Vincent Lindon est un patron à deux doigts du burn-out dans l’impitoyable "Un autre monde"

Jérôme Vermelin
Publié le 14 février 2022 à 16h29
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Avec "Un autre monde", Stéphane Brizé ausculte une nouvelle fois la violence du monde de l’entreprise.
Le réalisateur de "La loi du marché" donne cette fois à Vincent Lindon le rôle d’un patron à bout de nerfs.
Un drame social cruel, teinté d’humour noir, mais pas totalement dénué d’espoir.

Vincent Lindon contre le grand capital, épisode 3. Après La loi du marché (2015) et En guerre (2018), l’acteur retrouve le réalisateur Stéphane Brizé pour clôturer une trilogie sur les ravages de l’économie de marché dans la France d’aujourd’hui. Dans le premier volet, qui lui avait valu le prix d’interprétation à Cannes et un César, il incarnait un chômeur. Dans le deuxième, il jouait un syndicaliste. Cette fois, c'est le costume du patron qu’il revêt en incarnant Philippe Lemesle, le directeur d’une filiale d’un groupe industriel américain, implanté dans l’Hexagone.

Le film s’ouvre par un travelling sur ses photos de famille, accrochées aux murs d’un pavillon de province, témoignages d’un bonheur révolu. Car rien ne va plus dans la vie de cet homme qui a tout sacrifié pour sa carrière. Sa femme Anne (Sandrine Kiberlain) demande le divorce, sa fille chérie Juliette (Joyce Bibring) est partie vivre à l’étranger et le fils cadet Lucas (Anthony Bajon), en détresse psychique, risque d’être déscolarisé pour de bon. À cette crise personnelle s’ajoute une tempête professionnelle puisque la haute hiérarchie parisienne lui demande de dégraisser. Et vite.

De l'art de l'improvisation

Sur le fond, Un autre monde ne dit rien de nouveau, sinon que le libéralisme broie aussi les âmes de ses dirigeants. Pas besoin d’être abonné à L’Humanité pour piger et la démonstration serait presque indigeste si la forme n’était, une fois de plus, aussi radicale que virtuose. Brouillant un peu plus la frontière entre écriture et improvisation, Stéphane Brizé orchestre avec brio la confrontation entre acteurs confirmés et novices pour un maximum de réalisme.

Dans ce tourbillon où les réunions au sommet bousculent les petits moments de l'existence, et où les non-dits ont autant d’importance que les grands discours, Philippe Lemesle est un capitaine qui tangue, qui doute, qui vacille et qui encaisse les coups jusqu’au point de rupture. Comme souvent Vincent Lindon n’a besoin que d’un regard pour vous convaincre qu’il a toute la misère du monde sur les épaules et que la détresse de son personnage est aussi la vôtre.

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Malgré son constat glaçant sur le monde de l’entreprise et ses excès - la direction du Medef, officiellement en PLS - Un autre monde n’est pas aussi sombre que ses prédécesseurs. Certaines séquences flirtent même avec la comédie, à condition d’aimer l’humour bien noir, comme lorsque Lemesle tente de vendre à sa "N+1", jouée par une épatante Marie Drucker, un plan d’économie alternatif "à la française".

Sous des abords parfois austères – la BO abuse un peu trop des violons tristes -, c’est aussi un film qui nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour dire stop. Pour reprendre les commandes de son existence. Pour tracer un autre chemin, suivant ses propres valeurs lorsque celles qu’on vous impose n’ont plus aucun sens à vos yeux. Pour s’inventer une autre de vie, tout simplement. Rendez-vous au quatrième épisode ?

>> Un autre monde de Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Anthony Bajon. 1h36. En salle mercredi.


Jérôme Vermelin

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