais solitaire parce que j’avais le sentiment de n’appartenir ni au groupe des filles, ni au groupe des garçons. J’étais entre les deux

Lukas Dhont

C’est en retournant dans le village de son enfance que le trentenaire va trouver l’idée de Close. "Ma grand-mère qui vit toujours là-bas a prévenu mon école primaire que j’étais de passage, si bien qu’ils m’ont réservé un superbe comité d’accueil. Il n’y avait pas des posters de moi, mais presque !", se souvient-il. "Et puis dans la cour, j’ai retrouvé mon ancienne maîtresse, qui est devenue la directrice. Elle était très émue et au début ce n’était pas très clair si elle pleurait parce qu’elle était fière… ou parce qu’elle se sentait coupable d’avoir été spectatrice de ma douleur lorsque j’étais enfant."

Au fil de la discussion, Lukas Dhont voit resurgir les fantômes du passé. "Cette dame m’a rappelé que j’étais toujours assis sur le banc, que je regardais les autres enfants mais que je ne jouais jamais avec eux. J’étais solitaire parce que j’avais le sentiment de n’appartenir ni au groupe des filles, ni au groupe des garçons. J’étais entre les deux", explique le cinéaste qui a toujours abordé ouvertement son homosexualité. "Après avoir revécu tout ça, je suis retourné à ma page blanche, et j’ai commencé coucher des mots sur le papier."

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Le premier mot qui lui vient à l’esprit devant son clavier, c’est l’amitié. "Parce que c’était quelque chose de complexe pour moi à cet âge-là", précise Lukas Dhont. "Et après j’ai compris que je voulais aussi faire un film sur la question de la masculinité. Quand tu regardes l’histoire du cinéma, des classiques sur l’adolescence comme Les 400 coups de François Truffaut, L’Enfance Nue de Maurice Pialat ou Ratcatcher de Lynne Ramsay, ce sont de très bons films. Mais c’est rare, dans cet univers, de voir des images d’amitié masculines qui sont fusionnelles, intimes, sensuelles. Ce manque de représentation, je voulais le combler avec ces deux garçons-là."

Si les thèmes abordés par Lukas Dhont sont d’une actualité brûlante – la question du genre, le harcèlement scolaire notamment – il serait injuste de réduire son film à un geste militant. Grâce à sa formidable maîtrise des silences et des regards, la beauté de ses cadrages et la lumière de ses jeunes interprètes novices, Eden Dambrine et Gustav de Waele, Close est d'abord et avant tout un immense mélodrame qui sert le cœur et fait rejaillir, par petites touches, ces instants cruciaux qui ont façonné l’existence de chacun d’entre nous. Juste magique.

>> Close de Lukas Dhont. Avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne, Léa Drucker. 1h45. En salles mardi 1er novembre.


Jérôme VERMELIN

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