Flop retentissant au box-office américain, le nouveau long-métrage du prodige Damien Chazelle débarque ce mercredi sur nos écrans.
Cette plongée turbulente dans le Hollywood des années 1920 livre un regard sans concession sur les coulisses de l’industrie du spectacle.
Si cette fresque ambitieuse a déjà tout du grand film maudit, rien n’empêche les cinéphiles français de lui faire un triomphe.

Révélé par Whiplash, puis consacré par La La land, Damien Chazelle était un peu redescendu de son nuage avec l’accueil mitigé de First Man, son biopic de Neil Armstrong. Avec moins de 15 millions de dollars de recettes aux États-Unis depuis Noël, alors qu’il en a coûté cinq fois plus, Babylon est son premier flop, sonnant et trébuchant. Outre-Atlantique, la presse spécialisée livre des théories plus ou moins fumeuses pour expliquer le désintérêt des spectateurs. Trop ambitieux. Trop nostalgique. Trop trash. Trop jazz. Trop tout ? Le mieux pour se faire un avis, c’est encore d’acheter son ticket.

Fresque épique de plus de 3 heures – qui filent à 100 à l’heure - Babylon nous embarque à Hollywood dans les années 1920, à la veille du passage brutal du cinéma muet au cinéma parlant. Une époque de pionniers symbolisée par la scène d’ouverture, plutôt cocasse. Sur les collines sauvages de Los Angeles, on découvre Manny Torres (Diego Calva), un jeune immigré mexicain qui achemine tant bien que mal un éléphant vers la villa où le gratin du Septième art s’apprête à festoyer. 

Brad Pitt et Damien Chazelle invités exceptionnelsSource : JT 20h WE

Au cours d’une folle nuit de musique, de sexe et de sang, ce candide sacrément débrouillard croise la route de Jack Conrard (Brad Pitt), la superstar masculine de l’époque dont il va devenir l’assistant, et Nellie LaRoy, une inconnue en quête de gloire qui lui fait tourner la tête. Aspirés par la B.O. explosive de Justin Hurwitz, nous voilà propulsés dans un véritable tourbillon d’images, de couleurs et de sons qui décrivent les hauts et les bas de ce trio dans une industrie en pleine mutation.

Ancien batteur de jazz, Damien Chazelle construit toutes ses séquences comme s’il était à la tête d’un grand orchestre. Le rythme s’installe, la tension monte crescendo, chaque protagoniste s’offre une embardée solo puis rejoint le reste de la troupe dans un joyeux chaos organisé. Qu’il filme un tournage rocambolesque au coucher du soleil, un cocktail mondain qui dégénère ou un improbable combat à mains nues avec un serpent, on sent son plaisir à construire des morceaux de bravoure dont les spectateurs, comme les personnages, ne ressortent pas tout à fait indemnes.

À l’ère des vidéos TikTok qui disparaissent de nos cerveaux aussi vite qu’elles ont été tournées, ce genre de mise en scène méticuleuse et virtuose passe sans doute au-dessus de la tête de la plupart des jeunes spectateurs pour qui le cinéma est un média d’autrefois. C’est dommage car sur le fond, Babylon tient un discours aussi actuel que passionnant sur la fabrication des icônes populaires, quelles que soient l’époque et la taille de l’écran.

Dans un registre plus truculent que Blonde d’Andrew Niccol, mais tout aussi lucide, le film de Damien Chazelle montre comment l’industrie des images aspire les talents, les transforme, les portes au firmament et les recrache lorsqu’elle décide de tourner la page pour répondre à la demande d’un public sans cesse en quête de nouveauté. Comme Marilyn Monroe, Jack Conrad et Nellie LaRoy sont nos victimes consentantes et ça ne fait ni plaisir à entendre, ni à voir dans ce grand film déjà maudit qui aurait pu s’appeler Once Upon A Time in Hollywood. Dommage, c’était déjà pris.

>> Babylon de Damien Chazelle. 3h09. Avec Brad Pitt, Margot Robbie, Diego Calva, Tobey Maguire. En salles


Jérôme VERMELIN

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