Interview

VIDÉO - Emma Stone s’émancipe de tout dans "Pauvres créatures" : "Mon expérience la plus libératrice"

Publié le 16 janvier 2024 à 13h13, mis à jour le 17 janvier 2024 à 8h32

Source : TF1 Info

Quatre ans après "La Favorite", Emma Stone retrouve Yorgos Lanthimos dans un film aussi fou qu’onirique au cinéma ce mercredi 17 janvier.
Une performance rare, enjouée et audacieuse, avec laquelle l’actrice américaine fait tomber toutes les barrières.
TF1info l’a rencontrée lors de sa venue à Paris mi-décembre, avant qu’elle ne soit récompensée aux Golden Globes.

Elle martèle en interview qu'elle est son "personnage préférée". Celle dont elle va avoir du mal à se défaire tant elle l'a fait sortir de sa réserve. Emma Stone parle avec une telle passion de Bella Baxter qu'elle en devient aussi fascinante que cette héroïne décomplexée. Au cinéma ce mercredi 17 janvier, Pauvres créatures signe la troisième collaboration de l'actrice américaine avec le réalisateur grec Yorgos Lanthimos, qui adapte pour le cinéma le roman du même nom de l'Écossais Alasdair Gray. Une relecture du mythe de Frankenstein, récompensée du Lion d'or à Venise, dans laquelle une jeune femme ressuscitée par un scientifique atypique appréhende le monde qui l'entoure sans aucun filtre.

Personnage secondaire dans l'œuvre d'origine, Bella devient le pivot central d'un turbulent, mais foisonnant, récit d'émancipation féminine. "Yorgos voulait que ce soit son voyage à elle. Ce qui l’intéressait, c’était regarder son histoire en partant de zéro", souligne Emma Stone qui s'affranchit, elle aussi, de toutes les limites - à commencer par celle de la nudité qu'elle s'était pourtant jurée de ne jamais franchir - dans cette comédie grinçante où le plaisir de la chair se fait surtout levier de pouvoir. L'actrice de 35 ans, productrice exécutive du film, était à Paris mi-décembre pour discuter de cette formidable créature, avant d'être récompensée d'un Golden Globe et d'un Critics Choice Award. Et de peut-être décrocher le deuxième Oscar de sa carrière.

Bella est le seul personnage que j’aie joué qui n’était que joie
Emma Stone

TF1info : Vous souvenez-vous de la première fois où Yorgos Lanthimos vous a présenté Pauvres créatures ?

Emma Stone : Je m’en souviens très bien, mais lui ne semble plus s’en souvenir. Cela dit, il a une mauvaise mémoire donc ce n’est pas surprenant (rires). C'était en 2017, nous dînions ensemble juste après le tournage de La Favorite. Il m’a parlé des différents projets sur lesquels il travaillait, il en développe toujours au moins cinq en même temps. Et l’un était ce livre, Pauvres créatures. Tony McNamara, qui avait écrit La Favorite, planchait sur le scénario. Je suis immédiatement tombée amoureuse de Bella à partir d’une description très sommaire. Elle est si libre, joyeuse et curieuse. C’est mon personnage préféré de tous les temps. Je ne pense pas que Yorgos m’en ait parlé pour m’offrir le rôle, mais dès ce moment-là, je suis devenue complètement obsédée.

Searchlight Pictures

Vous dites que Bella est votre personnage préféré. Mais qu’a-t-elle que les autres n’avaient pas jusque-là ?

Elle n’a pas de passé. Elle n’a pas honte. Elle n’a aucun traumatisme. Elle vit dans un monde de nouveautés. Et c’est impossible sans que ce soit une métaphore. Elle est une création, pour ainsi dire. La jouer signifiait se débarrasser de choses plutôt que d’en ajouter. Éliminer la honte, supprimer la notion de jugement. Ça m’a fait remettre en question tout ça, ce qui était tout simplement incroyable. Je pense qu’elle est le seul personnage que j’aie joué qui n’était que joie. Tout est passionnant pour elle. Même la douleur la fascine parce que c’est nouveau. C’était vraiment spécial.

Pauvres créatures est une expérience libératrice pour le spectateur tant le film joue avec nos sens et notre esprit. À quel point cela a-t-il été libérateur pour vous en tant qu’actrice ?

C’était mon expérience la plus libératrice. C’est aussi très spécial parce qu’avec Yorgos, nous travaillons ensemble depuis longtemps. Nous avons fait des répétitions en amont avec les autres acteurs, Willem Dafoe, Mark Ruffalo, Ramy Youssef et Kathryn Hunter. Je me suis sentie si bien. Robbie Ryan était aussi le directeur de photographie de La Favorite. C’était comme une troupe de théâtre. Dans ce cadre, vous pouvez vraiment expérimenter et vous sentir libre, sans avoir besoin d’apprendre à vous connaître, d’être timide ou gêné à propos de quoi que ce soit. S’il n’y avait pas eu cette énergie, je ne sais pas si nous aurions fait le film tel qu’il est aujourd’hui.

Il n’y a pas un de ses films qui ne soit pas drôle. Même les plus tordus le sont.
Emma Stone sur Yorgos Lanthimos

Diriez-vous que le parcours de Bella est une histoire d’émancipation, celle d’une femme qui découvre le pouvoir de son clitoris ?

(Elle rit) Assurément oui ! Et bien plus encore ! Le pouvoir du sucre, celui de la philosophie et du socialisme. Elle est tellement à la recherche du plaisir au début, comme le sont tant de jeunes personnes. Vous vous demandez comment ça va vous affecter, ce qui vous fait du bien et ce que vous voulez. Puis au fur et à mesure que la vie avance et que vous mûrissez, je l’espère, vous commencez à penser en disant "nous" et à la manière dont vous pouvez participer à la société, à ce que vous pouvez rendre et à votre rôle dans ce grand ensemble loin du "moi, moi, moi !" Un enfant en bas âge dira : "C’est à moi, je fais ça, moi, moi !" Bella a toujours été dans la compassion, mais en devenant… (elle s’arrête, car elle vient de spoiler la fin du film). Je suis en train de tout révéler. Pardon (rires) !

Ce qui est très surprenant avec Pauvres créatures, c’est à quel point il fait rire. Diriez-vous que c’est une comédie qui se moque de la masculinité toxique ?

Je ne sais pas, je ne voudrais pas édicter ce qui est drôle dans le film. Je suis contente que les gens trouvent ça si drôle. C’est aussi ce qui fait que je suis attirée par les collaborations avec Yorgos, encore et encore. Il n’y a pas un de ses films qui ne soit pas drôle. Même les plus tordus le sont. Je trouve ça génial parce que c’est comme ça que je vois la vie. Ce n’est pas un drame, mais plutôt une comédie dramatique. C’est rare de passer une journée complète sans rire. Mais oui, je pense vraiment que Pauvres créatures est une comédie. Il se moque de beaucoup de choses et remet en question beaucoup de choses. C’est une autre des caractéristiques des films de Yorgos. Il les fait plus pour poser des questions que pour y répondre.

>> Pauvres créatures de Yorgos Lanthimos. Avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe et Ramy Youssef - En salles


Delphine DE FREITAS

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